Piraterie : les sociétés de sécurité privées en plein boom
Le recours à des sociétés privées dans le domaine de la Défense a pris de l'ampleur "au point de devenir un acteur incontournable de la sécurité internationale" et la France doit combler au plus vite son retard, selon un rapport parlementaire "bipartisan".
Un rapport "sur les sociétés militaires privées" (SMP) d'une soixantaine de pages a été remis à la commission de Défense de l'Assemblée nationale par ses coauteurs, les députés Christian Ménard (Finistère) et Claude Viollet (Charente), qui se sont rendus en Algérie, en Libye et à Djibouti. "Les activités de service de sécurité et de défense à l’étranger se sont particulièrement développées ces vingt dernières années", notent les deux parlementaires, selon lesquels "près de 1.500 SMP sont actives à travers le monde" pour un chiffre d’affaires global qui se situerait, selon les spécialistes, autour de 200 milliards de dollars par an.
«La lutte contre la piraterie maritime pourrait jouer un rôle pionnier»
Parmi elles figurent un grand nombre de sociétés anglo-saxonnes et l’offre française "est faible", soulignent-ils à regret. D'après MM. Ménard et Viollet, cette situation s’explique notamment par le fait que le secteur est associé "à certaines pratiques (le mercenariat)". Ce sentiment s'est "nourri des dérives de certaines entreprises américaines" (ainsi Blackwater en Irak) assurant "des actions de combat", expliquent-ils. Or, il n’y a "rien de commun entre les prestations d’ingénierie" proposées par les sociétés françaises et "l’action jadis de Bob Denard et ses associés", soulignent les auteurs, qui jugent au passage "pertinent" de privilégier le terme "d’entreprises de services de sécurité et de défense" (ESSD). "L’image d’Épinal d’entreprises proposant des prestations armées ne correspondrait qu’à une faible proportion" du chiffre d'affaires du secteur, "20 % au maximum".
Alors que le ministère de la Défense recense "une dizaine d’ESSD-SMP (françaises) solides" - dont la principale, Geos, compte 480 agents pour un chiffre d'affaires de 38 millions d'euros en 2010 - le rapport exhorte la France à "construire un modèle qui lui soit propre en y soutenant les valeurs qui sont les nôtres". "Bien entendu, il faut une définition précise et raisonnable de ce que les armées peuvent externaliser" et "cela exclut par avance les actions de force mais couvre le soutien et la logistique", insistent-ils. Le pouvoir politique doit légiférer d'"urgence" afin de "définir clairement un ensemble d’activités autorisées par la loi", selon le rapport.
Les armateurs français se tournent vers les Britanniques
Les parlementaires jugent que la lutte contre la piraterie maritime pourrait jouer un rôle pionnier : la France, "grande puissance, est concernée au premier chef". Elle a déjà instauré "un dispositif permettant d’embarquer des équipes de la Marine nationale sur des navires vulnérables, les équipes de protection embarquées (EPE)", relève le rapport. Mais il doute du "caractère soutenable du déploiement". "Le secteur privé offre une réponse complémentaire" et les armateurs français risquent "de se tourner vers l’offre britannique, faute d’un cadre juridique permettant aux Français de concourir", déplorent les auteurs. Ils citent aussi le cas des opérations de maintien de la paix (OMP) et la Libye, où ils signalent "la présence importante de sociétés anglo-saxonnes". Il serait "très souhaitable que nos sociétés parviennent à nouer des partenariats afin de s’implanter durablement dans ce pays, ce d’autant qu’il y a une attente forte vis-à-vis de la France".
La piraterie au menu de la Cedeao
Les dirigeants de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) se sont réunis les 16 et 17 février à Abuja, au Nigeria, pour un sommet consacré notamment à l'insécurité dans le Sahel, la piraterie dans le golfe de Guinée et l'élection d'un nouveau président de l'organisation. Lors de cette session ordinaire de deux jours, les participants devraient ainsi se pencher sur la piraterie dans le golfe de Guinée, en hausse. Selon le Bureau maritime international, trois attaques ont eu lieu en quelques jours dont une qui s'est soldée, lundi 13 février, par la mort du capitaine et de l'ingénieur en chef d'un navire au large de la capitale économique nigériane, Lagos.
Sophie Mongalvy
Vendredi 17 Février 2012
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