Ticad : 73 accords pour diversifier l'économie africaine


Fort de la signature de 73 accords commerciaux avec des entreprises japonaises, l'Afrique entend avant tout accélérer le développement de la transformation des matières premières et de la manufacture, industries autrement plus lucratives que la simple exploitation de ressources brutes.


La prochaine Ticad se tiendra au Japon, en 2019 © Ticad
La prochaine Ticad se tiendra au Japon, en 2019 © Ticad
Des accords conclus dimanche 28 août à Nairobi entre sociétés africaines et japonaises couvrent des secteurs tels que l'énergie, la nourriture et les infrastructures, mais aussi la santé, la finance et la sécurité. Ils ont été signés dans le cadre de la sixième Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l'Afrique (Ticad).

La force du secteur privé

"Il est évident que la force du secteur privé sera essentielle si l'Afrique veut poursuivre sa croissance", a déclaré le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, lors de la session de clôture de la Ticad, organisée pour la première fois sur le sol africain, et non au Japon comme c'est le cas depuis l'édition inaugurale de 1993.
Organisée conjointement par l'ONU, l'Union africaine, la Banque mondiale et le Japon, la Ticad est une opportunité pour l'Afrique d'attirer des capitaux japonais. Cette conférence à laquelle participaient une trentaine de chefs d'État est pour Tokyo le moyen de se démarquer des autres grandes puissances économiques investissant en Afrique, à commencer par son puissant voisin chinois.
Samedi 27 août, le Japon s'est engagé à investir quelque 30 milliards de dollars (27 milliards d'euros) en Afrique sur les trois prochaines années, dont 10 dans les infrastructures du continent. Ces investissements viseront principalement à mettre en œuvre les objectifs choisis pour cette Ticad : l'industrialisation et la diversification de l'économie africaine, l'amélioration des soins de santé d'un continent régulièrement touché par des épidémies et la stabilisation de l'Afrique, minée par de nombreuses crises.
Dimanche, le président kényan, Uhuru Kenyatta, s'est quant à lui réjoui de la possibilité qu'offrent ces accords de moderniser et diversifier l'industrie africaine, précisant notamment que son gouvernement souhaite faire évoluer l'économie kényane "de la production et exportation de matières premières vers la production de biens manufacturés de haute qualité".
Le vice-président kényan, William Ruto, a de fait rappelé que les matières premières représentaient actuellement l'écrasante majorité des exportations africaines, ce qui rend l'économie du continent vulnérable aux fluctuations de la valeur de ces ressources. Le pétrole brut compte par exemple pour 50 % des exportations, selon William Ruto.
Or, l'Afrique entend accélérer le développement de la manufacture et l'essor de l'industrie de la transformation des matières premières afin d'exporter davantage de produits à haute valeur ajoutée. La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, était par exemple devenue en 2015 le numéro un mondial de la transformation des fèves, notamment en pâte destinée à la fabrication du chocolat.
Une "déclaration de Nairobi" adoptée par les participants à la Ticad et listant notamment les priorités de la collaboration nippo-africaine évoque par ailleurs l'importance pour l'Afrique d'accélérer le développement de secteurs comme les technologies de l'information et de la communication, l'innovation ou l'économie maritime.
"Pour promouvoir et soutenir la transformation structurelle, nous accélérerons également les efforts visant à développer les compétences requises au moyen de l'éducation et de la formation professionnelle et technique", promettent en outre les participants dans cette déclaration.

Qualité versus quantité

Tout au long du week-end, le Japon a insisté sur la "qualité" des services qu'il propose, une référence à peine voilée au fait que Tokyo est perçu sur le terrain comme un prestataire de meilleure qualité, même s'il est plus lent et élabore des projets de moindre ampleur que la Chine.
Car il s'agit aussi pour le Japon, qui a longtemps boudé le continent en tant que partenaire commercial, de démarquer son offre de celle de son encombrant voisin chinois.
D'autant que la diversification de l'économie africaine offre des opportunités dans des secteurs d'excellence pour le Japon, notamment la planification urbaine, l'énergie, l'assainissement des eaux ou la prévention des catastrophes naturelles.
Les échanges commerciaux entre le Japon et l'Afrique s'élevaient à 24 milliards de dollars en 2015, bien loin des 179 milliards de dollars d'échanges du continent avec le géant chinois.
La prochaine Ticad se tiendra au Japon, en 2019.

Nicolas Delaunay

Mardi 30 Août 2016



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