Les matières premières agricoles et industrielles secouées d'est en ouest


Des céréales au pétrole en passant par la viande de porc ou le zinc, les marchés mondiaux sont pris en tenaille entre les ambitions commerciales de la Chine et les menaces d'un nouveau protectionnisme américain, selon l'édition 2017 du rapport Cyclope.


© Cyclope
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Le 31e rapport annuel sur les marchés mondiaux, publié lundi 15 mai et rédigé par 60 spécialistes des matières premières, associant économistes, consultants et grands négociants, sous la direction de Philippe Chalmin, professeur d'histoire économique à l'université Paris-Dauphine, et Yves Jegourel, maître de conférences à l'université de Bordeaux, est ainsi sous-titré "Vent d'est, vent d'ouest".
Retour sur terre
L'initiative "Route de la Soie" lancée par Xi Jinping fait que le président chinois "est devenu un chantre de la mondialisation libérale", alors que les vents soufflant des États-Unis parlent de "retour du protectionnisme" et de "remise en cause des accords commerciaux" depuis l'élection de Donald Trump, ce qui offre un "renversement des rôles intéressant", a souligné Philippe Chalmin à Paris.
Les marchés agricoles, en particulier, sont marqués par un "effondrement des prix" dus aux récoltes mondiales exceptionnelles des trois années passées. "Le total des grains produits sur la planète (céréales, oléagineux et riz) s'est élevé en 2016 à 3,1 milliards de tonnes, alors qu'il était de 1,4 milliard de tonnes il y a 31 ans", lors la première édition du guide Cyclope, a ajouté Philippe Chalmin. "Les marchés sont très largement dans leur phase d'ajustement" après une crise qui selon Philippe Chalmin a duré sur la période "2006-2014". Les marchés "sont dans une phase de retour sur terre" a-t-il souligné. Selon lui, cette crise a été comparable au "choc" pétrolier des années 70.
L'abaissement des cours est dû aux augmentations de production liées aux investissements décidés plus tôt, au moment où les prix des denrées avaient flambé, ainsi qu'au maintien à un niveau élevé du dollar, monnaie de facturation de nombre de matières premières, les deux éléments étant souvent dans une "corrélation inverse", a ajouté Philippe Chalmin.
L'un des rédacteurs du guide, Ralph Ichter, qui dirige le think thank Euro Consultants à Washington chargé d'analyser la politique agricole américaine, se dit frappé par la "recrudescence des procédures anti-dumping et contentieuses nationales" lancées par les États-Unis depuis l'élection de Donald Trump. "Bush et Obama lançaient des procédures devant l'OMC, mais cette administration ne fait confiance qu'aux procédures contentieuses en droit américain" a-t-il dit, en prévoyant pour 2017, une "explosion" de sujets, dont l'aéronautique et les chantiers navals. En matière agricole, il note que les agriculteurs américains sont rendus "très incertains" par la présidence Trump, et craignent beaucoup "des rétorsions ou des diversifications d'achats" de gros pays acheteurs comme le Mexique, avec les remises en cause de certains accords commerciaux.
En face, la Chine est et reste acteur majeur de la plupart des achats de matières premières dans le monde. Le consultant Patrice Christman souligne qu'elle est devenue "un acteur minier principal pour une quarantaine de minéraux". Pour le zinc, "l'année 2016 restera comme une année mémorable" après une demande vigoureuse en Chine et une offre mondiale réduite : le marché a terminé l'année sur une note déficitaire et 2017 "ne devrait pas voir cette réalité s'inverser", dit ainsi le rapport.
Cet appétit chinois touche même la viande, secteur d'où le pays était quasiment absent il y a encore cinq ans, alors que la Chine tient désormais une place "déterminante" sur ce marché, note Jean-Paul Simier, consultant, qui a écrit le chapitre sur le marché des viandes. Sur le seul sujet de la viande de porc, les prix en Chine, premier importateur mondial, étaient trois fois plus élevés qu'en Europe en 2016, à 3,4 euros le kilo contre 1,5 en moyenne dans l'Union européenne. "En 2016, la Chine a importé 5 millions de tonnes de viande, sur les 30 millions de tonnes échangées dans le monde, alors qu'elle importait zéro il y a une dizaine d'années" et elle est devenue récemment "le deuxième importateur mondial de bœuf", a souligné Jean-Paul Simier, pour lequel l'UE est de fait "très dépendante de cette zone géographique" ce qui la rend fragile.

Isabel Malsang

Mardi 16 Mai 2017



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