Fermeture des espaces aériens : les compagnies européennes souffriront davantage


La fermeture réciproque de leurs espaces aériens par l'Union européenne et la Russie n'a qu'un impact limité sur le transport aérien russe, mais les compagnies aériennes européennes seront contraintes à de longs et coûteux détours pour rejoindre l'Asie.


© SAS
© SAS
Les États sont souverains pour interdire le survol de leur propre pays. Les 27 de l'Union européenne ont annoncé le 28 février 2022 la fermeture de leurs espaces aériens aux compagnies et avions russes en représailles à l'invasion de l'Ukraine par Moscou.
Concrètement, aucun aéronef russe ne peut "atterrir, décoller ou survoler le territoire de l'UE", selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Certains vols, notamment à des fins humanitaires, peuvent toutefois être autorisés.
Le Canada et d'autres pays européens, à l'image du Royaume-Uni, de la Moldavie, de la Norvège et de l'Islande, ont pris des décisions similaires. La Suisse a emboîté le pas lundi, "à l'exception des vols effectués à des fins humanitaires, médicales ou diplomatiques".
La Russie, de son côté, a riposté, interdisant, "sauf permis spécial", son espace aérien aux compagnies de 35 pays européens et du Canada.
L'UE a par ailleurs interdit l'exportation de services et d'équipements aéronautiques vers la Russie, compliquant la maintenance des avions Airbus se trouvant sur le territoire russe, quelle que soit leur nationalité.
La fermeture du ciel européen aux avions russes "dans les faits ne change pas grand-chose" pour Moscou, estime Paul Chiambaretto, spécialiste du transport aérien à la Montpellier Business School. "Le lien avec l'étranger est assez marginal au regard de l'importance du marché russe", souligne-t-il.
Avant la pandémie, le marché domestique représentait 70 % des vols au départ de Russie. Ce chiffre est monté à plus de 80 % depuis. Et la première destination à l'étranger, la Turquie, ne représentait avant la pandémie que 2,9 % des vols au départ de Russie.
Certes, la fermeture du ciel européen prive la Russie, et notamment sa compagnie nationale Aeroflot, de son premier marché étranger, mais "la taille du pays fait qu'il est peu sensible à un blocus", même si "cela contribue à l'isolement de la Russie au niveau international", explique Paul Chiambaretto.
Toutefois, la Russie dispose toujours d'une ouverture sur le monde par son flanc sud, notamment via la Turquie.

"Route polaire" et "route sud"

La fermeture des espaces aériens va en outre rallonger les trajets vers Kaliningrad, enclave russe coincée entre la Lituanie et la Pologne. "Les compagnies aériennes russes utiliseront les voies aériennes passant par les eaux neutres de la mer Baltique", selon le régulateur russe de l'aérien Rosaviatsa.
Pour le Vieux Continent, c'est le retour à la situation des années de Guerre froide. "Avant 1991, on n'avait pas le droit de survoler la Sibérie", rappelle Geoffroy Bouvet, président de l'Association française des professionnels navigants de l'aviation (Apna).
Sauf à faire escale à Moscou, "on passait par Anchorage, en Alaska, pour rallier le Japon, par le sud de l'Himalaya pour rejoindre Pékin".
Les pilotes vont donc, selon lui, reprendre la "route polaire" ou la "route sud" pour rejoindre la Corée, le Japon ou la Chine. Chacune prend au moins une heure et demie supplémentaire de trajet.
Or un Boeing 777, couramment utilisé sur ces destinations, consomme 8 tonnes de carburant par heure de vol, d'après Geoffroy Bouvet. Soit autant de frais supplémentaires pour les compagnies, qui consacrent habituellement près d'un quart de leurs dépenses à l'achat de kérosène.
Après une suspension de 24 heures, Air France a annoncé lundi reprendre ses vols vers Pékin, Séoul et Tokyo en suivant un "plan de vol adapté". Pour rallier Séoul, l'avion survolera notamment la Turquie et le Kazakhstan, indique une source proche du dossier.
Les compagnies du Golfe, dont les aéroports servent de "hubs" entre l'Europe et l'Asie, pourraient eux "tirer leur épingle du jeu" et capter une partie de la clientèle, tout comme la compagnie Turkish Airlines, depuis Istanbul, note Paul Chiambaretto.
Le Japon et la Chine restent toutefois parmi les pays dont les restrictions de déplacement en raison du Covid-19 sont les plus strictes.
Le nombre de vols entre l'Europe vers l'Asie-Pacifique a chuté de 44 % en 2021 par rapport à 2019 et ceux-ci ne représentaient que 2,7 % des vols au départ d'un aéroport européen, selon l'organisme européen de surveillance du trafic Eurocontrol.

Mathieu Rachebault

Mardi 1 Mars 2022



Lu 873 fois



Dans la même rubrique :
< >

     

Entreprises | Infrastructures | Institutions | Transport multimodal | Transport maritime | Transport aérien | Transport routier | Transport fluvial | Transport ferroviaire | Transport express - Messagerie | Logistique - Supply Chain | Énergie | Matières premières - Négoce | Industrie | Services | International | Développement durable | Faits divers





Accès rapide




































 

Qu'est-ce que L'Antenne ?

Le site internet de L'Antenne est la première plateforme B2B française de services et d’actualité consacrée au secteur du transport et de la logistique. Quotidiennement nous traitons de l’actualité du fret maritime, aérien, routier, fluvial, ferroviaire et multimodal ainsi que de la logistique, de l'industrie, de l'énergie et des matières premières. Nous apportons aux professionnels des outils et services qui facilitent leur travail et aident à la prise de décisions. Chaque année, nous éditons des guides de référence dans le secteur : "Le Fret aérien pratique" et "Le Fret maritime pratique" en plus de notre guide pratique des Incoterms©. L'Antenne est aussi organisateur de salons sur les thématiques du transport multimodal de fret, de l’export et de la logistique.

Mentions ours

Design réalisé par Caroline BALDINI.

Plan du site

Syndication

L'Antenne est édité par SPI (SARL au capital de 1.000 euros)
R.C.S. 823 175 435. ISSN : 0395-8582
CPPAP : 0319T79480
Dépôt légal à parution
Associés : Info6tm (99 %) et Raisin blanc (1 %)
Siège social : SPI - Immeuble Valmy B - 137, quai de Valmy - 75010 Paris
Tél.  : 04.91.33.25.81 - Fax : 04.91.55.58.97
Site internet : www.lantenne.com   
Directeur de la publication : François Grandidier
Directrice générale : Raphaëlle Franklin
Publicité : Frank Revenaz (directeur commercial) 04.91.13.71.60
Philippe Scremin (commercial Paris/Normandie) 06.21.88.97.42
Abonnements : 01.40.05.23.15 – abonnements@info6tm.com    
Annonces maritimes : 04.91.33.83.02
Petites annonces : 04.91.13.71.60
Rédaction (redaction@lantenne.com) :
Vincent Calabrèse (rédacteur en chef) v.calabrese@lantenne.com,
Franck André f.andre@lantenne.com 
Graphisme : Pixel Images jm.tappert@groupe-atc.com
Imprimerie : Socosprint - 36, route des Archettes, 88000 Épinal