Pourquoi les pilotes KLM volent alors qu'Air France reste au sol ?



"La grève est un dernier recours" © KLM
"La grève est un dernier recours" © KLM
A priori aussi concernés que leurs collègues français par le projet d'expansion de Transavia, filiale low-cost du groupe Air France-KLM, les pilotes de la compagnie néerlandaise KLM n'ont pas suivi la grève débutée le 15 septembre par ceux d'Air France. Si l'attitude peut interpeller en France, elle est tout à fait normale aux Pays-Bas, explique Robbert van het Kaar, chercheur en relations industrielles à l'université d'Amsterdam. "Il y a un monde de différence entre les deux pays à ce sujet, et il y a pour cela de nombreuses raisons, notamment culturelles, historiques et légales", assure-t-il.
L'Observatoire européen pour les relations industrielles (EIRO) a recensé le nombre annuel de jours de grève pour 1.000 employés sur la période 2005-2009 : il s'est établi à 132 en France contre seulement 5,7 aux Pays-Bas. "En règle générale, on cultive aux Pays-Bas des rapports beaucoup plus souples entre employés et employeurs", souligne Robbert van het Kaar : "On cherche plus facilement un terrain d'entente". "Contrairement à ce qu'on pourrait penser, le patronat préfère d'ailleurs avoir pour interlocuteur un syndicat fort, car cela implique que ce sera un interlocuteur sérieux", soutient le chercheur. La relation entre syndicat et patronat est de fait basée sur la confiance, ce qui est particulièrement la cas chez KLM, selon Robbert van het Kaar. "KLM mène une politique plutôt sociale, employeurs et employés ne sont donc pas à couteaux tirés", souligne-t-il, ajoutant en outre que les syndicats les plus "radicaux" ne sont pas très représentés au sein du personnel de KLM.
Dans certains cas particuliers, une grève peut d'ailleurs être déclarée illégale aux Pays-Bas, notamment si un juge estime qu'elle n'était pas "le dernier recours" ou que des tiers, des passagers de train par exemple, subissent des dommages trop importants. "C'est déjà arrivé que, dans les transports, il soit interdit de faire grève à l'heure de pointe par exemple", selon Robbert van het Kaar.

Modèle des polders

Cette culture du consensus, élevée au rang de dogme et cultivée par le fait que les gouvernements sont constitués de plusieurs partis politiques qui négocient pour former une majorité, a un nom : "le modèle des polders". Ce nom fait référence à la lutte séculaire des Néerlandais contre l'eau : au Moyen Âge, fermiers, nobles, bourgeois et autres étaient forcés de s'unir, malgré leurs différents, pour construire des digues protégeant les terres gagnées sur la mer, les polders.
Mais cette culture du consensus n'a pas empêché les pilotes de KLM de s'exprimer en des termes durs envers la direction d'Air France-KLM. Le syndicat des pilotes a notamment assuré avoir perdu toute confiance en Alexandre de Juniac, le PDG. "Nous soutenons pleinement nos collègues français", a soutenu le directeur du syndicat néerlandais des pilotes (VNV), Steven Verhagen, cité dans les pages du quotidien populaire de "Telegraaf" : "Il est incompréhensible qu'Alexandre de Juniac cherche à faire évoluer ce conflit avec des dictats et des menaces".

Un dernier recours

Pas question pour autant d'entrer en grève. "Si on commence tout le temps des négociations par une grève, on ne nous prendra jamais au sérieux", assure une source syndicale néerlandaise ne souhaitant pas être identifiée : "La grève est un dernier recours". L'orientation politique des syndicats joue également un rôle important dans ces rapports entre employés et employeurs, soutient Robbert van het Kaar, soulignant que les Pays-Bas n'ont pas de syndicat comme la CGT, à l'héritage communiste. Le principal syndicat des Pays-Bas, le FNV, est social-démocrate, dit-il. "On se met plus facilement dans la position de l'autre et on cherche ce qui nous lie plutôt que ce qui nous sépare", estime Harrie Lindelauff, porte-parole du FNV. "On parle d'abord très longtemps, et si cela ne fonctionne pas, la grève est envisagée". Mais en France, soutient Robbert van het Kaar, "la grève est presque devenue un réflexe".

"Poursuivre la grève serait totalement irresponsable"

Toute poursuite "jusqu'au-boutiste" de la grève des pilotes d'Air France "serait totalement irresponsable", juge l'Union des aéroports français jeudi 25 septembre, les exhortant une nouvelle fois à cesser ce mouvement qui, dit-elle, fragilise l'ensemble du secteur aérien. "Ce mouvement social corporatiste d'un autre temps au regard du contexte économique auquel se confrontent les compagnies aériennes ne manquera pas de fragiliser davantage le transport aérien national dans son ensemble", commente l'UAF qui regroupe 137 membres exploitant près de 155 aéroports en France métropolitaine et outre-mer. L'organisation ne chiffre pas l'impact de ce conflit social mais souligne qu'il est "considérable sur les économies régionales", les aéroports ayant démontré ces dernières années, par leur dynamisme, leur contribution au développement territorial. "Ce gâchis est particulièrement malvenu alors que le pays se bat pour échapper à la récession et que le transport aérien était demeuré l'un des rares facteurs de croissance de l'économie nationale", ajoute l'Union, qui a déjà appelé à la fin de la grève. Air France a chiffré le coût de la grève entre 15 et 20 millions d'euros par jour.

Nicolas Delaunay

Vendredi 26 Septembre 2014



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