Premier vol réussi de l'avion solaire Solar Impulse 2



© Solar Impulse 2
© Solar Impulse 2
L'avion suisse Solar Impulse 2, uniquement propulsé à l'énergie solaire, a réussi tôt lundi 2 juin son premier vol d'essai sur la base aérienne de Payerne, une première étape dans un long processus avant le départ en mars 2015 pour une tentative de tour du monde. Son premier vol autour de la base dans le centre de la Suisse a duré 2 h 15, une demi-heure de plus que ce qui était initialement prévu. Avec aux commandes le pilote d'essai allemand Markus Scherdel, l'avion s'est élancé sur la piste, propulsé par ses quatre moteurs électriques alimentés par 17.200 cellules solaires. Markus Scherdel avait aussi effectué le premier vol de la précédente version de l'avion en juin 2009. Après quelques centaines de mètres, il a pris lentement l'air porté par son immense aile, plus longue que celle d'un Boeing 747. L'appareil doit suivre un programme d'essais en vol pendant tout l'été au-dessus de la Suisse. Après une heure dans les airs, le directeur de vol a souligné qu'"aucun problème n'a été détecté sur le système électrique et de propulsion et la stabilité de l'avion est bonne". "Pour moi c'est un grand moment parce que nous avons travaillé si dur pour se retrouver dans les airs, pour être prêt à temps et maintenant nous constatons que tout a marché comme nous l'attendions. Bien sûr il faut poursuivre les essais mais c'est un bon début", a déclaré le pilote après son atterrissage en douceur.
"Nous sommes heureux parce ce que tout a bien fonctionné, ou a extrêmement bien fonctionné, parce que nous avons accompli le programme que nous nous étions fixé. Nous disposons de beaucoup de données, beaucoup de choses qu'il va falloir examiner, c'était un premier vol mais il a été un succès", a souligné André Borschberg, l'un des deux pilotes qui effectuera le tour du monde. La prudence de ces commentaires est à la mesure du défi du projet Solar Impulse, le tour du monde étant pour le moment la chasse gardée des appareils à carburant classique ou des ballons qui dépendant uniquement du vent et maîtrisent mal leur itinéraire.
Ce second et nouveau prototype, alimenté exclusivement par l'énergie de ses cellules solaires, a une envergure de 72 mètres, autant qu'un A380, mais pour un poids de 2.300 kg. Ses pilotes, André Borschberg, un ancien pilote militaire, et Bertrand Piccard, le petit-fils de l'aventurier Auguste Piccard, ont déjà accumulé une solide expérience avec le premier prototype. Ils ont volé à travers l'Europe, puis jusqu'au Maroc, avant de traverser les États-Unis en mai 2013. Les constructeurs aéronautiques, initialement sollicités, avaient jugé le projet impossible. Aujourd'hui l'aventure trouve de plus en plus de soutiens et l'avionneur français Dassault a récemment conseillé l'équipe, en examinant tous les plans de Solar Impulse 2.
En 2010, l'avion solaire avait effectué un vol sans escale de 26 heures, démontrant sa capacité à accumuler suffisamment d'électricité durant le jour pour continuer à voler de nuit. Mais cette fois, Solar Impulse 2 devra pouvoir voler plus de 120 heures d'affilée, cinq jours et cinq nuits, le temps nécessaire pour traverser le Pacifique ou l'Atlantique. Il partira de la région du Golfe en mars 2015, pour profiter des conditions climatiques favorables en direction de l'est, vers la mer d'Arabie, l'Inde, la Birmanie, la Chine, l'océan Pacifique, les États-Unis, l'Atlantique, l'Europe du Sud, l'Afrique du Nord pour revenir à son point de départ. Il fera plusieurs escales dans ce vol.
Il est propulsé par quatre moteurs électriques, développant chacun 17,5 chevaux, alimentés par 17.248 cellules solaires. Elles chargent dans la journée des batteries au lithium pesant 633 kg, donnant à l'avion une autonomie théoriquement illimitée. La nuit la vitesse sera limitée à 46 km/h pour ne pas épuiser les batteries. Parmi les multiples contraintes d'un tel projet, il a fallu aussi tenir compte des limites physiques pour l'unique pilote. Le cockpit a été agrandi (3,8 m3), le siège "classe affaires" aménagé avec une toilette sommaire et pour permettre de courtes plages de sommeil un "copilote virtuel" avec un système électronique de suivi et d'alerte a été développé. Il réveillera le pilote avec un vibrateur de poignet et alertera le centre de suivi, sur la base de Payerne, en cas de problème.

Pierre Taillefer et Nina Larson

Lundi 2 Juin 2014



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