Les navires invités à collaborer pour sauver les baleines


Préserver les baleines de Méditerranée des collisions en permettant aux gros navires de s'informer entre eux en temps réel : le projet Repcet, porté par l'association Souffleurs d'écume, ouvre une piste pour épargner cette espèce protégée.


© La Méridionale
© La Méridionale
"Les collisions avec les navires sont, dans cette mer, la principale cause de mortalité des baleines", explique Denis Ody, responsable du pôle Océans à WWF France et d'un programme de recherche sur les cétacés. Il y a deux semaines, un rorqual commun a ainsi été retrouvé mort sur une plage corse, le corps tailladé par les hélices d'un pétrolier-chimiquier.
Si une à deux collisions seulement sont enregistrées officiellement chaque année dans le Nord de la Méditerranée, des études montrent en fait que 8 à 40 rorquals communs (type de baleine présente dans cette mer) sont tués tous les ans de cette manière, selon Pascal Mayol, directeur de Souffleurs d'écume. Ces chiffres sont à mettre en regard, souligne Denis Ody, avec une population globale limitée à 1.500 à 2.000 individus dans la partie septentrionale où se concentre la majorité des cétacés (cachalots, globicéphales noirs, dauphins et rorquals communs) de cette mer quasi fermée.
Ce faible nombre est une fragilité, selon les spécialistes également préoccupés par les autres agressions dont sont victimes les majestueux rorquals, qui peuvent atteindre jusqu'à 20 mètres et peser 40 à 70 tonnes : la pollution sonore - en forte augmentation à cause du trafic maritime - la pollution des eaux, notamment par les résidus de plastique, les perturbations parfois créées par l'observation des baleines par les touristes ("whale-watching"), la hausse de la température des eaux (1 °C en trente ans en Méditerranée) et ses impacts sur les écosystèmes.

Dix navires déjà équipés

D'où le projet Repcet, imaginé par Souffleurs d'écume et lancé en 2010 : "Un officier de quart repère une baleine, la signale via un logiciel, un serveur calcule une zone de risques et diffuse l'information aux navires partenaires qui peuvent adapter leur conduite", explique Pascal Mayol. Le système Repcet est aujourd'hui centré sur le sanctuaire Pélagos, qui s'étend du Nord de la Sardaigne à la presqu'île de Giens (Var) et à Fosso Chiarone sur les côtes toscanes. Dans cette zone de 87.000 km2, où les baleines viennent s'alimenter et se reproduire, la France, l'Italie et Monaco ont déjà adopté des mesures de protection (interdiction des courses de bateaux, code de bonne conduite pour le "whale watching", etc.). Actuellement, dix bateaux marchands ont adopté Repcet, dont ceux des compagnies SNCM et La Méridionale, mais l'objectif est un déploiement plus large pour que le système atteigne sa pleine efficacité.
Il y a quelques jours, le projet s'est vu attribuer le prix de la Fondation Salins, doté d'une enveloppe de 20.000 euros et soutenu par l'Institut océanographique Paul Ricard (Var). Cela "va nous permettre d'aller sensibiliser davantage de compagnies maritimes, notamment italiennes et espagnoles", se réjouit Pascal Mayol. "Nous avons besoin de changer d'échelle, notre objectif est d'avoir au moins trente navires équipés à l'été 2015". Le coût du système n'est pas un réel obstacle : 250 à 300 euros par navire et par mois. Le point d'achoppement porte davantage sur la nécessité de réduire la vitesse dans une zone à risques, à cause des impératifs économiques des compagnies.
"Mais Repcet est le seul moyen que nous connaissons pour éviter les collisions entre cétacés et navires", s'exclame François Sarano, spécialiste de la faune marine et membre du jury du prix de la Fondation Salins. "Il y a un travail de très longue haleine pour faire comprendre à chacun que la vie d'une baleine vaut bien plus qu'une heure perdue sur un trajet Corse-Continent". Au delà des strictes préoccupations de sécurité pour leur embarcation, les commandants de bord ayant déjà eu à gérer les complications occasionnées par une collision avec un cétacé, pourraient aider à convaincre les armateurs. Le projet Repcet a d'ailleurs été imaginé par un ancien commandant de la Société nationale Corse Méditerranée, Frédéric Capoulade, devenu... président de Souffleurs d'écume.

Céline Serrat

Vendredi 30 Mai 2014



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