Pour exporter les céréales, le port de Rouen approfondit la Seine


Pour rester le premier exportateur européen de céréales, le port de Rouen s'est engagé dans un projet titanesque de dragage de la Seine qui devrait permettre d'ici 2018 de faire naviguer sur le fleuve des navires d'un tonnage bien supérieur à celui d'aujourd'hui.


© Haropa
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"Il y a une augmentation chronique de la taille des navires, pour transporter davantage à moindre coût. Cette évolution sera très nette d'ici cinq à dix ans. Il faut avoir approfondi le chenal à cette date", explique Philippe Deiss, le directeur du Grand Port maritime de Rouen. L'enjeu est de taille : Rouen exporte 40 % des céréales expédiées à l'étranger par la France, en premier lieu du blé. En 2013, 7,4 millions de tonnes de blé, mais aussi d'orge ou de colza, ont remonté les 120 km de fleuve qui séparent Rouen de l'estuaire. Les navires les emmènent ensuite ailleurs en Europe, au Maghreb et Moyen-Orient, sur la côte ouest-africaine et jusqu'à Cuba. Témoin du rôle-clé du port : le prix du blé meunier sur le marché financier européen est en partie basé sur le prix défini par les opérateurs à Rouen.
Mais le tirant d'eau actuel de la Seine ne permet de faire passer que des navires d'une capacité maximale de 45.000 tonnes. Pas assez pour l'Égypte, premier importateur de blé au monde, qui exige de plus en plus des panamax d'au moins 50.000 tonnes. "Des cargaisons énormes que nous ne pouvons pas charger", regrette Philippe Deiss. L'Égypte ne figure même pas dans les dix premières destinations des navires au départ de Rouen. L'enjeu de la profondeur du chenal est donc vital pour le port, qui doit faire face à la concurrence accrue des pays de la mer Noire, mais aussi d'autres ports français, comme celui de Dunkerque, qui peut accueillir des navires bien plus grands.

Un tiers de la dune du Pyla

La solution : raboter le lit de la Seine, pour gagner un mètre de tirant d'eau et accueillir des navires allant jusqu'à 54.000 tonnes. Lancés en 2012, les travaux sont entrés dans leur seconde phase en 2014 et doivent s'achever en 2018. L'arasement des sables et des roches, démarré à l'estuaire, remonte progressivement le long des méandres de la Seine jusqu'à Rouen. "Il s'agit d'évacuer des bancs de sable, 6 millions de m3 soit un tiers de la dune du Pyla", explique Philippe Deiss. Coût total : 200 millions d'euros, financés à 50 % par le port, mais aussi par la région Haute-Normandie, la communauté d'agglomération de Rouen, l'État et l'Union européenne.

"Rouen, au cœur d'un bassin céréalier majeur"


Le projet suscite l'opposition de certains écologistes, même si 30 millions d'euros doivent être consacrés à la protection de l'environnement. "Le port de Rouen est déjà un gros perturbateur de la baie de Seine à cause de ses dragages d'entretien", qui produisent des boues posant des "problèmes de contamination des poissons et des crustacés", déplore Charlotte Nithart, de l'association Robin des Bois. Les travaux risquent de "remobiliser des sédiments pollués historiques, pour l'instant "stockés" dans les strates inférieures", craint-elle, regrettant une "concertation infructueuse".
Les opérateurs céréaliers attendent pourtant la fin du projet avec impatience. Car ils se sont installés au fil des méandres de la Seine pour profiter de l'emplacement de Rouen, au cœur d'un bassin céréalier majeur, comprenant la Beauce. "Dans un cercle de 100 km autour de Rouen, il y a des grains partout", résume Antoine Harmel, directeur administratif de Sénalia, un prestataire qui réceptionne puis charge les céréales sur les navires, après les avoir stockées dans ses immenses silos au bord de la Seine. "La limite, c'est qu'il faut que le chenal soit assez profond pour accueillir tous les navires. S'il y a très peu à exporter, le port de Rouen et Sénalia tournent beaucoup plus lentement", plaide-t-il.

Emmanuelle Michel

Mercredi 23 Avril 2014



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