SNCM : le ton monte avec l'hypothèse du redressement judiciaire


Les principaux syndicats de la SNCM ont accueilli samedi 5 juillet d'une volée de bois vert la solution d'un redressement judiciaire que semble préconiser le gouvernement, qui conduirait tout droit selon eux au "démantèlement" de la compagnie maritime en difficulté, enlisée dans une grève dure.


Les syndicats de la SNCM craignent un millier de suppressions d'emplois © Franck André
Les syndicats de la SNCM craignent un millier de suppressions d'emplois © Franck André
Les salariés de la SNCM réclamaient depuis plusieurs mois une "clarification" de la position du gouvernement, qui, après avoir validé début janvier un plan de relance de la compagnie passant notamment par l'acquisition de quatre nouveaux navires, avait finalement bloqué le processus de commande fin février. Dans les colonnes de "La Provence" samedi 5 juillet, le secrétaire d'État aux Transports, Frédéric Cuvillier, leur a donc répondu plus précisément : "La voie redressement judiciaire" favorisée par "la direction de l'entreprise" est "le seul moyen pour redonner un avenir à la SNCM, faire qu'elle redevienne un fleuron". C'est la première fois que l'État, actionnaire à 25 % de la SNCM aux côtés de Transdev (66 %) et des salariés (9 %), envisage publiquement cette option comme une solution aux déboires récurrents de l'entreprise (14 millions de pertes en 2012).
Cette perspective a immédiatement fait bondir les deux principaux syndicats. "Le redressement judiciaire, c'est un moyen de démanteler la SNCM, avec plus d'un millier de licenciements. Ce n'est pas acceptable pour nous. Frédéric Cuvillier est un menteur et un liquidateur. Il a fallu douze jours de grève, précédés d'un préavis d'un mois, pour avoir ça ?", a fulminé le représentant CGT des marins, Frédéric Alpozzo. Le secrétaire d'État aux Transports est "passé aux aveux. Si nous n'avions pas porté l'exigence de clarification et de vérité, on nous aurait caché la vérité jusqu'en octobre. C'est un procédé honteux, scandaleux", a aussi lancé Maurice Perrin, délégué CFE-CGC et représentant des actionnaires salariés au conseil de surveillance.

Atmosphère crispée

Dans un courrier adressé aux organisations syndicales, Frédéric Cuvillier insiste pourtant sur le fait qu'un redressement judiciaire serait "le contraire d'une liquidation". Et il confirme que "seul ce plan de redressement pour construire une nouvelle SNCM peut permettre de mettre fin aux contentieux européens". La SNCM est en effet condamnée par Bruxelles à rembourser deux fois 220 millions d'euros d'aides publiques jugées illicites, un obstacle infranchissable pour d'éventuels repreneurs. Frédéric Cuvillier "négocie avec Bruxelles un périmètre très réduit de la compagnie, alors que la défense des droits n'est pas épuisée, loin de là", dénonce donc la CFE-CGC. Le spectre d'une SNCM recentrée sur la seule desserte Marseille-Corse, et délestée de ses liaisons depuis Nice et Toulon, ressurgit donc avec la perspective d'un passage devant le tribunal de commerce, que préconise également Transdev depuis fin février.
C'est pourquoi les syndicats évoquent la crainte d'un millier de suppressions d'emplois, en sus des 500 départs volontaires (sur 2.600) auxquels ils se sont rangés en janvier, au titre des efforts de productivité et en contrepartie de la commande des quatre navires, dont Frédéric Cuvillier annonce officiellement l'abandon.

"C'est un moyen de démanteler la SNCM"


S'il affirme en effet qu'il faudra "moderniser la flotte" de la SNCM, le secrétaire d'État assure néanmoins que celle-ci "n'est pas en mesure aujourd'hui de passer commande de nouveaux navires". Frédéric Cuvillier pointe aussi une situation financière qui "s'aggrave de jour en jour" avec la grève, appelant "chacun" à se montrer "responsable". Mais les marins CGT ont reconduit samedi 5 juillet le mouvement qui paralyse les huit navires de la compagnie, dont trois des quatre jusqu'alors stationnés en Corse ont rallié le continent par mesure de sécurité, sur décision de la préfecture.
Les socio-professionnels corses exigent en effet que les accès aux ports de l'île soit le plus dégagés possibles, alors que débute la haute saison touristique. Les hôteliers, par exemple, se plaignent d'une chute des réservations. Un climat tendu, qui a conduit à des affrontements jeudi 3 juillet lorsque certains d'entre eux ont tenté de prendre d'assaut à coups de pierres le "Jean-Nicoli", dans le port de Porto-Vecchio. C'est aussi dans cette atmosphère crispée qu'une réunion doit se tenir lundi en préfecture à Marseille entre les syndicats et Gilles Bélier, le négociateur mandaté par l'État dans ce dossier, dont les syndicats considèrent qu'il doit en référer directement au Premier ministre, Manuel Valls, et non à Frédéric Cuvillier, "décrédibilisé" à leurs yeux.

Les élus proposent un "moratoire de 4 mois"

Les élus de plusieurs collectivités des Bouches-du-Rhône proposent lundi 7 juillet un moratoire de quatre mois durant lequel aucune procédure de redressement judiciaire ne serait entreprise par les actionnaires afin de mettre fin au conflit à la SNCM, qui dure depuis deux semaines. "Nous demandons solennellement à l'État, et aux actionnaires privés Veolia/Transdev, de s'engager à respecter un moratoire de quatre mois minimum, soit jusqu'à fin octobre, gelant ainsi toute démarche de mise en œuvre de procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire", écrivent conjointement le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, le président du Conseil général, Jean-Noël Guérini, et le président de la communauté urbaine, Guy Teissier. Ce moratoire est proposé "afin de permettre aux professionnels, dont certains sont des acteurs importants de l'économie régionale, de finaliser un projet de reprise cohérent, respectant l'emploi, l'activité économique et privilégiant l'investissement et l'acquisition de nouveaux navires plus adaptés à l'activité et condition du redressement de la SNCM". En contrepartie, "les salariés de la SNCM devront immédiatement suspendre leur mouvement de grève, respecter ce moratoire, et s'impliquer dans ce projet de modification de l'actionnariat, porteur d'espoir et d'avenir pour eux-mêmes et la SNCM", demandent les élus.

Renaud Lavergne

Lundi 7 Juillet 2014



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