Nouvelle phase de concentration dans le ciel européen


Sur fond de bras de fer entre Air France et ses pilotes, Coface a présenté mercredi 17 septembre à Paris une étude sur les enjeux et défis du transport aérien en Europe, et conséquences pour ses compagnies... et clients. Une projection riche d'enseignements à l'heure où les chargeurs, par la voix de l'AUTF, s'inquiètent des rapprochements dans le transport maritime conteneurisé.


© Airbus Industries
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Après le Commissariat général à la stratégie et à la prospective*, c'est au tour de Coface de s'interroger sur l'avenir des compagnies aériennes européennes. Le constat est identique et risque d'être funeste. "Elles comptent parmi les moins rentables au monde. À l'heure où il apparaît vital de capter le potentiel de croissance en Asie, les compagnies européennes butent sur la concurrence agressive des low-cost sur le marché court et moyen-courrier, et des compagnies du Golfe sur le long-courrier", déclare Guillaume Baqué, économiste auprès de l'assureur-crédit. À l'origine d'un courrier commun d'Air France-KLM et de Lufthansa en juin dernier à la Commission européenne, les deux analyses se rejoignent aussi pour dénoncer les distorsions de concurrence avec les compagnies extra-communautaires, du Golfe en particulier. Complémentaires, elles diffèrent sur leurs finalités en revanche. D'un côté, le CGSP a émis une série de recommandations à l'attention des pouvoirs publics et des autorités européennes. De l'autre, l'étude de Coface se concentre sur l'évolution du marché du transport aérien en Europe, et les stratégies de ses compagnies. "Face à une pression concurrentielle croissante, deux scénarios sont envisageables : investir massivement pour capter la nouvelle demande (en Asie, NDLR), ou se regrouper pour subsister. Cette seconde hypothèse nous semble la plus probable".

Vers un scénario à l'américaine ?

Pour justifier cet avis, Guillaume Baqué évoque les évolutions observées aux États-Unis depuis l'ouverture du transport aérien en 1978. L'augmentation du nombre de passagers, en lien avec le déploiement de nouveaux entrants au positionnement low-cost, y a été suivie de consolidations et liquidations dans les années 90 et 2000 sur un marché à la rentabilité à dégradée et convalescent après les attentats du 11 septembre 2001. "À partir de 2008, les compagnies américaines se sont engagées dans un puissant mouvement de concentration : Delta a acquis Northwest, la low-cost Southwest a repris Air Trans, un autre acteur low-cost, et American Airlines va fusionner avec US Airways. Aujourd'hui, Delta, United Airlines, American Airlines et Southwest concentrent 69 % du transport aérien de passagers aux États-Unis, contre 45 % environ pour les cinq premières compagnies européennes". En termes d'offres, ce mouvement Outre-Atlantique s'est traduit par "une restriction des capacités et une rationalisation des réseaux à travers la diminution du nombre de hubs, et par une hausse des prix des vols domestiques de l'ordre de 15 % depuis 2009".

"Les compagnies aériennes européennes comptent parmi les moins rentables au monde"


En Europe, le marché du transport aérien est totalement ouvert à la concurrence  depuis 1997. Une première phase de concentration s'est déroulée dans les années 2000 entre Air France et KLM, Lufthansa et Swiss Air, ou via IAG créé suite aux fusions entre British Airways, Iberia puis BMI. "La rentabilité espérée par ces opérations s'avère trop faible et, au regard du cas nord-américain, l'Europe pourrait connaître une nouvelle phase de concentration". Ce scénario semble partagé par la Commission européenne qui, par la voix de son ancien commissaire aux transports Siim Kallas, déclarait en juillet dernier : "150 compagnies en Europe, c'est beaucoup trop. Une consolidation est nécessaire et elle devrait avoir lieu".

Enseignements pour le transport maritime ?

Vers un oligopole comme aux États-Unis, les conséquences d'un tel mouvement de consolidation poussé "affecteraient en premier lieu le consommateur avec un affaiblissement de la qualité de service via la réduction des capacités et de dessertes, et une hausse des prix". Ce risque n'est pas sans rappeler la position des chargeurs et de l'AUTF dans le transport maritime de conteneurs, manifestée le 11 septembre après la création d'Ocean Three par CMA CGM, UASC et CSCL et d'alliances dont M2 entre Maersk Line et MSC...

* Rapport "Les Compagnies aériennes européennes sont mortelles"

Érick Demangeon

Jeudi 18 Septembre 2014



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