Les acteurs provençaux de la logistique attendent plus du port de Marseille


La deuxième étape du tour de France de l'Afilog a réuni les parties prenantes de la logistique en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Les participants ont fait part de leurs attentes alors que s'élabore la stratégie nationale "France logistique 2025".


L'Afilog s'est lancée dans un tour de France, dont la deuxième étape l'a conduit fin septembre en Provence-Alpes-Côte d'Azur, à Saint-Martin-de-Crau. Cette initiative de l'association regroupant l'ensemble des acteurs de la logistique s'inscrit dans le contexte du lancement de la stratégie nationale "France logistique 2025".
Les tables rondes de cette étape camarguaise ont été organisées avec le concours du Cluster Paca Logistique. En préambule, Isabelle Bardin, déléguée générale de l'entité, a rappelé l'importance de la logistique pour l'économie locale, qui se traduit par 113.000 emplois en Provence-Alpes-Côte d'Azur liés à cette activité, soit 9 % des emplois de la Région. Le Cluster doit présenter les résultats de sa collecte de données régionales et ses pistes d'action le 17 novembre, à l'occasion des 8e Journées régionales de la logistique organisées à Marseille (Luminy).
Premier intervenant de la table ronde sur le thème des atouts logistiques des ports, Jean-Yves Petit, vice-président de la Région délégué aux transports et à l'éco-mobilité, a voulu souligner l'implication de sa collectivité. Il a rappelé que le barreau routier entre Fos-sur-Mer et Salon-de-Provence est prévu au CPER 2015-2020, assurant que "lorsque la Région et métropole parlent de transport, ce n'est pas uniquement de passagers" et citant "le bon exemple du parc des Bréguières".
Une réussite insuffisante pour Jean-François Gra, directeur général de Somimar (Marché d'intérêt national de Marseille-Provence Métropole). Devant la configuration des flux de transports dans le département des Bouches-du-Rhône, il attend de la future métropole Aix-Marseille qu'elle permette une synergie bien plus grande entre les différents acteurs publics. La nouvelle collectivité doit voir officiellement le jour le 1er janvier 2016. Sur un plan plus local, il milite pour que le marché des Arnavaux deviennent "une plateforme logistique" dotée de capacités de stockage et qui fonctionne plutôt en flux-tendu vers le centre-ville. Il souhaite le départ des grossistes, car "il est impensable de voir encore de gros camions dans le centre de Marseille".

Des efforts insuffisants de la part du GPMM

Les débats se sont portés ensuite vers les attentes du secteur privé envers le Grand Port maritime de Marseille. Pour Mark Lazzaretto, responsable des implantations logistiques et industrielles du port, la logistique est la priorité du projet stratégique 2014 du GPMM. "Ce n'est pas nouveau, assure-t-il, Distriport a ouvert en 2004". Selon le port, cette zone et celle de la Feuillane sont "des sites à développer" pour parvenir à la saturation des terminaux".
Cet engagement du port n'empêche pas Muriel Benoît, responsable grands comptes de SDV LI, de déplorer un sous-équipement du GPMM : "Marseille-Fos a l'un des transit-times les plus longs d'Europe. Il est anormal que le port n'ait pas prévu de terrains pour étendre ses parcs à conteneurs". Elle concède au port "des efforts" mais lui reproche de n'être "pas assez à l'écoute des chargeurs". SDV, l'une des premières sociétés installées à Distriport, a, selon elle, déchanté au fil du temps. Muriel Benoît se dit déçue des prestations de manutention proposées : "Quand on s'est installé à Fos, on devait avoir des camions B train (ensembles routiers, NDLR). Aujourd'hui, c'est impossible car, d'une part, l'infrastructure est insuffisante et, d'autre part, les dockers ne savent pas décharger deux conteneurs de 40 pieds en même temps". Elle pointe également un marché de l'emploi limité à Fos, ville "mal reliée" au vivier marseillais.

"Le développement du ferroviaire est peu crédible"


Pascal Bonnaud est directeur général de Distrimag (enseigne Maisons du monde), installé à la Feuillane depuis 2012. Lui se plaint du traitement disparate entre les conteneurs pleins et vides qui nuirait à la fluidité. "Même en arrivant tôt, nous devons attendre pour déposer les vides avant d'aller sur les terminaux pour récupérer les pleins, explique-t-il. On se retrouve dans la file d'attente aux heures d'affluence. Les acconiers nous suggèrent de prendre rendez-vous. C'est impossible, ne sachant pas quand nous aurons lâché le conteneur vide". Il souhaite une amélioration pour pouvoir réduire le temps qui s'écoule "entre le clic du client et la réception de son meuble", qui est aujourd'hui de 11,7 jours.

