Une semaine de tensions sur la desserte corse


Le nouvel exécutif corse, dirigé par les nationalistes, a demandé lundi 11 janvier aux syndicats le "déblocage immédiat" du bateau empêché d'accoster à Marseille, avant de pouvoir les recevoir pour mettre fin à la crise autour de l'ex-SNCM et des liaisons maritimes avec l'île.


© Franck André
© Franck André
Depuis près d'une semaine, et en dépit d'une décision de justice, des marins de l'ex-SNCM, reprise par l'entrepreneur corse Rocca, empêchent le débarquement à Marseille du navire d'une nouvelle compagnie, concurrente, Corsica Linea. En riposte, les entrepreneurs à l'origine de cette nouvelle compagnie ont bloqué dimanche 10 janvier en Corse, deux navires des compagnies historiques, l'ex-SNCM et La Méridionale.
Dans un courrier envoyé dimanche aux syndicats, la CTC demande "le déblocage immédiat du port de Marseille et le respect du fonctionnement normal des lignes autorisées entre Marseille et la Corse", peut-on lire dans un communiqué, signé notamment de Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de Corse, et Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse. "Dès ce déblocage mis en œuvre, l'intersyndicale sera reçue à l'Assemblée de Corse aux fins d'ouvrir un dialogue sans tabou sur l'ensemble du système de continuité territoriale", poursuivent-ils.

"Les marins de l'ex-SNCM et de La Méridionale en grève contre Corsica Linea"


La majorité nationaliste en Corse occupe une place centrale dans le dossier, car les institutions régionales doivent définir les conditions dans lesquelles les liaisons, subventionnées, entre l'île et le continent s'exercent, via la "délégation de service public" (DSP). L'exécutif régional rappelle qu'il a fait le choix d'une "compagnie corse tant en ce qui concerne l'investissement que l'exploitation (...) rassemblant acteurs publics et privés, maîtrisée par la CTC (collectivité territoriale de Corse) en ce qui concerne notamment ses choix stratégiques". Les élus corses souhaitent "tourner définitivement le dos aux errements du passé" et mettre en place "une nouvelle politique des transports maritimes, qui soit d'abord et avant tout au service de la Corse et de l'intérêt général".
Dimanche matin, le "Girolata", de la compagnie Méridionale, avec à son bord plus d'une centaine de passagers, a dû attendre cinq heures dans le golfe de Bastia avant de pouvoir finalement accoster. Son arrivée était prévue à 8 heures mais il a été bloqué toute la matinée par une cinquantaine de membres de la Corsica Maritima, le consortium d'entrepreneurs corses à l'origine de Corsica Linea. Ceux-ci ont finalement accepté de laisser arriver le bateau à la mi-journée, après une entrevue avec le nouveau président nationaliste de l'exécutif corse, Gilles Simeoni, pour laisser descendre les passagers et leurs véhicules. "On est pris au milieu de cette bataille navale", a réagi un passager à peine descendu du bateau. "D'un côté comme de l'autre, on est toujours pris en otage par la problématique des transports maritimes", a abondé un autre, au volant de sa voiture.

"Nous ne bloquons que les bloqueurs"

Le débarquement du fret du "Girolata" a également pu avoir lieu alors qu'initialement, les membres de Corsica Maritima ne voulaient laisser descendre que les passagers. "Nous n'empêchons pas les gens de travailler", ont-ils souligné, expliquant qu'ils n'ont rien entrepris contre les compagnies Moby Line ou Corsica Ferries, "nous ne bloquons que les bloqueurs". Ces actions ont en effet été lancées en réaction au blocage par des marins grévistes de l'ex-SNCM du "Stena Carrier" de la Corsica Linea sur le port de Marseille depuis près d'une semaine, malgré une décision de justice vendredi 8 janvier.
Le consortium Corsica Maritima, candidat malheureux à la reprise de la SNCM finalement confiée au groupe Rocca, s'est associé à l'armateur Daniel Berrebi - qui lui aussi était sur les rangs pour racheter la SNCM - afin de lancer la Corsica Linea, une nouvelle compagnie maritime entre la Corse et le continent. En l'absence de déblocage de leur navire à Marseille, les entrepreneurs de Corsica Maritima empêcheront tout départ ou arrivée de navires de la Méridionale et de l'ex-SNCM, ont-ils expliqué. "Au moment où notre compagnie ne peut exercer librement son activité sur Marseille, il n’est pas concevable de laisser ceux qui nous empêchent de travailler sur le continent exercer en tout impunité leur rotation", a expliqué Corsica Maritima, qui regroupe 130 entrepreneurs corses.
Les marins de l'ex-SNCM et de La Méridionale, deux compagnies qui se partagent à l'heure actuelle la DSP entre la Corse et le continent, sont en grève contre le lancement de Corsica Linea, perçue comme "une concurrence déloyale" faite pour couler la nouvelle SNCM. Vendredi, ils avaient néanmoins permis au "Jean Nicoli" et au "Girolata" de naviguer afin d'assurer un "service minimum".
Le "Stena Carrier" - un ro-ro qui transporte 40 remorques pleines de produits périssables et 20 remorques vides - encore bloqué dimanche au large du port de Marseille, malgré l'appel de la CGT et de son principal responsable Frédéric Alpozzo, a été débloqué lundi soir. Il avait demandé le respect de la décision du juge des référés ordonnant vendredi aux marins CGT grévistes de libérer les accès au port, sous astreinte de 30.000 euros par infraction constatée.
Samedi, plusieurs centaines d'entrepreneurs corses avaient dénoncé à Ajaccio, devant la préfecture, le blocage du "Stena Carrier". "La loi n'est pas respectée en France", avait déploré le président de Corsica Maritima, François Padrona, à l'issue d'une réunion avec le préfet de Corse, Christophe Mirmand.
Du côté des syndicats de l'ex-SNCM, on avait ironisé sur le blocage organisé par Corsica Maritima : "Le principe de l'astreinte à 30.000 euros/infraction s'applique-t-il aussi au camion (...) qui bloque le Jean Nicoli ?", s'était ainsi interrogé Pierre Maupoint de Vandeul, délégué CFE-CGC.

Thibault Le Grand et Jeanne Colonna

Lundi 11 Janvier 2016



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