Nicaragua : début des études sur le futur canal interocéanique


Le groupe chinois chargé par le Nicaragua de creuser un canal entre l'océan Pacifique et la mer des Caraïbes a commencé à identifier les terrains qui devront être expropriés dans le cadre de ce chantier.


Le groupe HK Nicaragua Canal Development Investment, chargé des travaux du futur canal interocéanique au Nicaragua, a indiqué vendredi 29 août avoir délégué la conduite de l'étude à une autre entreprise, Changjiang Institude of Survey, Planning, Design and Research, qui sera aidée de l'armée et du gouvernement nicaraguayens. Le passage navigable, qui doit concurrencer le canal de Panama, sera long de 278 km et coûtera l'équivalent de 30 milliards d'euros. Les travaux doivent commencer à la fin de l'année. Le président, Daniel Ortega, a présenté le projet comme une planche de salut pour un pays de 5,8 millions d'habitants où 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Cependant, plusieurs aspects du projet inquiètent les milieux écologistes, notamment le fait que le canal est censé traverser le plus grand lac d'eau douce d'Amérique centrale, le Cocibolca.
Il y a 500 ans, les Espagnols sont restés ébahis devant cette immense étendue d'eau bleu azur : "La mer d'eau douce", ont-ils alors appelé le Grand Lac du Nicaragua, le plus grand d'Amérique centrale, aujourd'hui menacé par le développement et la voracité humaine. Le Cocibolca – son nom en langue indigène – est un miroir d'eau de 8.264 km2. Mais la déforestation et le déversement quotidien de 50.000 tonnes de déchets, eaux usées et produits agrochimiques, ajoutés au projet de canal interocéanique, menacent le lac. Principale source d'eau douce du pays, au moins deux Nicaraguayens sur trois font pression sur cette ressource naturelle, deuxième lac d'eau douce d'Amérique latine après le lac Titicaca, entre Pérou et Bolivie.

"Le lac Cocibolca, trésor naturel inestimable mais menacé"


La situation géographique du Nicaragua, au centre de l'isthme centraméricain, a suscité au XIXe siècle l'intérêt de puissances comme les États-Unis, la France ou l'Angleterre pour percer une voie interocéanique, qui a finalement été creusée plus au sud, au Panama. Mais plus d'un siècle plus tard, cette obsession nationale a refait surface : le gouvernement a accordé une concession à un groupe chinois en vue de la réalisation et de l'exploitation d'un nouveau canal de quasiment 300 km, entre Atlantique et Pacifique, probablement via le lac.
Salvador Montenegro, directeur du Centre de recherches en ressources aquatiques, avertit toutefois que ce canal, dont la faisabilité est mise en doute par de nombreux experts, "ne doit pas traverser" le lac Cocibolca. "Nous ne devons pas le perdre pour tout l'or du monde !", clame-t-il. "Il faudrait sortir des millions et des millions de tonnes de sédiments. Le lac serait perdu à jamais. Il n'y aurait plus de photosynthèse, de production d'oxygène, de larves, de poissons ni d'oiseaux", renchérit Jaime Incer, conseiller du gouvernement sur les sujets environnementaux. Le lac déverse dans la mer des Caraïbes, par le fleuve San Juan, 1.000 m3 d'eau par seconde. Une ressource "stratégique", souligne Salvador Montenegro, capable de fournir tout le pays, ainsi qu'une bonne partie de l'Amérique centrale, en eau potable et eau d'irrigation.

AFP

Vendredi 29 Août 2014



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