OCDE : les investissements dans les infrastructures de transport sont inadaptés


Selon le Forum international du transport, l'investissement des pays de l'OCDE dans les infrastructures de transport terrestre est constant en part du PIB depuis 1995, ce qui reflète une incohérence entre les financements et les besoins réels.


© Franck André
© Franck André
Depuis quinze ans, de 1995 à 2010, la part du PIB investie par les pays de l'OCDE dans leurs infrastructures de transport terrestres – rail, route et fleuve – a été constante. Dans sa dernière étude sur le sujet, le Forum international du transport (International Transport Forum) placé sous l'égide de l'organisation annonce un chiffre de 0,8 %, en excluant le Japon des statistiques. Avec ce dernier, dont le poids économique est assez important pour affecter significativement l'ensemble, cette part passe à 1 %. "Historiquement, les investissements japonais en infrastructures de transport ont toujours été élevés mais ils ont décliné depuis les années 90", explique l'Organisation de coopération et de développement économiques. Le changement d'affectation du produit de la taxe sur les carburants a notamment fortement réduit les investissements dans les infrastructures routières dans ce pays.

Les émergents investissent plus

En Europe occidentale, si la part de PIB consacrée aux infrastructures terrestres a diminué constamment entre 1975 et 1982 (de 1,5 % à 1 %), elle est restée constante depuis, entre 1 % et 0,8 %. Seuls la Grèce, l'Espagne et le Portugal ont vu cette part décoller entre 1995 et 2010, pour atteindre 1,6 % à 2 %. La stabilité se retrouve dans l'ensemble des pays développés comptant parmi les 34 membres de l'OCDE. L'Amérique du Nord suit donc la même tendance, à un niveau un peu inférieur : 0,6 % pendant une longue période et 0,7 % depuis 2009. Les pays d'Asie n'ont pas encore intégré l'OCDE et le continent sud-américain est sous-représenté.


"En Europe occidentale, le rail a vu sa part augmenter de 30 % à 40 %"


Seuls les pays en développement ou en phase de transition économique voient cette part évoluer. Ainsi, les États d'Europe centrale et de l'Est, qui consacraient 1 % de leur richesse au transport terrestre en 2002, en affectaient 2 % en 2009, une chiffre qui est retombé à 1,7 % après la crise. Il en est de même pour l'Inde, qui a augmenté ses investissements depuis 2004, et pour la Russie, mais avec une évolution plus chaotique.
L'organisation observe que le niveau de 1 % du PIB, qui a été la norme pendant longtemps est devenu une vraie limite même si elle n'est pas formulée comme telle dans les politiques nationales. Les rapporteurs y voient un dysfonctionnement : "Les besoins en investissement des infrastructures dépendent de facteurs comme la qualité et l'âge de celles existantes, les particularités géographiques du pays et le niveau d'activité de transport généré par le secteur productif. Le fait que la part du PIB consacrée aux infrastructures de transport soit constante montre que cet investissement n'est pas déterminé par les besoins réels mais par les procédures d'attribution des crédits ou les contraintes budgétaires, quand ce n'est pas simplement un choix politique".
En volume, l'enveloppe annuelle consacrée aux infrastructures de transport terrestre par les pays de l'OCDE hors Japon a gonflé de 30 %, à prix constants, depuis 1995. Avec le Japon, cette somme est quasi stable sur la période. En Europe de l'Ouest, la hausse a commencé en 2002, a atteint 28 % du niveau de 1995 en 2006 avant de glisser à 12 % en 2010. La courbe de l'Amérique du Nord est montée de 1995 à 2002 (+30 %) avant de descendre légèrement et de remonter à partir de 2008, pour atteindre en 2010 le niveau de 2001. Les pays émergents ont bien sûr des chiffres très supérieurs. L'Europe centrale et de l'Est a, par exemple, dépensé en 2009 plus du triple des sommes engagées en 1995, même si le niveau a chuté l'année suivante.

Différences de répartition modale

L'indicateur le plus significatif est la répartition de ces crédits par mode de transport selon les périodes et les pays. Ainsi, le ferroviaire, qui captait 15 % des investissements en infrastructures de l'OCDE en 1995, en a reçu 23 % en 2010. L'étude de l'ITF impute cette croissance principalement au Japon et à l'Europe et met en évidence la différence de stratégie entre pays riches et pays émergents.
En Europe occidentale, le rail a vu sa part augmenter de 30 % en 1995 à 40 % en 2010. La totalité de ce surplus a été gagnée sur la route (près de 60 % en 2010), tandis que la voie navigable est restée constante au cours des quinze années prises en compte dans le rapport (entre 1 et 2 %). Ce phénomène reflète un engagement politique différent mais aussi la nécessité de développer en priorité les axes routiers pour les pays en développement. Ainsi, l'Europe de l'Est a nettement augmenté la part des projets routiers dans ses investissements infrastructurels, de 65 % du montant  total en 1995 à 82 % en 2010. Cette répartition est plutôt stable depuis cinq ans dans la région.
S'il pointe l'inadéquation entre besoins et investissements, le Forum international du transport se dit conscient que les outils manquent pour évaluer les investissements dans les infrastructures de transport, mesurer leur efficacité, leur impact économique et ainsi améliorer la prise de décision. Pour y remédier, il a mis en place une commission qui doit présenter un "manuel des bonnes pratiques" au prochain sommet de l'ITF, en mai 2013.

Franck André

Mercredi 13 Juin 2012





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