Les céréales françaises de plus en plus concurrencées en Méditerranée


Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, se rend mercredi 27 novembre en Algérie, dépendante, comme le pourtour méditerranéen, des importations pour nourrir sa population. Une aubaine et une responsabilité pour le blé français, son "pétrole doré" défié par la concurrence internationale.


© GPMD
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Comme l'Algérie, toute l'Afrique du Nord est du fait des conditions climatiques, des faibles ressources en eau et de l'aridité des sols "en situation d'hyper-dépendance céréalière" et contrainte d'augmenter sans cesse ses importations, note Sébastien Abis, économiste spécialiste de l'espace méditerranéen. "Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte représentent 2 % de la population mondiale et 15 à 20 % des achats de céréales. Avec le Moyen-Orient, c'est 4 % de la population de la planète qui totalise 30 % des achats de céréales", indique le chercheur, co-auteur d'"Agriculture et mondialisation : un atout géopolitique pour la France" (ed SciencesPo). Mais sans réponse adaptée de l'Europe, et surtout de la France, juge-t-il, ces pays sont contraints de diversifier les sources d'approvisionnement et d'aller "aux plus offrants" en termes de qualité et de tarifs proposés, surtout quand la volatilité du marché mondial accroît leur inquiétude. "Fini le temps des puissances dominantes à long terme", prévient-il : "Il n'y a plus de partenaires traditionnels".
Ainsi la Chine est-elle passée cette année devant la France comme premier fournisseur de l'Algérie. Pour les céréales, relève Sébastien Abis, les producteurs de blé de la mer Noire - Ukraine, Russie, Kazakhstan et Roumanie - constituent déjà des concurrents sérieux. "L'annonce mi-octobre du Kazakhstan de sa volonté de créer dans les six mois un pool céréalier de la mer Noire, mutualisant logistique et offre tarifaire, joue contre la France et l'Union européenne", met-il en garde.
Le tort de la France est d'ignorer des signaux "qui, à force de se répéter, deviennent une tendance lourde". "Les céréales sont déterminantes pour les intérêts économiques français : elles font partie du made in France, c'est son pétrole doré et il est temps d'envoyer les bons signaux face aux besoins croissants du bassin méditerranéen". Or, "elle risque aujourd'hui de perdre sa position dominante sur certains marchés voire d'en être chassée", estime-t-il, citant l'exemple du Maroc : "L'Ukraine a su pénétrer le marché parce que son blé y a été jugé meilleur alors que le blé français avait toujours été synonyme de qualité dans la région. Si on ne bouge pas, on va rater des bifurcations stratégiques dans la région".
Le blé français connaît pour diverses raisons - de climat, de rendements et d'apports azotés limités par la réglementation - une baisse préoccupante du taux de protéines requis par ces importateurs pour fabriquer le pain : "Produire mieux c'est bien, à condition de ne pas oublier le produire plus", estime-t-il. "À force de considérer que les céréales ne sont qu'un produit parmi d'autres, on en oublie leur dimension géostratégique", regrette Sébastien Abis, qui plaide pour "une diplomatie du grain" dépassant les simples préoccupations commerciales et marchandes. Un discours que partage Xavier Beulin, président de la FNSEA, le premier syndicat agricole français, qui veut faire du pourtour méditerranéen un "partenaire et un allié" : "On défend l'idée de sortir d'une simple approche commerciale entre les deux rives pour entrer dans une dimension intégrée de colocalisation Nord-Sud des projets", indique-t-il. Acheteurs et partenaires, résume-t-il, pour "s'extraire d'une vision très libérale mondialisée des échanges". Et contrer du même coup "la volonté anglo-saxonne de nous amener à une normalisation alimentaire et sanitaire" en forgeant une alliance régionale entre l'Europe et la Méditerranée.

Anne Chaon

Mercredi 27 Novembre 2013



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