Les redevances d'ADP, un arbitrage de haut vol


Le niveau des redevances d'Aéroports de Paris pour les cinq prochaines années doit être arbitré d'ici fin juillet par le gouvernement, qui devra trancher entre la rente que lui procure ADP et le redressement d'Air France, dont il est aussi actionnaire.


© ADP Gwen Le Bras Zoo Studio
© ADP Gwen Le Bras Zoo Studio
Les compagnies aériennes ont le vent dans le dos depuis que la Commission consultative aéronautique (CoCoAéro) leur a rendu un avis très favorable, fixant pour "objectif de réduire l'évolution des redevances aéroportuaires" d'ADP, à entre 0,7 et 1 % en dessous de l'inflation chaque année pour la période 2016-2020, alors que le gestionnaire des aéroports de Roissy et d'Orly souhaiterait les augmenter jusqu'à 1,75 % par an en plus de la hausse des prix.
La Fédération nationale de l'aviation marchande (Fnam), qui regroupe les principales compagnies aériennes françaises dont Air France et ses filiales (Hop!, Transavia France), considère que cet avis va "dans le bon sens". Même Easyjet, qui réclamait une baisse plus forte, estime qu'"il faut avancer dans un esprit de compromis", a déclaré François Bacchetta, directeur pour la France de la compagnie britannique à bas coûts, deuxième client d'ADP en termes de trafic.

"Air France paie un demi-milliard d'euros par an pour ses activités à Roissy et Orly"


Air France "se félicite" auprès de ses personnels de l'avis consultatif de la CoCoAéro, qui, "s'il était suivi, contribuerait à l'amélioration de la compétitivité des opérations". Premier client d'ADP, le groupe paie déjà un demi-milliard d'euros par an pour ses activités à Roissy et Orly et avait évalué en avril le coût de la proposition d'ADP à "150 millions d'euros de charges supplémentaires sur cinq ans". L'enjeu est capital pour Air France, dans le rouge depuis six ans, qui sort d'un plan de restructuration et cherche à réaliser 1,13 milliard d'euros d'économies supplémentaires d'ici 2017.
Les ajustements comptables préconisés par la CoCoAéro portent principalement sur trois leviers financiers. D'abord, une diminution du montant des investissements financés par les redevances, de 3,1 à 3 milliards d'euros, sans modifier le programme des travaux, qui avait reçu le soutien des collectivités locales et des chambres de commerce. Aucun élu n'a cependant été auditionné par la commission. Ensuite, une "contribution" de 50 à 75 millions d'euros par an des activités commerciales (boutiques, parkings, restaurants, publicité...), qui ont généré un chiffre d'affaires de 956 millions d'euros l'an dernier. Cette ponction préserve toutefois la séparation des revenus aéroportuaires et commerciaux, en vigueur depuis 2011 et régulièrement décriée depuis par les compagnies aériennes. Enfin, la fixation d'un taux de rentabilité (le coût moyen pondéré du capital, CMPC) de 4,6 %, contre 5,8 % demandés par ADP.
Un choix "inédit", observe une source proche du dossier, alors que la CoCoAéro a retenu ces deux dernières années des CMPC de 5,8 % pour Aéroport Toulouse-Blagnac et de 5,4 % pour Aéroports de Lyon.

L'État actionnaire et arbitre

La commission juge sa proposition "acceptable pour les actionnaires" d'ADP, en premier lieu l'Agence des participations de l'État (APE), qui détient 50,6 % du capital de la société. L'APE encaisse donc plus de la moitié des dividendes versés par ADP, qui redistribue 60 % de ses bénéfices, soit 241 millions d'euros au titre de l'exercice 2014. Mais l'État est aussi actionnaire d'Air France-KLM, maison mère de la compagnie française, et a même augmenté sa participation à 17,6 % en mai pour conserver ses droits de vote double.
Bercy, qui a tutelle sur l'APE, n'a pas voulu préciser sa position sur le sujet. Le ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, doit par ailleurs rencontrer vendredi 17 juillet le PDG d'Air France-KLM, Alexandre de Juniac. Du côté du ministère des Transports, "on soutient la proposition de la commission", signale une autre source proche du dossier. L'arbitrage de Matignon, voire de l'Élysée, est attendu avant la fin juillet, alors qu'Air France-KLM publiera ses résultats semestriels vendredi 24 juillet.

Le trafic en légère hausse en juin

Le trafic des aéroports de Paris a été en légère hausse en juin de 0,5 % mais le début du mois du Ramadan le 18 juin a eu impact défavorable sur les liaisons avec l'Afrique et l'activité de Paris-Orly. Au total, 8,6 millions de passagers ont été accueillis sur les plateformes parisiennes, dont 6 millions à Paris-CDG (+ 1,5 %) et 2,6 millions à Paris-Orly (- 1,4 %), selon leur gestionnaire ADP, précisant que le trafic est en légère hausse (0,5 %) par rapport au mois de juin 2014. "Le Ramadan se déroule cette année du 18 juin au 17 juillet alors qu'il a eu lieu du 28 juin au 27 juillet en 2014. Ce décalage a eu notamment un impact défavorable sur le faisceau Afrique et l'activité de Paris-Orly", a ajouté ADP. Le trafic international (hors Europe) est en légère progression (+ 0,3 %). Il a enregistré une forte croissance vers l'Amérique du Nord (+ 5,5 %) et l'Asie-Pacifique (+ 4,1 %). L'Amérique latine a progressé de 1,8 % et le Moyen-Orient de 0,5 %. En revanche, le trafic avec l'Afrique (- 7 %) et surtout avec les départements d'Outre-Mer (- 4,5 %) a reculé. Le trafic France a également enregistré une forte baisse de 4,5 % tandis que le trafic Europe (hors France) est en croissance de 2,9 %. Depuis le début de l'année, le trafic des aéroports de Paris est en progression de 1,5 % avec un total de 45,5 millions de passagers.

Gabriel Bourovitch

Jeudi 16 Juillet 2015



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