Relative accalmie de la piraterie mondiale


Les derniers chiffres de la piraterie annoncés par le Bureau maritime international (BMI) démontrent une légère hausse du nombre d'actes depuis début 2015 mais une baisse de leur gravité. L'Asie du Sud-Est est désormais la zone la plus concernée, devant le golfe de Guinée. Aucune attaque n'a été rapportée autour de la Somalie.


Les efforts conjoints des forces militaires ont fait reculer la piraterie sur les deux côtes de l'Afrique © EU Navfor
Les efforts conjoints des forces militaires ont fait reculer la piraterie sur les deux côtes de l'Afrique © EU Navfor
Dans son dernier rapport trimestriel, le Bureau maritime international (BMI) fait état d'une hausse du nombre de faits de piraterie au cours des neuf premiers mois de 2015, comparé à la même période de 2014. Entre début janvier et fin juin, 190 navires ont ainsi fait l'objet d'un acte malveillant (+ 6,7 %). Dans le détail, 15 navires ont été détournés par des pirates, 154 ont été abordés et 21 ont subi une tentative d'attaque infructueuse. Côté humain, 226 membres d'équipages ont été pris en otage, 14 attaqués, 13 blessés, 10 enlevés et un a été tué.
Le total des attaques surpasse légèrement celui de fin septembre 2013 (188 actes), mais n'a rien de commun avec les sommets atteints en 2011, soit 352 attaques. Les différentes autorités impliquées ont réussi à endiguer le phénomène dans les deux zones les plus sensibles de ces dernières années : le golfe d'Aden et les côtes somaliennes, puis le golfe de Guinée.
De plus, le Piracy Reporting Centre (PRC) du BMI constate une accalmie des faits les plus graves. Mais s'il se félicite d'une baisse globale du nombre d'attaques violentes, il met en garde contre toute suffisance face à la piraterie. Sur l'année, le nombre de détournements est en légère baisse, de 17 à 15 actes (- 12 %), tout comme celui de tentatives manquées, de 27 à 21 (- 22 %). Ces 8 faits ont été plus que compensés par la hausse du nombre d'abordages, qui a bondi de 24 % avec 30 actes supplémentaires.

L'Asie prend le relais

Les eaux les plus touchées sont celles de l'Indonésie (86 actes), du Vietnam (19), du Nigeria (12), de la Malaisie et du Bangladesh (11 chacun). L'Indonésie est confrontée à une hausse constante des actes de piraterie depuis 2010. Sur les neuf premiers mois de l'année, l'augmentation est de 19,5 % par rapport aux 72 de septembre 2014.
Les actes enregistrés dans les eaux malaisiennes et dans le détroit de Malacca portent ce total à102, faisant de cette zone la plus dangereuse du globe. Celle-ci peut s'élargir aux pays voisins – Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam – qui totalisent 130 attaques sur les 190 enregistrées dans le monde.
Pour l'Asie du Sud-Est, dont le BMI exclut le Vietnam, l'institution estime que les mesures de répression prises par les États ont porté leurs fruits, avec "seulement" deux détournements enregistrés au cours du troisième trimestre (13 pour les neuf premiers mois de l'année). Les autorités indonésiennes et malaisiennes ont arrêté et poursuivi des membres d'un groupe spécialisé dans le détournement de pétroliers qui avaient notamment attaqué le "Sun Birdie" et l'"Orkim Harmony". Les deux détournements ont concerné un petit pétrolier dans le détroit de Malacca et un chalutier à 40 milles à l'ouest de Pulau Langkawi, une zone dans laquelle le BMI a relevé 47 incidents entre juillet et septembre.

"La menace d'incidents sérieux émergera de nouveau"


Près d'un tiers des navires attaqués dans cette zone se trouvaient au mouillage ou à quai. C'est la grande majorité des cas au Vietnam (73 %). Pour le BMI, la plupart des incident enregistrés en Indonésie sont toutefois considérés comme d'un niveau faible, comme la totalité des actes rapportés au Vietnam.

Les pirates somaliens en sommeil

Pour la première fois au cours des huit dernières années, aucune attaque de navire a été attribuée à des pirates somaliens, principale menace jusqu'en 2012. Le BMI voit là le résultat des efforts combinés des marines militaires dans la région, de l'application de plus en plus stricte de ses "Bonnes pratiques contre les pirates somaliens" (BMP4), de la présence à bord de gardes armés et de la stabilisation du gouvernement central de la Somalie.
L'organisation montre toujours une grande méfiance à l'égard des assaillants de la zone et encourage les armateurs à œuvrer pour maintenir les statistiques vierges : "Les pirates somaliens ont toujours la capacité de porter des attaques. Le PRC croit qu'un seul détournement réussi de navire marchant ravivera la motivation des pirates à reprendre leurs efforts". Il rappelle surtout que, fin septembre, les pirates somaliens ou supposés tels détiennent toujours 29 marins contre rançon.
Sur l'ensemble des treize pays du golfe de Guinée, le nombre d'actes de piraterie a diminué d'un tiers, passant de 33 à 23 attaques. Le Nigeria est toujours en tête dans ce domaine, avec 12 actes (13 il y a un an). Le BMI rappelle que ce pays s'est doté du système de surveillance israélien Falcon Eye pour sécuriser ses eaux territoriales. Une fois effectif, celui-ci doit permettre de visualiser tous les mouvements humains pour prévenir la piraterie, le vol d'hydrocarbures, le sabotage et les survols illégaux d'avions dans le golfe de Guinée. Il sera relié à l'actuel Regional Maritime Awareness Capability Center (RMAC) commun à plusieurs pays de la région.
Malgré la bonne tendance, le BMI veut maintenir la vigilance de chaque partie prenante et rappelle que, si le nombre d'attaques graves a diminué, l'expérience récente montre que ces accalmies sont éphémères : "La menace d'incidents sérieux émergera de zones connues ou nouvelles". L'institution appelle à tirer les leçons des deux dernières décennies pour améliorer la surveillance et les réponses à la piraterie.

Franck André

Jeudi 5 Novembre 2015



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