Les navires panamax à l'épreuve du futur canal


L'agrandissement du canal de Panama devrait créer, à partir de 2015, un problème de surnombre des navires de 4.000 à 5.000 EVP, qui seront évincés du passage entre Atlantique et Pacifique.


Plus étroits, les maxipanamax cumulent les handicaps © HMM
Plus étroits, les maxipanamax cumulent les handicaps © HMM
S'ils ont dominé les routes intercontinentales entre les années 70 et 90, les porte-conteneurs panamax ont beaucoup moins la cote aujourd'hui. Selon les prévisions d'Alphaliner, ce sera encore plus vrai à partir de 2015. À cette date, l'augmentation du gabarit du canal de Panama lui permettra d'accueillir des navires de 13.000 EVP et le déplacement forcé des actuels panamax qui en découlera pourrait créer un excédent sur ce segment.
À l'heure actuelle, les unités d'une capacité située entre 4.000 et 5.294 EVP sont évidemment dominatrices sur les routes maritimes comprenant un passage par le canal de Panama. Elles sont 664 dans le monde, d'après les données du consultant, qui les répartit en deux catégories : les "maxipanamax", il en compte 301, et les "handypanamax", au nombre de 314. Les 49 restants n'appartiennent à aucune des deux.

Disparition des navires spécifiques

La catégorie des "maxipanamax" est la plus directement menacée d'extinction par l'agrandissement des écluses panaméennes, à cause de ses proportions. Ces navires optimisés pour le passage du canal de Panama sont beaucoup plus étroits que des unités normales et possèdent un rapport longueur-largeur inhabituel de 9, contre 7 généralement. Cette particularité les condamne à coup sûr pour Alphaliner : "Cette caractéristique confère aux maxipanamax une moins bonne stabilité, ce qui les oblige à emporter des milliers de tonnes d'eaux de ballast, qui elles-mêmes empiètent sur leur capacité fret. De plus, cette masse d'eau et l'hydrodynamique de leur coque rend ces unités gourmandes en fuel. On peut ajouter les futures règles concernant les eaux de ballast, qui compliqueront les choses pour ce modèle de navires". Moins rentables, les 301 maxipanamax, dont un cinquième sera âgé de 20 ans ou plus au moment de l'ouverture du nouveau canal, seront les premiers sacrifiés. Ce type de navire n'est plus construit depuis 2010.

Embouteillage sur les marchés régionaux

Les handypanamax, qui ont déjà pris la relève, ont les caractéristiques techniques pour glisser vers d'autres trades à l'ouverture du canal. Plus stables et plus économes, ces navires mesurant autour de 260 mètres de long et au tirant d'eau inférieur ont investi de nombreux marchés au cours des années 2000. Alphaliner en compte 314 actifs et 14 restant à construire, tous entre 4.000 et 4.700 EVP. Ces unités, qui ont en moyenne 5 ans, opèrent aujourd'hui encore sur toutes les grandes routes, sauf entre l'Asie et l'Europe, d'où elles ont été évincées par les 5.000 à 16.000 EVP. "De 74 unités en 2008, on est passé à 10 aujourd'hui, tous sur le même service Asie-Méditerranée", explique le consultant. Mais leur part diminue dans les services longue distance, sous l'effet de l'augmentation rapide de la taille des navires interocéaniques.

"Moins rentables, les maxipanamax seront les premiers sacrifiés"


Certes, les handypanamax sont très utilisés sur les routes régionales, notamment entre l'Europe du Nord et la Méditerranée, sur l'intra-Asie et sur le trade Asie-Australie, où ils profitent aussi des règles australiennes qui limitent la taille des navires. Mais même s'ils sont encore très rentables et très demandés en affrètement, ils devraient se retrouver en trop grand nombre à l'horizon 2015. "Ces trois marchés emploient presque un quart des panamax de plus de 4.000 EVP mais, vu la faiblesse des distances concernées, la demande ne sera pas suffisante pour absorber les panamax qui seront déplacés des services intercontinentaux".
La situation des handypanamax est même rendue encore plus délicate par l'apparition de navires overpanamax élargis (widebeam), qui offrent de meilleures performances moteur à vitesse réduite en plus d'un plus grand éventail de capacité (4.000 à 5.100 EVP). Selon Alphaliner, 47 unités de ce type ont été livrées depuis trois ans et 158 doivent sortir des chantiers d'ici 2015. Les armateurs ont encore un peu de temps pour trouver de nouvelles affectations à leurs panamax.

Franck André

Mardi 13 Novembre 2012



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