"Un problème français"

Max Fouque, dont la société Faubourg Promotion a signé avec le GPMM pour la reconversion d'une friche de LyondellBasell à Fos comprenant la construction de 55.000 m2 de bâtiments, recentre le débat sur un plan national. Le responsable du développement commercial se plaint de la longueur des processus de décision en France, doublée d'une "image marseillaise" d'immobilisme, avec des projets d'infrastructures qui traînent, comme "la rocade L2 à Marseille, le rond-point de la Fossette et maintenant le barreau Fos-Salon". Il regrette aussi que la masse de foncier affichée par le port ne soit que "théorique", car "très peu de terrains sont disponibles dans les 12 à 24 mois". Pourtant, il voit Fos comme "territoire plein de potentiel" pour la logistique.
Concernant les pré et post-acheminements de conteneurs, Frédéric Dagnet, directeur de la Mission prospective-évaluation du GPMM, a rappelé la mauvaise situation du ferroviaire. Ce mode régresse et ne compte que pour 9 % aujourd'hui contre 16 % en 2008 alors que la part du fluvial est passée entre-temps de 5,5 à 9 %. Celui qui est aussi missionné par le gouvernement pour préfigurer la création de la future métropole trouve cette évolution "embêtante car nos concurrents ne sont pas Gênes et Barcelone mais les ports du Nord. Il faut des projets portés par nos opérateurs, nous ne sommes pas transporteurs. Certains sont candidats pour remplir ce rôle, y compris dans la collecte locale".
Au plan des réussites, Mark Lazzaretto a cité le terminal combiné de Mourepiane en construction, l'ouverture de la navette interbassins Marseille-Fos "qui marche" et l'étude concernant une éventuelle future autoroute ferroviaire. Muriel Benoît s'est montrée intéressée par "un hub ferroviaire sur la zone de stockage du Ventillon et un hub ferro-route pour donner un poumon à la zone Distriport". Pour Pascal Bonnaud, qui gère 12 entrepôts dans la région, le ferroviaire n'est pas une éventualité crédible.
Laurent Horbette, directeur général de la foncière Gemfi (groupe Gicram), se montre très critique sur l'accessibilité de ce mode. "Le raccordement d'un entrepôt au réseau coûte 4 millions d'euros, dont 60 % d'honoraires d'études de l'opérateur. Nous étudions la création d'un hub ferroviaire à la gare de Saint-Martin-de-Crau, où 700 mètres de quai sont disponibles mais les complications administratives et le manque de flexibilité font que c'est impossible".
Mark Lazzaretto a pointé le fait que l'initiative ne vient pas toujours des opérateurs, rappelant que le port a lancé un appel à projets dit "pôle froid" qui n'a pas intéressé les acteurs privés, le volume reefer étant apparemment insuffisant pour eux.

L'espoir de la métropole

Même s'ils ne se font guère d'illusions, la plupart des intervenants espèrent que la future métropole Aix-Marseille aidera à simplifier le lancement d'initiatives. Frédéric Dagnet rappelle que la logistique n'est pas traitée en tant que telle par les pouvoirs publics, ses différentes composantes s'étalant sur les compétences de toutes collectivités. Dans le cadre de sa mission de préfiguration, il a auditionné les élus avec le Cluster Paca Logistique avant de présenter ses conclusions et recommandations le 8 octobre à la mission métropolitaine de Marseille. Le directeur de la Mission prospective-évaluation du GPMM juge indispensable d'"avoir une vision de la logistique à l'échelle métropolitaine, voire d'élargir le champ au Grand Sud-Est : Paca plus Rhône-Alpes et les Régions environnantes". Jean-François Gra, de son côté, attend de la future entité une simplification des procédures par le centralisation des dossiers. Selon Frédéric Dagnet, "la métropole ne résoudra pas tout mais offrira une vision d'ensemble" qui permettra de prendre des décisions cohérentes. Parmi les priorités figurent selon lui "le développement de l'emploi par la formation, l'insertion et l'accompagnement".

Franck André

Lundi 19 Octobre 2015



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