Pourquoi un avion a-t-il délesté du carburant au-dessus de la forêt de Fontainebleau ?


Pourquoi et dans quelles conditions un avion d'Air France a-t-il délesté des dizaines de tonnes de kérosène dimanche 25 septembre au-dessus de la forêt de Fontainebleau ? Que devient le carburant une fois éjecté et quelles sont les conséquences pour l'homme et l'environnement d'une telle pratique ?


© Air France
© Air France

Pourquoi larguer du carburant en plein vol ?
 
Parti dimanche matin de l'aéroport d'Orly pour la Guyane, l'appareil, un B777 transportant 289 passagers, s'est retrouvé en difficulté peu après le décollage. "Le moteur a ingéré de la gomme d'un pneu de l'avion, ce qui a altéré son fonctionnement", a expliqué un porte-parole d'Air France. Décision est alors prise par le commandant de bord de reposer l'appareil, comme prévu dans une telle situation d'urgence. Pour un gros porteur venant de décoller vers une destination lointaine, encore chargé de plusieurs dizaines de tonnes de kérosène, la procédure est classique : il faut d'abord larguer une partie du carburant sans quoi l'appareil, trop lourd, risque un éventuel crash à l’atterrissage.

Pourquoi la forêt de Fontainebleau ?

Ce sont les contrôleurs aériens qui décident où les appareils qui se trouvent dans un tel cas de figure vont vider leurs réservoirs. "Si l'avion a décollé d'un aéroport proche du littoral, le délestage est réalisé sur un plan d'eau", explique un représentant de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). "Si c'est en pleine terre, comme les aéroports parisiens, on va choisir dans la mesure du possible une zone peu peuplée, en campagne, ou en région parisienne, très urbanisée, des zones forestières", ajoute-t-il en précisant que la décision est prise en fonction de l'urgence de la situation. L'opération, tout à fait légale, reste rare puisqu'en incluant celui de dimanche, seulement trois délestages ont eu lieu en région parisienne depuis 2014.

Qu'est-il sorti de l'avion exactement ?

Lors d'un délestage, "on n'ouvre pas les vannes pour faire couler du kérosène sur la tête des gens", assure le porte-parole de la DGAC. Volant en cercles, l'appareil se décharge du carburant en le rejetant par vaporisation sous forme de fines gouttelettes. "Au contact de la chaleur produite par la lumière du soleil, 90 % du carburant délesté s'évapore (dans l'atmosphère) et produit de l'eau et du CO2, ce qui est ni plus ni moins ce qui sort des réacteurs en phase de vol normal", explique-t-il. "Environ 10 % du carburant tombe au sol et une bonne partie s'évapore à son contact", ajoute-t-il.

Quel est l'impact sur l'environnement ?

Le maire de la ville de Fontainebleau, Frédéric Valletoux (LR), s'est indigné dimanche de l'opération de délestage, jugeant "scandaleux" que cette procédure "soit encore autorisée". "La forêt de Fontainebleau, c'est 10 millions visiteurs par an, l'espace naturel le plus protégé en France", a-t-il écrit sur Twitter. "Légale pour des raisons de sécurité, cette pratique autorisée par le contrôle aérien doit être revue à l'aune des risques écologiques", estime de son côté le groupe Écologie-Les Verts (EELV) du conseil régional d'Île-de-France en soulignant que "le largage ne serait pas moins dangereux sur une autre zone francilienne – a fortiori habitée". "Le kérosène est un mélange d'hydrocarbure toxique pour la vie animale et végétale", a rappelé lundi EELV. Mais pour la DGAC, une fois l'essentiel du carburant évaporé, il ne reste que "quelques milligrammes (de kérosène) par mètre carré" et l'impact environnemental est "minime". "Entre mettre en place une procédure de délestage et mettre en danger la vie de centaines de passagers, le choix est rapidement fait", relève le représentant de l'institution.


Juliette Michel

Mercredi 28 Septembre 2016



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