Les armateurs grecs appelés à participer à l'effort national


Bénéficiant de privilèges fiscaux dans un pays au bord de la faillite, les armateurs grecs envoient quelques signaux montrant leur volonté de soutenir l'économie, mais avertissent que la Grèce aurait beaucoup à perdre à trop alourdir la fiscalité sur sa marine marchande, son unique fleuron.


© MINOAN LINES
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En vertu de l'article 107 de la Constitution grecque, les armateurs du pays ne paient pas d'impôt sur les bénéfices. Tout au plus les navires grecs sont-ils soumis à une taxe forfaitaire basée sur le tonnage et l'âge du bateau, dont il est impossible de savoir ce qu'elle rapporte à l’État. Ce statut fiscal leur a été octroyé en 1953 pour qu'ils puissent reconstruire leur flotte anéantie durant la Seconde Guerre mondiale. Jusqu'alors, ce statut n'a jamais été remis en question. Mais, face à l'accroissement de la pression fiscale, il est devenu plus difficile à défendre.

Relèvement de la taxe sur le tonnage

En septembre, le ministre des Finances, Evangélos Vénizélos, a appelé les armateurs à "participer à l'effort national de manière directe et immédiate". Officiellement, les armateurs ont répondu qu'ils en faisaient déjà assez. Mais il semble qu'ils soient prêts à donner un coup de pouce, par exemple en acceptant un relèvement temporaire de la taxe sur le tonnage. Interrogé sur cette éventualité, Nicolas Vernikos, d'une famille d'armateurs originaire de l'île de Sifnos, répond : "Ce serait raisonnable, dès lors que le secteur ne perdrait pas en compétitivité". Ce serait "supportable" si c'est temporaire, confirme Nicolas Tsakos, interrogé à New York, où sa compagnie est cotée. Mais que le gouvernement s'avise d'imposer plus lourdement les compagnies installées au Pirée et elles déménageront illico leur siège social aux îles Caïmans, à Chypre ou à Malte, menacent-ils.

"Un statut privilégié devenu difficile à défendre"



"Si vous changez quoi que ce soit au système, vous allez perdre beaucoup plus que vous n'allez gagner", confirme George Xiradakis, à la tête de la société de conseil en investissement XRTC. Pour cet analyste du secteur, si l'on veut réduire le chômage en Grèce (17,5 %), il faut attirer des investissements plutôt que de créer de nouvelles taxes. Accroître la pression fiscale serait d'autant plus malvenu que le transport maritime, très sensible à la conjoncture car 95 % des marchandises sont transportées par mer, souffre de la crise, ajoute-t-il.
Le transport maritime étant par essence une activité internationale et sujet à une forte concurrence, "tous les gouvernements accompagnent la compétitivité du secteur, que ce soit par des exemptions d'impôts sur les sociétés, des allégements de charges sociales sur le personnel navigant ou en défiscalisant les investissements", explique Paul Tourret, directeur de l'Isemar. "Les armateurs grecs sont des multinationales : on ne peut pas leur reprocher grand-chose" renchérit l'historien greco-suisse Nicolas Bloudanis.
Soucieux de ménager les armateurs, qui ont investi une partie de leur fortune personnelle dans d'autres secteurs de l'économie grecque (banque, immobilier, hôtellerie), le nouveau gouvernement de Lucas Papadémos a rétabli le secrétariat d’État à la Marine marchande, supprimé par l'ancien Premier ministre George Papandréou dans sa tentative de lutter contre des privilèges qui ont causé la ruine de la Grèce. Le portefeuille a été confié à Adonis Georgiadis du parti d'extrême droite Laos, mais celui-ci semble pour l'instant cantonné à un rôle de figurant, et refuse de dévoiler les intentions du gouvernement à l'égard des armateurs.

Marine marchande : 4.000 navires



La marine marchande grecque représente 5 % du PIB du pays, mais sa contribution à l'emploi reste modeste car les marins sont en majorité issus des pays en voie de développement. "Les armateurs sont les chauffeurs de camionnettes de la mer", résume l'armateur Nicolas Vernicos. Leurs clients sont Chinois, Saoudiens ou Sud-Africains mais très rarement Grecs : la part de leur pays dans le commerce maritime est quasiment nulle. Avec 17 % de la capacité de transport mondial et 4.000 navires, la flotte grecque est la première au monde, devant la japonaise et l'allemande. La contribution nette du secteur maritime grec au PIB s'est élevée à 4,8 % en 2010, après avoir atteint 8 % en 2007-2008. Il constitue la première source de devises extérieures (de l'ordre de 15 milliards d'euros par an), devant le tourisme (9 milliards). Le secteur emploie directement 32.000 personnes (contre 91.000 en 1980) et 30.000 indirectement.
Ce leadership "est le résultat de cinquante ans ans d'effort", explique George Xiradakis. Après la Seconde Guerre mondiale, les armateurs grecs, au premier rang desquels le célèbre Onassis, ont racheté à bon compte une centaine de navires américains Liberty qu'ils ont reconvertis pour les mettre au service de l'expansion du commerce maritime dans les années 60 et 70. Certains ont fait le choix de s'introduire en Bourse, ce qui leur a permis de répondre à la hausse de la demande de transport de produits pétroliers en investissant dans une flotte de tankers.
Aujourd'hui, la flotte grecque occupe le premier rang pour les pétroliers, le 2e pour les vraquiers, le 3e pour les passagers, le 4e pour les chimiquiers et le 5e pour les porte-conteneurs. La marine marchande grecque représente près de 800 compagnies, 60 % de la flotte étant aux mains de 40 noms, dont les grandes familles Latsis et Niarchos, qui figurent dans le classement «Forbes» des grandes fortunes. Un tiers seulement de la flotte bat pavillon grec, le reste étant sous pavillon de complaisance défiscalisé, immatriculé dans les paradis fiscaux. Bénéficiant d'un statut fiscal privilégié, les armateurs font néanmoins valoir que le choix du drapeau grec pour leurs navires reste une décision commerciale pour eux. Car les navires battant pavillon grec s'engagent à employer un certain pourcentage de salariés grecs régis par la sécurité sociale grecque et donc payés plus cher que les marins pakistanais ou ukrainiens sans protection sociale qui constituent le gros des marins sur les mers du monde entier.

Ève Szeftel

Jeudi 15 Décembre 2011





     

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