Coronavirus : danger pour les navires désarmés


L'arrêt de centaines de navires de commerce dans le monde précipité par la crise sanitaire a des répercussions importantes sur la gestion des risques, selon la branche entreprises de l'assureur Allianz. La difficulté à assurer la relève des équipages apparaît comme une source d'inquiétude mais n'est pas la seule.


524 porte-conteneurs étaient sans emploi au 11 mai 2020 © Kure Shipyard
524 porte-conteneurs étaient sans emploi au 11 mai 2020 © Kure Shipyard
Dans sa dernière publication, Allianz Global Corporate & Specialty (AGCS) a passé en revue les nouveaux risques pour le transport maritime liés à la crise du Covid-19. "Les contraintes imposées aux chaînes d’approvisionnement et aux transports internationaux en raison de l'épidémie de coronavirus ont de fortes incidences sur le transport maritime, estime l'assureur et consultant. Si les accidents de mer ont sensiblement diminué en raison du nombre élevé de navires à quai ou au mouillage, de nouveaux dangers sont apparus". AGCS détaille ces risques dans son guide intitulé "Safety of Maritime Assets – Tugged by a Pandemic".

Record historique de navires désarmés

La diminution de la demande, la fermeture d'entreprises et autres mesures de précaution qui ont émaillé la crise du coronavirus ont occasionné une baisse des volumes pour le transport maritime, en particulier la ligne régulière. Si bien que la capacité mondiale cumulée des navires désarmés a atteint un plus haut historique 2,65 millions d'EVP (11,3 % de l'offre) au 11 mai selon Alphaliner, pour 524 porte-conteneurs sans emploi.
L'assureur fait la distinction entre "désarmement à chaud" qui maintient l’équipage sur le navire, prêt à reprendre la mer, et le "désarmement à froid", qui exige d’importants essais de sécurité puisque l'entretien est minimal et la plupart des systèmes sont mis à l'arrêt. Ce dernier peut coûter plusieurs millions de dollars, selon lui.

"Les risques liés aux retards dans l'entretien des équipements de secours exigeront de nouvelles mesures"


"Un désarmement mal préparé peut rallonger la remise en marche, qui peut prendre plusieurs mois, voire exiger une mise en cale, souligne le capitaine Rahul Khanna, directeur mondial du conseil en risques maritimes chez AGCS. Un plan complet, prévoyant une évaluation des risques liés à l’immobilisation et au désarmement, est essentiel pour garantir la sécurité du navire pendant la période d’arrêt et la remise en service ultérieure".
L'expert recommande aux armateurs de consulter les guides et les listes de contrôle fournis par les sociétés de classification pour élaborer leur plan de désarmement, qui doit présenter clairement les risques liés à l’emplacement et au type de navire, par exemple l’exposition aux tempêtes.

Un risque accru d'erreur humaine

Le plan doit également prévoir l’entretien des machines et des équipements de navigation, l’installation de systèmes de lutte contre l’incendie et la disponibilité des remorqueurs en cas d'urgence.
Les restrictions de déplacement liées à la pandémie et la fermeture des frontières entravent les rotations d'équipage sur les navires. Dans de nombreux cas, la mission des équipages est prolongée de plusieurs mois, ce qui est facteur de fatigue physique et mentale pour les marins.
Or, AGCS évoque l'occurrence d'une erreur humaine dans 75 % à 96 % des cas d'incidents maritimes. "L’aménagement des heures de travail et de repos est un outil efficace de gestion de la fatigue, observe le capitaine Nitin Chopra, consultant senior en risques maritimes chez AGCS. L'embauche d'une équipe de marins sur place peut être une solution dans certains cas".

Des inspections et entretiens plus rares

Les retards pris dans les visites et les inspections sont identifiées comme une autre source de risques par l'assureur. Les impossibilités liées au manque d'ingénieurs ont des conséquences sur la validité des classifications et des certifications obligatoires. Les règles de distanciation physiques sur les chantiers navals sont aussi la cause de retard d'entretien.
Allianz estime que le nombre d’inspections de contrôle par État du port pourrait diminuer en raison des restrictions en vigueur et que certaines pratiques ou conditions dangereuses à bord des navires pourraient ainsi passer inaperçues. "Les risques liés aux retards dans l'entretien des équipements de secours, comme les systèmes de lutte contre l'incendie, exigeront la mise en place de nouvelles mesures de contrôle", remarque ainsi Nitin Chopra.
Parmi les autres conséquences néfastes pouvant découler des mesures d'exception liées à l'épidémie, AGCS cite le retard de livraison des combustibles et des consommables, ainsi que la difficulté d’envoyer des échantillons de combustibles pour analyse aux laboratoires, "ce qui peut entraîner des bris de machine en cas d’usage de solutions non appropriées".
Enfin, la société évoque l’utilisation croissante du pilotage à distance, pour protéger le personnel du risque de contagion, qui "peut aussi accroître l'exposition aux dangers de la navigation".

Franck André

Jeudi 28 Mai 2020



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