Tianjin : la Chine prend la mesure des répercussions économiques


Les explosions de Tianjin ont dévasté une section d'un des ports les plus actifs dans le monde et perturbé l'activité de plusieurs multinationales : les pertes provoquées pourraient s'avérer très lourdes et les répercussions économiques perdurer plusieurs mois.


Un vaste périmètre du port de Tianjin a été détruit ou évacué © Ng Han Guan
Un vaste périmètre du port de Tianjin a été détruit ou évacué © Ng Han Guan
Parties d'un entrepôt de produits chimiques, les gigantesques déflagrations survenues dans la nuit du 12 août dans le Nord de la Chine ont fait au moins 114 morts et laissé derrière elles un paysage de désolation. Parmi les images les plus saisissantes, des rangées de milliers de voitures calcinées : véhicules tout juste importés et stockés non loin de là. Un vaste périmètre du port de Tianjin, où se trouvait l'entrepôt incriminé, a été détruit ou évacué, sur fond de craintes d'une pollution au cyanure. Et des usines de multinationales ont directement subi des dommages.
En conséquence, "on attend toujours un véritable retour à la normale de l'activité économique à Tianjin plusieurs jours après les explosions dévastatrices", observait Mark Williams, analyste du cabinet Capital Economics. "La majeure partie du port continue de fonctionner, mais les dégâts infligés aux entrepôts et usines sont très importants. Il est probable que des perturbations se fassent sentir tout au long des chaînes de distribution" des entreprises touchées, a-t-il averti.
Sur les 500 principaux groupes mondiaux (classement "Fortune 500"), environ 150 ont des opérations à Tianjin, une métropole de 15 millions d'habitants pesant économiquement autant que la République tchèque. Les explosions pourraient entraîner des pertes de 1 à 1,5 milliard de dollars pour les assureurs chinois, a estimé l'agence de notation Fitch. Pour le seul secteur automobile, la presse d'État chinoise a évoqué des pertes de 310 millions de dollars.

Zone interdite

La production restera interrompue jusqu'à samedi 22 août sur un site du constructeur automobile japonais Toyota à Tianjin. Une ligne de production, pourtant située à environ 70 km du lieu des explosions, a également été fermée car "y sont assemblées des pièces en partie produites à Tianjin". Toyota, qui compte 12.000 travailleurs sur place, a par ailleurs fait état de 50 blessés parmi les employés habitant à proximité. Dans la zone portuaire se trouvait également une usine du laboratoire pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK) : mais celui-ci se dit incapable d'évaluer la situation, la zone restant "interdite d'accès". Un site du fabricant américain de machines agricoles John Deere a aussi subi des dégâts, selon Bloomberg News.
Mais ce sont surtout les circuits logistiques des firmes qui se trouvent bousculés ou paralysés. Pour le constructeur français Renault, dont 1.500 voitures fraîchement importées sont parties en fumée, le port de Tianjin était crucial : entre 55 et 60 % de ses importations en Chine y transitaient. Le groupe va désormais transférer à Shanghai ses circuits d'importation, a annoncé mercredi 19 août une responsable de Renault. L'avionneur européen Airbus a de son côté assuré que son emblématique usine d'assemblage pour l'A320 n'avait pas été "directement touchée". Mais certains employés ont été relogés dans le centre-ville, jugé "plus sûr", et le groupe examinait "la situation logistique" et "s'efforçait de trouver des solutions", a indiqué un porte-parole. Le géant américain de l'agroalimentaire Coca-Cola et le constructeur auto nippon Honda ont fait savoir qu'ils continuaient d'évaluer l'impact des explosions.

"Circuits logistiques paralysés"


Dans les classements (2013) de l'American Association of Port Authorities, Tianjin figure au troisième rang des ports mondiaux pour les volumes annuels de fret traités, et au dixième rang pour le trafic de conteneurs. Le port de Tianjin a annoncé que ses activités avaient repris "normalement, à l'exception du site des explosions et des zones alentours" - ce qui pourrait couvrir une partie significative de ses infrastructures. Les experts de la banque Nomura n'envisageaient pas d'impact macroéconomique "significatif" mais prévenaient : "La question-clé reste de voir si la zone portuaire sera perturbée de façon permanente ou très temporaire". À court terme, le Nord de la Chine fait face "à une interruption immédiate de ses approvisionnements en produits chimiques et en plastique", une pénurie qui pourrait durer jusqu'à un mois, a averti le cabinet IHS.
Et les alternatives de transport maritime dans la région ne sont pas jugées très efficaces. "Tianjin dessert Pékin et ses environs. Des navires peuvent accoster ailleurs, mais ce n'est pas très pratique, car Pékin dépend cruellement du port de Tianjin" et tout est organisé en conséquence, expliquait Tse Leung Yip, professeur à la Hong Kong's Polytechnic University.

AFP

Jeudi 20 Août 2015



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