Semaine cruciale pour Alitalia


Une semaine cruciale s'est ouverte pour la compagnie aérienne italienne en difficultés Alitalia, prise entre les négociations d'entrée à son capital de l'émiratie Etihad Airways, celles avec ses banques et ses syndicats, et de nouvelles accusations d'aide d'État.


© Alitalia
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La semaine est cruciale pour Alitalia, en négociations serrées avec Etihad. Les deux compagnies, qui étaient en pourparlers depuis décembre, ont annoncé dimanche 2 février être entrées dans la "phase finale du processus de vérification en vue d'un possible investissement d'Etihad Airways dans Alitalia". L'objectif est de définir "un plan industriel adéquat, dont la mise en œuvre se traduira par une rentabilité durable pour Alitalia", expliquent les patrons des deux sociétés, James Hogan et Gabriele Del Torchio. Une décision est attendue d'ici un mois.

49 % du capital

Selon la presse italienne, Etihad envisagerait de s'emparer de 49 % du capital d'Alitalia, un seuil qui lui permettrait de préserver le statut "européen" d'Alitalia, qui est porteur d'une série d'avantages. Le président du conseil Enrico Letta, qui se trouvait le même jour en visite officielle aux Émirats, s'est dit "très satisfait" de cette annonce mais a prévenu qu'elle serait suivie de "trente jours de négociations très dures et très concrètes". Il s'agit de "la phase la plus importante de la négociation", a confirmé lundi 3 février Gabriele Del Torchio. Elle vise à "échanger des informations pour la rédaction conjointe du nouveau plan industriel d'Alitalia à l'intérieur du système Etihad". De quoi "mettre l'entreprise en sécurité et regarder vers l'avenir avec sérénité", a-t-il espéré.
Pour Alitalia, qui relève de plusieurs mois de bataille pour éviter la faillite et s'est vu sèchement éconduite par son partenaire et ex-principal actionnaire Air France-KLM, la confirmation des pourparlers est déjà une petite victoire. Pour autant, il est encore tôt pour déclarer Alitalia hors de danger, a admis le dirigeant italien. "Je suis réaliste", a-t-il répondu à une question en ce sens. "Ces derniers mois, nous avons réalisé des choses importantes : l'augmentation de capital (de 300 M EUR), la nouvelle base d'actionnaires. Maintenant nous nous concentrons sur les prochains mouvements afin de regarder vers l'avenir et avec Etihad nous allons exactement dans cette direction", a-t-il ajouté.

"Une décision est attendue d'ici un mois"


Une prudence qui s'explique par le fait que plusieurs dossiers difficiles restent sur la table, notamment celui de la dette que traîne derrière elle Alitalia (un peu moins de 1 milliard d'euros). Le groupe émirati chercherait à la renégocier à hauteur de 300 M EUR, croit savoir le "Corriere della Sera". Alitalia doit aussi boucler ses négociations avec les syndicats pour mettre en œuvre les réductions d'effectifs (1.900 sur 14.000) prévues dans le sévère plan de restructuration validé en fin d'année dernière. Une rencontre est prévue mardi 4 février au siège de la compagnie. Gabriele Del Torchio s'est déclaré optimiste : "Je pense que le sens de la réalité l'emportera", a-t-il dit. Quant aux négociations avec les banques, Alitalia signera "dans quelques heures" un contrat de financement qui lui assurera "de nouveaux moyens financiers", a-t-il indiqué.
Ailleurs en Europe, l'hypothèse renforcée d'une alliance Etihad-Alitalia a fait grincer des dents. L'allemande Lufthansa s'est plainte d'une forme d'aide d'État déguisée et a appelé la Commission européenne "à proscrire de telles tactiques de contournement" des règles de la concurrence. En octobre, le groupe International Airlines Group (IAG) avait contesté l'entrée du groupe public Poste Italiane au capital d'Alitalia. "On verra une fois que l'accord sera atteint mais en l'état il ne me semble pas que la négociation comporte une violation des règles de concurrence", a répondu lundi depuis Rome le vice-président de la Commission européenne, Antonio Tajani. Le ministre italien des Transports, Maurizio Lupi, s'est montré encore plus direct : "On dirait plutôt que c'est Lufthansa qui redoute la concurrence. Il s'agit d'une négociation entre sociétés privées. Nous comprenons la contrariété de Lufthansa de voir croître un concurrent au niveau européen et mondial, mais nous ne pouvons pas accepter qu'on tire parti de l'Europe pour empêcher l'Italie de jouer son rôle dans un secteur stratégique pour elle", a-t-il lancé.

Amélie Herenstein

Mardi 4 Février 2014



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