"Les relations avec l’Afrique, c’est l’ADN du port de Rouen"


Directeur régional pour le grand Nord-Ouest de Centrimex, l’un des principaux opérateurs portuaires nationaux sur l’Afrique, de l’Ouest en particulier, Philippe Dehays sait que le leadership rouennais vers l’Afrique est fragile. Ce qui décuple la pugnacité de ce Rouennais de souche, solide président de l’Union portuaire rouennaise (UPR) et de ses 130 entreprises.


© Ports de France
© Ports de France
Les dirigeants portuaires ne cessent de répéter que Rouen est «Le» port de l’Afrique, le leader national pour le groupage de conteneurs à l’export vers la COA. Comment expliquer ce leadership ?

C’est lié à l’Histoire. La marchandise pour les liaisons Nord-Sud est à Rouen où s’est développé un véritable savoir-faire, des compétences pour le groupage-dégroupage qu’on ne retrouve pas ou peu ailleurs. L’export vers l’Afrique appartient à l’ADN du port de Rouen. Pour autant, la concurrence ne dort jamais.

Quels éléments pourraient remettre en question ce leadership historique ?

Par rapport à notre voisin et partenaire havrais qui constitue le passage obligé des conteneurs pour le transbordement, il y en a deux principaux. Les formalités douanières et titres de transport qui pénalisent les flux de marchandises entre les deux ports et bien sûr les transit times évidemment défavorables aux ports intérieurs et qui comptent tant aux yeux des armateurs. Notre combat majeur, c’est le maintien des lignes et services réguliers à Rouen. Certains sont partis, revenus, repartis. C’est la raison pour laquelle la grande nouvelle de l’année, c’est le retour et la pérennisation du service Dunkrus opéré par CMA CGM. Chaque samedi, plus de 300 conteneurs partent de Rouen pour le hub de Tanger Med d’où ils repartent vers la côte Ouest africaine. Nous cherchons des solutions pour développer l’import à partir de Tanger ce qui constituerait un vrai plus pour Rouen où je le répète se trouvent les compétences et les hommes.

"À Rouen et au Havre depuis le milieu des années 70"


Que dire globalement des trafics avec l’Afrique en 2015 ?

Dans l’ensemble, il n’y a pas eu de grosses évolutions. C’est plutôt stable. L’Afrique reste plus que jamais un continent d’avenir, qui va se développer et connaître une forte croissance. Pour autant, la situation diffère selon les pays. La chute du baril a impacté les pays producteurs de pétrole comme le Gabon ou le Congo qui ont souffert et ont moins consommé, moins importé. D’autres ont été perturbés par des élections, problématique assez récurrente sur le continent. On pourrait ajouter l’épidémie du virus Ebola mais les marchés concernés (Sierra Leone, Liberia, Guinée) ne génèrent pas de gros volumes.

Depuis quelques mois, le GIE Haropa multiplie les missions commerciales en Afrique. D’autres sont prévues en 2016. Que retenez-vous de cette stratégie ?

Cette présence commerciale est importante mais les Africains connaissent le port de Rouen, pas Haropa. Ces missions permettent de se rendre compte de l’évolution des infrastructures. J’ai été personnellement bluffé, l’automne dernier, par ce qui a été réalisé dans le port de Lomé par exemple. De nouveaux hubs émergent. Au printemps, nous nous rendrons en Côte d’Ivoire et au Cameroun. Il est également prévu une journée à Rungis pour développer la filière fruits et légumes avec le Sénégal dont je suis consul honoraire.

Quels freins rencontrez-vous pour développer vos relations avec l’Afrique ?

À la différence d’Anvers, notre grand concurrent, nous devons composer avec une administration beaucoup trop lourde et compliquée, qui veut toujours laver plus blanc que blanc. On le voit avec les trafics rouliers que nous voulons redévelopper avec un continent qui demande des véhicules d’occasion, des pièces détachées, etc. La moindre fuite d’huile et la marchandise est considérée comme un déchet. À force de discussions, de travail, les choses progressent, mais doucement. Nous venons par exemple, début décembre, de signer une charte de bonne conduite avec les Douanes et la Dreal. Mettre de la souplesse dans nos réglementations, c’est capital. On sera confronté dès l’été prochain à la même difficulté avec le pesage des conteneurs.

Parlez-nous un peu de Centrimex...

Nous sommes une entreprise de transit née à Marseille, où se trouve le siège social, en 1949 et dont la spécialité est l’organisation de transport avec l’Afrique. Nous sommes implantés à Rouen et au Havre depuis le milieu des années 70. Le groupe emploie 270 salariés dont 45 à Rouen et 15 au Havre. Nous sommes présents à Anvers, Gênes, Shanghai, dans tous les ports de l’Ouest africain mais également représentés sur la côte orientale. Nous sommes aussi installés à Roissy. Nous suivons les flux de marchandises et nous nous adaptons aux demandes et aux besoins de nos clients. Avec l’émergence des pays anglophones en Afrique, notre dernière agence a été ouverte au Ghana. En 2014, nous avons traité 60.000 conteneurs.

Vincent Rogé

Lundi 21 Décembre 2015



Lu 242 fois



Dans la même rubrique :
< >

Lundi 21 Décembre 2015 - 08:08 Rouen reste le port de l’Afrique


     

Entreprises | Infrastructures | Institutions | Transport maritime | Transport aérien | Transport routier | Transport fluvial | Transport ferroviaire | Transport multimodal | Transport express - Messagerie | Logistique - Supply Chain | Énergie | Matières premières - Négoce | Industrie | Services | International | Développement durable | Faits divers







Accès rapide






















 

Qu'est-ce que L'Antenne ?

Le site internet de L'Antenne est la première plateforme B2B française de services et d’actualité consacrée au secteur du transport et de la logistique. Quotidiennement nous traitons de l’actualité du fret maritime, aérien, routier, fluvial, ferroviaire et multimodal ainsi que de la logistique, de l'industrie, de l'énergie et des matières premières. Nous apportons aux professionnels des outils et services qui facilitent leur travail et aident à la prise de décisions. Chaque année, nous éditons des guides de référence dans le secteur : "Le Fret aérien pratique" et "Le Fret maritime pratique" en plus de notre guide pratique des Incoterms©. L'Antenne est aussi organisateur de salons sur les thématiques du transport multimodal de fret, de l’export et de la logistique.

Mentions ours

Design réalisé par Caroline BALDINI.

Plan du site

Syndication

© SMECI
L'Antenne est édité par Smeci (32, av. André Roussin, BP 36, 13321 Marseille Cedex 16)
RCS Marseille 447 889 395. ISSN : 0395-8582
CPPAP : 0313T79480
Dépôt légal : 10/04/2006
Gérant : Jacques Riccobono
Rédacteur en chef : Vincent Calabrèse