Réchauffement climatique et tensions au menu du Conseil de l'Arctique


Les nations arctiques ont rappelé vendredi 24 avril les dangers auxquels elles doivent faire face en raison du changement climatique, lors d'un mini-sommet dans le Grand Nord canadien où tous les yeux sont braqués vers la Russie.


Ouverture de nouvelles routes commerciales reliant l'Asie à l'Europe © WWF
Ouverture de nouvelles routes commerciales reliant l'Asie à l'Europe © WWF
L'Arctique se réchauffe deux fois plus rapidement que le reste de la planète et, le mois dernier, le gouvernement américain a indiqué que la banquise avait atteint son plus bas niveau cet hiver depuis le début des observations par satellite, à la fin des années 70. La fonte du sommet de la Terre inquiète tant pour ses conséquences sur la hausse du niveau des océans que sur l'effet de serre avec la libération de quantités astronomiques de gaz carbonique et de méthane qui étaient jusqu'à présent stockés dans le sous-sol gelé. Le recul de la banquise permet, dans le même temps, de miser sur l'ouverture de nouvelles routes commerciales reliant l'Asie à l'Europe et attise les convoitises des secteurs pétrolier et gazier qui lorgnent sur d'immenses gisements vierges. Ces nouvelles opportunités s'accompagnent toutefois de nouveaux défis et rivalités que les États-Unis devront apprivoiser en prenant, à l'issue du sommet, la présidence du Conseil de l'Arctique pour les deux prochaines années.
"La fonte de la mer de glace dans la région fait naître un certain nombre d'opportunités", a dit le secrétaire d'État, John Kerry, à ses homologues. "Mais il est impératif que les développements envisagés se fassent en tenant compte de l'histoire et du mode de vie que les habitants veulent conserver, et qu'on tienne compte du développement durable", a ajouté John Kerry, arrivé plus tôt dans la journée à Iqaluit, capitale du territoire inuit du Nunavut située au sud de l'île de Baffin, au nord-est du Canada. La ville compte 7.500 habitants et les températures peuvent y tomber jusqu'à - 65 °C durant l'hiver.

Plan de régulation

Il y a retrouvé les délégations des autres pays membres de cette instance régionale : le Canada, le Danemark, la Finlande, l'Islande, la Norvège, la Russie et la Suède. Les débats se tiennent en présence d'observateurs provenant de groupes autochtones, d'organisations environnementales et de certains pays comme la Chine. Les États-Unis veulent mettre en place un plan de régulation des émissions de gaz à effet de serre, nés des activités d'extraction notamment, dans les régions arctiques. Ce serait une première de voir les membres du Conseil de l'Arctique se mettre d'accord pour tenter de limiter le réchauffement climatique à travers une action régionale.

Trouver un équilibre

Tout en voulant s'attaquer au changement climatique, Washington souhaite également consacrer sa présidence du Conseil à l'amélioration de la réglementation du transport maritime dans cette région et de la qualité de vie de ses quatre millions d'habitants. "C'est notre travail de trouver un équilibre entre les limites biologiques de la nature, nos droits et devoirs en matière d'utilisation des ressources naturelles et le besoin de promouvoir la croissance et le développement économique", a déclaré de son côté le Premier ministre des îles Féroé, Kaj Leo Johannesen.
Les tensions sous-jacentes sont toutefois vives depuis que la Russie, visée par des sanctions pour son rôle dans la guerre dans l'Est de l'Ukraine, a commencé à montrer ses muscles en organisant des manœuvres militaires inédites dans l'Arctique. La région contiendrait 13 % du pétrole de la planète non encore découvert et 30 % des réserves de gaz naturel, ce qui ne manque pas d'attirer les convoitises. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est absent de la rencontre à Iqaluit, remplacé par le ministre de l'Environnement, Sergueï Donskoi.
Et la semaine dernière, la Norvège s'est dite agacée par la visite du vice-Premier ministre russe, Dmitri Rogozine, dans l'archipel du Svalbard. Bien qu'interdit de visite en territoire norvégien en raison des sanctions européennes, Dmitri Rogozine a pu mettre le pied sur cet archipel polaire grâce à un traité de 1920 qui prévoit, même si le Svalbard est administré par la Norvège, une "égale liberté d'accès" aux ressortissants de tous les pays signataires. Autre source d'inquiétude : au début du mois, des navires russes ont mouillé dans ce qui fut une base navale norvégienne secrète dans l'Arctique.
Pour s'attaquer au réchauffement climatique, l'ONU organise une conférence sur le climat à Paris à la fin de l'année. Le but est de parvenir à un accord pour limiter à 2 °C le réchauffement climatique d'ici la fin de ce siècle par rapport à l'ère pré-industrielle.

Jo Biddle

Lundi 27 Avril 2015



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