Dupliquer et accélérer les "success stories" portuaires sur le continent


Si la modernisation des ports africains a déjà donné dans le conteneur des résultats auxquels on ne s'attendait pas il y a quelques années, la question est de savoir aujourd'hui quelles mesures pourraient être adoptées pour que la reconfiguration engagée soit encore plus rapide et plus efficace.


Terminal de Maersk au Cap (Afrique du Sud) © APM Terminals
Terminal de Maersk au Cap (Afrique du Sud) © APM Terminals
Dans leur rapport intitulé "Les ports en Afrique : accélérer la mutation", Africa CEO Forum et Okan Partners, cabinet de conseil en stratégie et en finances spécialiste de l'Afrique, estiment que la modernisation des ports du continent a donné déjà des résultats "spectaculaires". Mais ils s'interrogent sur les mesures que devraient prendre les décideurs privés et publics pour accélérer le processus.
Car, selon les auteurs du document, si l'Afrique ne manque pas de "success stories" en matière de conteneurs, beaucoup reste à faire en Afrique subsaharienne.

"Quatre à cinq ports seulement pourraient prétendre au rôle de hubs de transbordement"


Ainsi, Lomé (Togo) est devenu le hub africain de MSC, le numéro deux mondial du conteneur, avec une capacité d'accueil des navires de 15.000 EVP, Djibouti constitue désormais "l'escale incontournable" de l'Afrique de l'Est et d'autres infrastructures, dites "d'envergure", sont en cours de finalisation dans la région. Le rapport énumère le chantier du TC2 à Abidjan (Côte d'Ivoire) pour 1,5 million d'EVP, celui de Lekki au Nigeria (2,7 M EVP, à terme), et le terminal MPS2 à Tema (Ghana), pour 3,5 M EVP (à terme, également).
Le conseil spécialiste de l'Afrique formule six recommandations. Selon lui, il est nécessaire d'investir intelligemment, mettre un terme aux "inefficiences opérationnelles", attirer et mobiliser le secteur privé, améliorer la gouvernance pour défendre les intérêts du secteur public, fluidifier les interactions port-ville et améliorer les connexions avec l'hinterland, et enfin intégrer les ports aux zones industrielles sur le modèle de Tanger Med.

"La guerre des hubs va faire rage sur le continent"

Concernant l'investissement, le rapport conseille aux États africains de "savoir bien définir la vocation de leurs projets portuaires". Il estime que la "guerre des hubs fait aujourd’hui rage en Afrique", laissant planer une menace non négligeable de surcapacité des terminaux à conteneurs du continent". Ils jugent que quatre à cinq ports seulement pourraient prétendre au rôle de hubs de transbordement.
À propos des "inefficiences opérationnelles" dont souffrent certains ports, les auteurs du rapport rappelle le constat de la Banque Mondiale selon lequel le séjour d'un conteneur dans un port d'Afrique subsaharienne s'élève à une vingtaine de jours alors qu'il ne porte que sur trois à quatre jours dans les ports internationaux.
Le rapport annuel préconise "la mise en place d’une vraie politique d’incitation à l’efficacité, le recours à la numérisation et une meilleure sensibilisation des personnels et des différentes parties prenantes". Le port de Durban (Afrique du Sud) étant pris pour exemple.
Concernant l'attraction et la mobilisation du secteur privé, Africa CEO Forum et Okan Partners estiment que le recours au "partenariat public-privé (PPP) est une solution particulièrement attractive pour la montée en gamme des ports africains".
Le rapport illustre son propos avec l'arrivée du groupe Arise au Gabon et de Bolloré sur le TC2 en Côte d'Ivoire. Deux implantations prouvant qu’il est même possible pour les États de "développer de nouvelles infrastructures à moindre coût".
Pour ce faire, il est conseillé d'établir "une stratégie à long terme pouvant donner un cap clair aux opérateurs, définir un modèle de gestion portuaire avec une séparation des rôles entre chacune des parties, assurer une transparence renforcée et offrir des garanties juridiques solides".
Au chapitre de l'amélioration de la gouvernance visant à défendre les intérêts du secteur public, le rapport indique que les PPP s’inscrivent dans la durée (jusqu’à cinquante ans), et portent sur de véritables actifs stratégiques. "Les États africains doivent donc jouer pleinement leur rôle régalien par le moyen de contrôles rigoureux afin d’assurer une répartition équilibrée des risques tout en préservant leur souveraineté", soulignent les experts.
Avant de se lancer dans tout PPP, rappellent-ils, les États doivent avoir en tête trois objectifs : "rentabiliser leurs investissements, s’assurer que le niveau des prestations fournies par les opérateurs sont en ligne avec les objectifs fixés dans les contrats et, enfin, veiller à ce que les Partenartiats public-privé permettent bien une amélioration de la compétitivité logistique".

Créer des ports secs

Quant à la fluidification des interactions port-ville et l'amélioration de la connectivité avec l’hinterland, le document souligne que de nombreux pôles urbains en Afrique se sont construits autour de leur port, mentionnant ainsi Mombasa, Le Cap, Dakar et Abidjan… Et de préciser que les flux de camions générés par l'activité portuaire étant "un facteur de blocage et de congestion urbaine", il est nécessaire de trouver des solutions pour "relocaliser de l'activité portuaire en dehors des centres urbains". Les conseillers soulignent l'amélioration de la connectivité multimodale et l'établissement de ports secs à l’intérieur des pays, tel celui de Kagbelen, créé à 35 km du port de Conakry par Bolloré Ports.
Enfin, dernier des six conseils prodigués dans le rapport, l'intégration des ports et des zones industrielles, les experts mentionnent la nécessité de développer des infrastructures spécialisées pour d’autres types de flux (minéraliers, produits agro-alimentaires en vrac, etc.). Car la mise en exploitation des gisements que l'on trouve en l’Afrique requiert" la création de grands terminaux
minéraliers performants, à l’image des ports de Richards Bay en Afrique du Sud (charbon) et de Nouadhibou en Mauritanie (fer)".
Ils ajoutent enfin que les besoins en marchandises non conteneurisables d’une population en croissance exigent la construction de terminaux adaptés (rouliers, fruitiers, céréaliers, etc.).

Vincent Calabrèse

Mardi 15 Décembre 2020



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