Les doutes persistent sur le canal du Nicaragua


Les premiers coups de pioche sont annoncés pour le 22 décembre, mais rien n'a filtré publiquement encore sur le financement et l'impact écologique du canal interocéanique du Nicaragua, un chantier pharaonique estimé à 50 milliards de dollars et confié à une entreprise chinoise inconnue, HKND.


Les doutes persistent sur le canal du Nicaragua
À un mois des premiers coups de pioche, les doutes persistent sur le canal du Nicaragua. La viabilité de la voie, qui serait trois fois plus longue que le canal de Panama, a été établie par des études qui seront rendues publiques dans les prochaines semaines, a affirmé jeudi 27 novembre l'un des principaux responsables du projet, l'ingénieur australien Bill Wild. "Je ne comprends pas pourquoi les gens pensent que nous n'avons pas terminé les études", a-t-il déclaré. Il a assuré que les promoteurs du projet étaient "satisfaits des résultats" de ces études techniques, réalisées par China Railway Construction, et des projections financières du cabinet d'audit américain McKinsey et compagnie. Bill Wild a expliqué que les études seront dévoilées petit à petit car "nous sommes parvenus à la conclusion avec le gouvernement qu'il n'était pas possible de diffuser toutes les informations" en même temps. L'ingénieur s'est refusé à évoquer les investisseurs ou pays qui seraient impliqués dans le projet, le plus ambitieux d'Amérique latine, avec lequel le Nicaragua espère capter 5 % du commerce maritime mondial et concurrencer le canal de Panama, inauguré il y a un siècle à quelques centaines de kilomètres au sud. "Cela, il faut le demander au président de HKND, Wang Jing", a éludé Bill Wild. Il a enfin assuré que l'étude d'impact environnemental confiée au cabinet britannique Environmental Resource Management (ERM) était prête mais qu'il fallait encore définir les projets de compensation écologique, qui, a-t-il reconnu, ont constitué "une grande préoccupation pour tout le monde".
Un responsable d'ERM, David Blaha, avait toutefois averti la semaine dernière que le document final sur l'aspect environnemental serait présenté en mars ou avril 2015. "C'est irresponsable de commencer les travaux sans détenir les études sur l'impact environnemental, les risques sismiques, météorologiques", a dénoncé dans la foulée le sous-directeur de l'ONG de défense de l'environnement Centre Humboldt, Victor Campos. Bill Wild a voulu minimiser ces craintes sur l'éventuelle catastrophe écologique que représenterait le canal, qui traverserait le lac Cocibolca, la plus importante réserve d'eau douce d'Amérique centrale. Des spécialistes sont à pied d'œuvre pour trouver des solutions afin d'éviter une salinisation du lac de plus de 8.000 km2, ce qui menacerait les espèces animales et végétales qui s'y trouvent, ainsi que l'approvisionnement en eau de plus de 100.000 personnes, a-t-il affirmé. Une des options serait de reverser 50 % de l'eau salée utilisée dans les écluses dans le fleuve San Juan, frontalier avec le Costa Rica, objet d'un litige entre les deux pays.
L'entreprise HK Nicaragua Development Invesment (HKND), dont le siège se trouve à Hong Kong et dirigée par l'énigmatique Wang Jing, a obtenu en 2013 la concession pour la construction et l'administration de ce futur canal pour cinquante ans, renouvelables une fois. Cette voie ferait 280 km de long, 30 mètres de profondeur, entre 200 et 500 mètres de large et comprendrait 12 écluses. Les infrastructures adjacentes - aéroport, zone franche, complexes touristiques, usines, pont... - pourraient durer cinq ans de plus que le percement du canal lui-même. Au cours de la première étape des travaux, seront construits des centres de stockage pour combustibles d'une capacité de 5 milliards de litres et pour ciment de 10 milliards de m3, et de la machinerie lourde sera amenée sur la côte Pacifique, a-t-il ajouté. Les travaux d'excavation devraient débuter en 2015 et au total trois milliards de m3 de terre et résidus devraient être déplacés, un des plus grands volumes au monde, affirme HKND. La livraison est annoncée pour 2019.
Le gouvernement, qui n'a pas fait preuve de plus de transparence que le concessionnaire concernant le financement d'un projet qui représenterait quasiment cinq fois le PIB du pays (11 milliards de dollars en 2013, selon la Banque mondiale), n'a de son côté toujours pas entamé les négociations avec les 30.000 personnes qui devront être déplacées pour permettre la réalisation du chantier.

Blanca Morel

Mardi 2 Décembre 2014



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