Seayard : "Les années noires sont derrière nous"


Passé par Maersk Line, CMA CGM et par les ports de Copenhague et de Malmö, le Danois Claus Ellemann Jensen est devenu en mars dernier PDG de la société de manutention Seayard après le départ à la retraite de son fondateur, Georges Chapus. Ce Marseillais d'adoption se félicite de la fiabilité retrouvée du port de Marseille-Fos mais assure que la reconquête ne fait que commencer.


Claus Ellemann Jensen, PDG de Seayard © Franck André
Claus Ellemann Jensen, PDG de Seayard © Franck André
"L'Antenne" : Votre arrivée chez Seayard a coïncidé avec un changement de structure capitalistique : MSC (50 %), AP Möller-Maersk (42 %) et Cosco 8 % sont désormais les trois seuls actionnaires...

Claus Ellemann Jensen :
Il y a un réel intérêt à développer l'activité ici, tout le monde l'a compris. C'est un signal fort qui est envoyé à la place portuaire : quatre des cinq plus grands armateurs du monde – MSC, Maersk, CMA CGM et Cosco – ont investi à Fos. Cela veut dire que les années noires sont derrière nous.

"L'A." : Qu'est-ce qui a changé ?

C. E. J. :
La réforme du système portuaire français a changé les choses, la gestion directe de l'outillage et des hommes a considérablement amélioré la productivité. Mais surtout, Fos, qui n'était pas fiable, l'est devenu, c'est ça le vrai changement. Aujourd'hui, les outils sont disponibles tout de suite. Avant la réforme, il fallait parfois 24 à 48 heures avant de savoir de quel équipement on allait disposer. Conséquence, lorsqu'un navire avait 24 heures de retard sur sa rotation, l'armateur ne se demandait même pas quel port supprimer, c'était forcément Marseille-Fos. Aujourd'hui, les bateaux accostent à l'heure.

"Avant la réforme lorsqu'il fallait supprimer un port, c'était forcément Marseille-Fos"


"L'A." : Où en êtes-vous en termes de performances ? Les ratés du début sont-il résolus ?

C. E. J. :
Maintenant que nous maîtrisons l'entretien, la conduite et la disponibilité de nos engins, la productivité s'est améliorée. En 2012, elle était de 130 mouvements par portique et par shift de sept heures. Elle est passée à 140 au premier trimestre 2013, 160 au deuxième trimestre et on approche à présent des 180 mouvements. Du côté de la prise en charge des camions, le temps de passage moyen est maintenant de 28 minutes de l'entrée à la sortie. Il est de 45 minutes en Europe du Nord, même si l'écart s'explique aussi par la différence de taille. L'attente était notre talon d'Achille, nous avons résolu le problème. Mais les armateurs ont raison de nous dire que nous sommes redevenus un port normal. Nous ne pouvons pas crier victoire, il y a encore du travail. Nous avons une belle capacité, le terminal est utilisé aujourd'hui à 45-50 % de ses possibilités.

"L'A." : Où en est la confiance des chargeurs, notamment dans la région lyonnaise, qui est un gros enjeu pour Marseille ?

C. E. J. :
La région Rhône-Alpes regarde plus vers le Nord que vers le Sud mais elle se tourne de plus en plus vers Marseille. En cela, l'association Via Marseille Fos est une formidable initiative car elle fédère entre autres la douane, les transitaires et les dockers pour montrer que nous sommes main dans la main pour redresser la situation. Quand un docker vient voir le client à Toulouse ou à Lyon pour lui dire "Nous voulons travailler", c'est fort, cela témoigne d'une volonté commune. J'ai beau être scandinave, je ne l'ai jamais vu ailleurs. Les Lyonnais n'y sont pas insensibles, d'autant que le transit-time Asie-Fos est plus court qu'entre l'Asie et Anvers et que le coût d'acheminement de Marseille à Lyon est inférieur. C'est ce qui explique en partie la croissance actuelle. Tout n'a pas encore été reconquis mais si la progression se poursuit, on pourra peut-être pousser au-delà de Lyon. Les transitaires qui ont constaté le changement commencent à raconter notre histoire à leurs clients, ils font notre promotion.

"Nous sommes redevenus un port normal"


"L'A." : Que pouvez-vous attendre de plus de la part de l'établissement portuaire ?

C. E. J. :
Les pré et post-acheminements sont assurés à 85 % par la route. Alors que l'Écotaxe poids lourds va arriver, on se focalise sur le canal de fond de darse, qui ferait apparemment gagner 3 heures sur 40 de trajet total. Vu le niveau des infrastructures ferroviaires, on peut se demander si l'argent est mis au bon endroit. D'autre part, notre croissance a été obtenue avec nos clients actuels. Quand le port parle d'Hutchison et de Fos 4XL, il rêve. Nous avons de la marge pour accroître notre terminal et nos voisins d'Eurofos aussi. La croissance devra tourner autour des deux opérateurs actuels, qui investissent. Le port pourrait un peu mieux nous accompagner, ce n'est pas parce que ça se passe bien qu'il ne faut pas nous aider.

"L'A." : Quelles sont vos perspectives à court terme ?

C. E. J. :
2013 est une année de rodage. Pour 2014, on attend de savoir ce que va donner le P3, quelle répartition en résultera entre les différents ports et entre les deux terminaux de Fos. Nous avons perdu Arkas au profit d'Eurofos mais nous continuerons de nous occuper de l'alliance CKYH, notre client historique. Nous aurons le nouveau service de Cosmed (voir l'encadré) et probablement, dans quelques semaines, celui d'Unifeeder, qui vient d'acquérir un opérateur espagnol et veut accroître sa présence en Méditerranée.

"L'A." : Et à plus long terme ?

C. E. J. :
Nous sommes confiant dans l'avenir. Avec les taux de croissance annuels que nous avons, on peut imaginer traiter 50 % de trafic en plus d'ici cinq ans. Pour autant, il ne faut pas garder la tête dans le guidon. Encore une fois, on est un port normal, on est simplement devenu fiable. Notre terminal est jeune, il est passé de 40 personnes à 180 après la réforme. Il nous faut travailler sur la productivité et être à l'écoute de nos clients. Il est rassurant que nos actionnaires soient en même temps nos clients et des acteurs ayant une vision globale du marché. Leur présence est une preuve de la confiance naissante, nous devons la justifier.

Seayard augmente sa capacité reefers

Sur les neuf premiers mois de l'année, Seayard annonce une croissance de 6 %, soit 10.000 mouvements de plus. Le manutentionnaire prévoit un peu plus de 250.000 mouvements pour l'ensemble de 2013. Il procède actuellement à l'installation sur le Seayard Terminal de 160 prises reefers en plus des 240 existantes pour pouvoir prendre en charge le nouveau trafic de périssables israéliens qui avaient quitté les bassins Est de Marseille début 2009 pour Sète et le port slovène de Koper. L'un des deux navires hebdomadaire est opéré conjointement par Cosco, à travers sa filiale Cosmed, et Zim. L'autre l'est par Seagoline, la compagnie intra-européenne de Maersk. Le but est pour Seayard de proposer des fenêtres fixes pour ces marchandises à cycle de vie court. De 30 à 50 EVP hebdomadaires depuis début octobre, le trafic "pourrait atteindre les 200 boîtes par semaine en décembre ou janvier", selon le PDG, Claus Ellemann Jensen.

Franck André

Vendredi 11 Octobre 2013



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