40 ans après la marée noire, la pollution du "Tanio" refait surface



Le "Tanio" transportait 28.600 tonnes de pétrole © Marine nationale
Le "Tanio" transportait 28.600 tonnes de pétrole © Marine nationale
Quarante ans après son naufrage au large des côtes armoricaines, le pétrolier "Tanio" fuit toujours, et les oiseaux mazoutés sont, encore aujourd'hui, les premières victimes de cette pollution à retardement. Le pétrolier, sous pavillon malgache, coule le 7 mars 1980 au nord de l'île de Batz (Côtes-d'Armor). Long de 192 mètres et construit en 1958, il est parti de Wilhelmshafen (Allemagne), et son armement est assuré par la Société française de transports pétroliers (SFTP). Il fait route vers l'Italie pour décharger sa cargaison.
Sous la violence d'une tempête, il se brise en deux. Trente et un rescapés sont hélitreuillés par la Marine nationale, mais huit hommes d'équipage périssent. Le "Tanio" transportait 28.600 tonnes de pétrole, dont quelque 10.000 tonnes se déversent en mer, contaminant 200 km de littoral. La partie arrière du pétrolier, contenant 7.500 tonnes de pétrole, est remorquée jusqu’au Havre, tandis que la partie avant coule par environ 80 mètres de fond avec encore plus de 10.000 autres tonnes. Quinze mois d'opérations sous-marines seront nécessaires pour récupérer plus de 5.000 tonnes de pétrole et colmater les brèches.
Cette nouvelle "peste noire", comme écrit à l'époque "Ouest France", survient deux ans à peine après la catastrophe historique de l'"Amoco Cadiz" et ses 227.000 tonnes de brut sur le littoral breton. Dès le lendemain de l'accident, le journal pointe déjà le risque d'une marée noire à retardement. "La partie avant gît, elle, par 87 mètres de fond : ne va-t-elle pas tout simplement libérer progressivement son venin vers la surface ?", s'interroge-t-il.

"'Amoco Cadiz' en 1978, 'Erika' en 1999 et 'Prestige' en 2002"

La mémoire de cette catastrophe a fini par s'estomper, après celle de l'"Erika" (1999) et ses 20.000 tonnes de fuel lourd, puis du "Prestige" (2002) au large de la Galice et ses 81.000 tonnes. Mais quarante ans après, le "Tanio" a refait parler de lui en novembre 2019 : des dizaines d'oiseaux blessés ou morts, dont certains portaient des traces d’hydrocarbure, ont été trouvés sur les plages du Nord-Finistère.
Des investigations sur la coque, réalisées par la Cellule plongée humaine et intervention sous la mer (Cephismer) de la Marine nationale, avec un sous-marin téléguidé ont permis d'observer "quelques minimes fuites intermittentes d’hydrocarbure", selon la préfecture maritime de l'Atlantique (Prémar). Et des analyses réalisées par le Cedre (Centre de documentation de recherche et d'expérimentation sur les pollutions accidentelles des eaux) à Brest, à partir d'échantillons prélevés sur les oiseaux, ont montré "de grandes similarités entre l’hydrocarbure retrouvé sur les oiseaux et le fuel lourd" du "Tanio". "À ce jour, la faisabilité d’une intervention étatique ultérieure est à l’étude et la surveillance du littoral et des approches maritimes est maintenue", indique la Prémar.
Faut-il pomper le fuel restant ? "Ce serait l'idéal mais, pour résoudre le problème, supprimer l'existence de ce carburant n'est pas simple", concède Romain Morinère, responsable de la station de Pleumeur-Bodou. "Au final, ce sont les oiseaux qui trinquent. Il y a des courants marins, on entend. On sait qu'il y a un aspect coût qui n'est pas négligeable". D'autant qu'"il n'y a pas que les catastrophes pétrolières", rappelle la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Toute l'année, "il y a les dégazages en mer".
Au niveau judiciaire, la marée noire s'est soldée en mars 1998, juste avant l'ouverture du procès, par un accord signé avec la douzaine de sociétés en cause, dont une filiale du groupe français Elf. Le montant des indemnités n'avait pas été révélé, mais l’État devait toucher 406 millions de francs (près de 62 millions d'euros), et les communes et personnes privées une vingtaine de millions de francs (environ 3 millions d'euros).

Laurent Geslin

Vendredi 6 Mars 2020



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