Les groupes armés pullulent dans le cœur pétrolifère du Nigeria



1.600 pipelines ont été sabotés depuis janvier au Nigeria © Maersk
1.600 pipelines ont été sabotés depuis janvier au Nigeria © Maersk
Lorsque les Vengeurs du Delta du Niger (NDA) ont annoncé qu'ils acceptaient de négocier avec le gouvernement, les Nigérians ont poussé un grand soupir de soulagement : bientôt la paix serait rétablie dans le Sud pétrolifère du pays et l'économie pourrait se relancer. Si seulement les choses étaient si simples. Certes, les attaques des NDA, sophistiquées et stratégiques, ont été les plus importantes et les plus médiatisées. Mais une myriade d'autres groupes armés se multiplient dans la région du Delta. Les réformés d'Egbesu (Reformed Egbesu Boys of the Niger Delta), Vengeurs d'Adaka Boko (Adaka Boro Avengers, du nom d'un ancien indépendantiste), les Forces de libération du Delta du Niger (Joint Niger Delta Liberation Force), les Militants de la révolution du Delta (Niger Delta Revolutionary Crusaders) ou autres Militants pour une justice sur les terres vertes du Delta (Niger Delta Greenland Justice Mandate) ne sont pas prêts à négocier avec qui que ce soit. Les forces de sécurité déployées dans la région affirment que le NDA ne seraient responsables que de la moitié des attaques sur des installations pétrolières des derniers mois (oléoducs, gazoducs ou plateformes). "50 % des sabotages sont liés directement à ces soi-disant Vengeurs du Delta. Mais nous avons aussi constaté que d'autres groupes ont émergé ces trois derniers mois et sont responsables d'attaques", assure un officier en poste dans la capitale pétrolifère de Warri.
"Ces trois derniers mois, les NDA ont revendiqué six attaques sur les seize recensées dans les États de Bayelsa et du Delta", confirme un employé des services de sécurité nationale à Warri. La semaine dernière, le ministre du pétrole a déclaré que 1.600 pipelines avaient été sabotés depuis janvier. La grande majorité de ces sabotages sont artisanaux, et les oléoducs percés par des habitants de la région ne se revendiquant encore d'aucun groupe militant. La production de pétrole, qui compte pour 70 % des revenus de l'État, a diminué de 21,5 % par rapport au mois de janvier, selon les chiffres de l'Opep pour juillet et le Nigeria a perdu sa place de premier exportateur de pétrole d'Afrique. "Il y a bien plus de groupes (que les NDA) que nous devons rassembler autour de la table pour trouver la paix", a déclaré le ministre Emmanuel Kachikwu.

"Simulacre de cessez-le-feu"

"Ce simulacre de cessez-le-feu n'est qu'un moyen de récupérer de l'argent, que ces petits garçons de Vengeurs et de leurs fondateurs pourront se partager", a réagi le porte-parole des Militants pour une justice sur les terres vertes du Delta (NDGJM). "Le NDGJM continuera le combat contre les intérêts pétroliers du Nigeria, jusqu'à ce que le gouvernement fédéral agisse pour le bien de notre peuple", a martelé Aldo Agbalaja.
Chaque groupe dépend d'une communauté, d'une ethnie ou d'une région spécifique du Delta, mais tous réclament une meilleure redistribution des concessions pétrolières. "Les problèmes fondamentaux de propriété des ressources et de leur gestion n'ont jamais été résolus", explique Éric Omare, représentant du Conseil pour les Jeunes Ijaw (Ijaw Youth Council), un peuple originaire de la région.
En 2009, un programme d'amnistie avait été mis en place par le président Umaru Yar'Adua, succédé par Goodluck Jonathan, avec le groupe armé historique, le Mend, qui menait des attaques similaires dans les années 2000. Les ex-rebelles reçoivent environ 200 dollars par mois pour déposer les armes mais aussi des formations, des bourses universitaires et des contrats de sécurité. Aujourd'hui près de 30.000 ex-militants ou des jeunes sans emploi ayant profité de l'opportunité en bénéficient.
Le président Muhammadu Buhari, musulman issu du Nord, a annoncé quelques mois après son arrivée au pouvoir qu'il mettrait fin au programme, compte tenu des pertes de revenus de l'État. Face à la reprise des attaques, il s'est finalement ravisé. "Si le gouvernement ne met pas en place une politique de développement dans la région - hôpitaux, routes, écoles, marchés -, les négociations ont peu de chance d'aboutir", analyse Chijioke Nwaozuzu, économiste à l'Université de Port Harcourt.
Avec une prolifération des groupes dans les mangroves, il devient encore plus difficile de trouver une solution durable à la crise. Négocier avec les Vengeurs pourrait même être contre-productif, selon Dolapo Oni, analyste financier pour Ecobank. "Si le gouvernement leur offre de l'argent, comme le précédent gouvernement l'a fait avec le Mend, cela pourrait créer encore plus d'instabilités", explique Dolapo Oni. "Nous pourrions voir émerger des conflits entre les différents groupes, et davantage de sabotages, puisque c'est ainsi qu'ils décident de se faire connaître et de se venger."

Stéphanie Findlay et Patrick Brisibe

Mardi 30 Août 2016



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