Les chantiers stratégiques d'Armateurs de France


Convention collective, piraterie, soufre, réforme de la loi de 1992 sur la sécurité des approvisionnements pétroliers ou chaînes intermodales, les chantiers sur la table d’Éric Banel sont nombreux. À la barre d'Armateurs de France depuis juin, le délégué général fixe le cap.


© GPMM
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"L'Antenne" : Quelles sont vos réactions à l'issue de vos six premiers mois au poste de délégué général d'Armateurs de France ?

Éric Banel : De nombreux dossiers sont à achever ou à construire dans une filière qui se caractérise par une très grande diversité de métiers et de taille d'entreprises. Malgré son 28e rang mondial en tonnage, la flotte de commerce française est présente dans tous les segments du transport maritime où elle possède des positions de leaders mondiaux. Ce rang démontre la compétitivité, la capacité d'innovation et l'expertise de ses entreprises prêtes à s'engager dans une politique maritime et portuaire nationale ambitieuse.

Éric Banel, délégué général © Armateurs de France
Éric Banel, délégué général © Armateurs de France
"L'A." : Quels sont les chantiers à achever ?

É. B. :
Engagée depuis 2008, la refonte de la convention collective de branche est dans sa dernière ligne droite. Le volet sédentaire bouclé, celui consacré aux navigants se poursuit avec les partenaires sociaux. Le texte est finalisé. Il a été signé par FO et CFDT s'apprête à le faire. Les négociations actuelles concernent les grilles d'indemnité de fin de carrière et de licenciement dans un contexte économique qui a sensiblement évolué entre 2008 et 2012. Nos entreprises ont aujourd'hui des capacités limitées pour répondre à des demandes parfois déraisonnables. Escompté fin mars, le bouclage de la convention collective n'est pas une fin en soi. Elle ouvre la voie à d'autres sujets comme la formation, l'égalité homme-femme ou les retraites.

"L'A." : Et les autres ?

É. B. :
Avec le concours des services de la Marine nationale, la lutte contre la piraterie est très performante mais, en dépit de nos efforts communs, un tiers des demandes de gardes armés à bord des navires ne sont pas satisfaites aujourd'hui. Dans ces cas, nous demandons la possibilité de recourir à des gardes privés. Un accord de principe nous a été donné par le ministre de la Défense, reste à en définir le cadre légal, les procédures et à désigner l'administration compétente. L'entrée en vigueur de l'annexe VI de la convention Marpol à compter du 1er janvier 2015 dans les zones Seca (Manche, mer du Nord, Baltique) est un autre chantier. Cette échéance n'est pas tenable au plan technique et économique : c'est pourquoi nous plaidons pour un aménagement du calendrier. Les pouvoirs publics ont conscience de ses enjeux pour l'emploi maritime français. À l'initiative de la France, le Conseil européen des ministres des Transports du 20 décembre a accepté la création d'un groupe de travail. Attendues d'ici février, ses propositions pourraient déboucher sur une soumission auprès de l'OMI en avril. La position française est soutenue par la Suède, la Lituanie, la Finlande, l'Estonie, la Belgique et l'Italie. En parallèle, Armateurs de France souhaite que la France s'engage en faveur du GNL qui sera le carburant maritime de demain. Pour cela, le gouvernement doit mettre en œuvre les conclusions de la mission Jouffray. Il en va de l'avenir et de la compétitivité des armateurs français mais également des ports français.

"Lancement des Assises de la mer en février pour définir la politique maritime de la France"


"L'A." : Vous avez évoquez des chantiers à construire, quels sont-ils ?

É. B. :
À l'heure où la France importe de plus en plus de raffinés, la réforme de la loi de 1992 sur la sécurité des approvisionnements pétroliers est l'une de nos priorités. En 1992, la France comptait vingt-cinq pétroliers, neuf aujourd'hui avec une perspective de deux navires en moins cette année. L'extension aux produits raffinés permettrait de retrouver une flotte d'une vingtaine d'unités et, surtout, de maintenir l'emploi et une expertise stratégique. Le projet de loi modifié satisfait tous les partenaires sociaux. Ce chantier sera l'un des premiers du Conseil national de la mer et des littoraux installé le 18 janvier. Enfin, la réforme portuaire achevée, il faut décloisonner nos grands ports et créer des chaînes intermodales performantes. Au sein du Medef, nous avons souhaité réunir les transporteurs, tous modes dont le maritime via Armateurs de France, chargeurs et organisateurs de solutions logistiques. Notre objectif est d'identifier les aménagements et projets d'infrastructures visant à renforcer les chaînes multimodales nationales. Début février, un rapport sera remis à la mission Mobilité 21 chargée de hiérarchiser les projets d'infrastructures du Snit.

Les priorités concernant l'ENSM

Dans le cadre du projet d'établissement de l'École nationale supérieure maritime présenté d'ici la fin du premier semestre, Armateurs de France en qualité d'administrateur précise ses priorités. Au plan économique, "les armateurs souhaitent que l'ENSM se dote au plus tôt d'un projet d'établissement et d'un budget viables. Dans un contexte contraint, leur adoption impose des choix. Il est par exemple impossible de maintenir en l'état quatre sites sauf à les spécialiser", selon Éric Banel. Le second axe défendu concerne "la qualité de la formation dispensée et le maintien d'un nombre d'élèves suffisants. Ces deux points ne peuvent être des variables d'ajustement et doivent s'inscrire sur le long terme. L'ENSM sera jugée sur ces missions classiques complétées par un pôle recherche performant".

Rif : "Équilibre social et économique à conserver"

Le ministre délégué aux Transports, Frédéric Cuvillier, a évoqué sa volonté de renforcer l'attractivité du Registre international français (Rif) lors des dernières Assises de l'économie maritime à Biarritz. Favorable à cette initiative, Armateurs de France met toutefois en garde à "ne pas bouleverser l'équilibre social et économique actuel. Les investissements des armateurs s'inscrivent sur des échelles de temps longues imposant visibilité et stabilité". Selon Éric Banel, "le Rif a donné aux compagnies maritimes françaises un cadre permettant d'immatriculer leurs navires sous pavillon français à des conditions acceptables. Il n'en reste pas moins vrai que l'immatriculation au Rif demeure un choix avec des obligations, d'emploi de marins français par exemple". Dans un environnement très concurrentiel, ce compromis est à préserver selon le délégué général d'Armateurs de France. Lequel déplore par ailleurs l'exclusion des transporteurs maritimes du périmètre fixé par le dispositif "Crédit impôt" présenté le 6 novembre par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. "Si cette décision se comprend puisque la plupart des armements ont opté pour le régime de la taxe au tonnage, le but recherché par ce dispositif les concerne. Le secteur maritime est créateur d'emplois et confronté à une forte concurrence tant dans le fret que le passager, en shortsea notamment".

Érick Demangeon

Lundi 14 Janvier 2013





     

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