SeaFrance : chronique d'une disparition attendue

Dossier


Issue d'une histoire d'environ un demi-siècle, la compagnie SeaFrance se dirige vers une liquidation, sur fond de concurrence du tunnel sous la Manche et de crise de la fin des années 2000.


Après cinquante ans d'existence, le sort de SeaFrance pourrait être définitivement tranché aujourd'hui, après l'audience au tribunal de commerce Paris sur le projet de reprise de la compagnie par une coopérative de salariés. "On arrive à la fin d'un système, la concurrence est aiguë, le coût du pavillon est fort, la crise du fret et du transport passagers est importante", explique Paul Tourret, directeur de l'Isemar, l'Institut supérieur d'économie maritime, basé à Nantes.
SeaFrance trouve ses sources dans la prise en main par la SNCF des liaisons courtes maritimes dans l'après-guerre, d'abord directement puis grâce à une filiale. La compagnie prend le nom de SeaFrance en 1996, deux ans après l'ouverture du tunnel sous la Manche. "Sur le fond, l'entreprise a été essentiellement victime du tunnel. Elle était filiale de la SNCF, qui dès la décision de construction du tunnel, s'est désintéressée de SeaFrance", estime Bernard Dujardin, ancien directeur de la flotte de commerce dans les années 80.

"Depuis le lancement du tunnel, la SNCF s'est désintéressée de SeaFrance"

Le tunnel devient son grand concurrent, exacerbant la rivalité avec les autres armateurs. Dans ce contexte, SeaFrance a toujours été le "challenger" selon Paul Tourret. La clientèle des liaisons maritimes, principalement britannique, préfère naturellement le concurrent local P&O (qui a fusionné en 1998 avec le suédois Stena Line). La fin, en 1999, du duty free avec cigarettes et alcool pas chers en France, unique raison du voyage pour de nombreux clients, ainsi que l'avènement des compagnies aériennes à bas prix, portent un nouveau coup.

2008 : année charnière

Pour Didier Cappelle, le secrétaire général CFDT Maritime Nord, l'année 2008 a été un tournant : grève de 17 jours des officiers en février, baisse de la livre sterling, pétrole à 170 dollars et début de la crise économique vont plomber l'entreprise. En février 2009, la direction de SeaFrance dévoile un premier programme de suppressions d'emplois justifié par de "graves difficultés financières et économiques" avec 20 millions d'euros de pertes en 2008.
Un bras de fer dure toute l'année 2009 entre la direction et le syndicat majoritaire CFDT. Un accord en décembre n'empêche pas un nouveau mouvement social de six jours en avril 2010, en plein week-end de Pâques, l'un des plus chargés de l'année. Quelques jours plus tard, la compagnie annonce son placement sous la tutelle du tribunal de commerce, invoquant la dernière grève comme "la goutte d'eau qui a fait déborder le vase". Les syndicats estiment que la société n'a pas fait les bons choix. "La direction a réduit unilatéralement le nombre de traversées avec le même équipage. Pendant cinq mois, on a baissé le chiffre d'affaires alors que l'on avait encore tout le monde à payer", avance Didier Cappelle.
Le 11 juin 2010, SeaFrance annonce 725 suppressions d'emplois et demande son placement en redressement judiciaire, qu'elle obtient le 30 juin. En parallèle, mi-avril 2010, le parquet de Boulogne-sur-Mer a ouvert une enquête pour "abus de confiance" à la suite d'une plainte de la direction de SeaFrance, ajoutant au climat délétère de l'entreprise.
Les choses s'accélèrent fin 2011 : en octobre, la Commission européenne juge son plan de restructuration non conforme aux règles de la concurrence et le 16 novembre, la liquidation judiciaire est prononcée, avec maintien de l'activité jusqu'au 28 janvier. Louis Dreyfus Armateurs et DFDS retirent leur offre de reprise. Ne reste que celle de la CFDT, qui propose une Scop (société coopérative et participative). Mais le projet ne fait pas l'unanimité. Son financement, estimé à 50 millions d'euros, n'est pas assuré et les dernières propositions gouvernementales sont considérées comme irréalisables par le syndicat.

Dans le même dossier :
SeaFrance en liquidation judiciaire
SeaFrance : Des dérives pointées dès 2009
SeaFrance : La CFDT de la compagnie condamnée par sa confédération
SeaFrance : Jean-Claude Mailly dénonce un coup politique

Marine Laouchez

Vendredi 6 Janvier 2012





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