Un an après le sauvetage de Mory Ducros, le repreneur en faillite



MoryGlobal aurait accusé en 2014 une perte nette de 40 millions d'euros © MoryGlobal
MoryGlobal aurait accusé en 2014 une perte nette de 40 millions d'euros © MoryGlobal
Bis repetita : un an après le douloureux sauvetage du transporteur Mory Ducros, son repreneur MoryGlobal se retrouve au pied du mur et a demandé vendredi 6 février sa mise en redressement judiciaire, plongeant 2.200 salariés dans l'incertitude. L'entreprise a effectué dans l'après-midi sa déclaration d'état de cessation de paiement (faillite) au tribunal de commerce de Bobigny et demandé du même coup son placement en redressement judiciaire. Elle explique que le "montage" de son financement n'a "pas abouti dans les délais prévus" et que cette démarche doit permettre de "débloquer la situation" pour mener à bien "son plan de retournement, engagé avec succès". L'annonce avait été faite dans la matinée en comité d'entreprise. Le tribunal examinera mardi 10 février le dossier. Il aura le choix entre mettre en redressement MoryGlobal ou prononcer son éventuelle liquidation directe. De source proche du dossier, un redressement est l'hypothèse la plus probable.
Selon "Le Figaro", MoryGlobal a accusé en 2014 une perte nette de 40 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 330 millions. Le fonds Arcole Industries, propriétaire de MoryGlobal et ex-actionnaire majoritaire de Mory Ducros, a pris "acte" de cette "demande de placement de MoryGlobal sous la protection du tribunal de commerce de Bobigny". Semblant déjà comme enterrer MoryGlobal, il "déplore que les conditions d’une poursuite d’exploitation n’aient pu être réunies".
Mis en redressement en novembre 2013, Mory Ducros avait été repris en février 2014 par son actionnaire au prix de 2.800 licenciements. La nouvelle société, MoryGlobal, avait conservé environ 50 agences sur 85 et 2.200 salariés. De nombreuses agences s'étaient mises en grève et Arcole, en bras de fer permanent avec les syndicats, avait menacé de jeter l'éponge plusieurs fois.
MoryGlobal "nous a annoncé ce matin tout simplement que l'actionnaire ne souhaitait plus mettre un euro dans l'entreprise", a relaté le secrétaire adjoint du CE, Éric Martin (CFTC). Pour les salariés "c'est terrible", a ajouté le délégué. Comme les fédérations CGT et CFDT du transport routier, il estime que "le seul et unique coupable de cette catastrophe c'est Arcole".
Arcole ne s'est d'ailleurs pas privé d'attaquer vendredi 6 février les syndicats, et spécialement la CFDT. Aujourd'hui encore, l'actionnaire reproche au premier syndicat de n'avoir finalement pas signé il y a un an d'accord pour sécuriser la mise en œuvre du plan de licenciement. Arcole affirme que l'absence d'accord a "eu pour conséquence la réintégration de plus de 200 salariés protégés et créé un climat d’incertitude sur la reprise, avec un impact financier colossal pour MoryGlobal". Il reporte également la responsabilité de la situation sur le tribunal de commerce de Pontoise, qui n'a selon lui "pas autorisé" la cession d'actifs immobiliers (d'un montant prévu de 25 millions d'euros) qui "aurait permis à MoryGlobal de couvrir les coûts exceptionnels de reprise" et "conforter son plan de financement".

Faillite "organisée"

Alors que de source syndicale, le tribunal n'a que reporté sa décision, le patron de la CFDT Route, Thierry Cordier, soupçonne que la mise en faillite soit "une manipulation de l'actionnaire" pour "forcer" le tribunal "à faire la vente". Arcole est déjà accusé de manipulation dans la précédente faillite. Un collectif de 800 salariés a ainsi entamé une action en justice contre le fonds. Ils l'accusent d'avoir "organisé" la faillite de Mory Ducros pour licencier à moindre coût. Et en bénéficiant au passage d'une aide de l'État (qui a prêté 17,5 millions d'euros pour soutenir le plan). Une première audience (formelle) est prévue jeudi 12 février au tribunal de grande instance de Bobigny. Le plan social lui-même a fait l'objet de recours. Les syndicats ont obtenu l'annulation du feu vert accordé par l'administration. L'affaire est au conseil d'État. Cette décision a ouvert des droits à des dommages-intérêts pour les salariés devant les Prud'hommes. Avec à la clé une addition potentiellement très salée pour le régime patronal de garantie de paiement des salaires (AGS) : a minima 42 millions d'euros. La faillite de Mory Ducros, ex-numéro un français de la messagerie, a été l'une des plus lourdes socialement depuis celle de Moulinex en 2001.

Sylvie Husson

Lundi 9 Février 2015



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