Hanjin Shipping, un naufrage emblématique des limites des "chaebols"


Naguère premier armateur sud-coréen et septième mondial, Hanjin Shipping sombrera définitivement vendredi 17 février quand un tribunal prononcera sa faillite, un naufrage emblématique des limites des "chaebols" sud-coréens.


"Pour Hanjin Shipping, avoir à sa tête une veuve dénuée de capacités managériales n'a pas aidé" © Hanjin
"Pour Hanjin Shipping, avoir à sa tête une veuve dénuée de capacités managériales n'a pas aidé" © Hanjin
Hanjin Shipping était autrefois l'un de ces puissants conglomérats qui contribuait à porter l'impertinente croissance de l'économie sud-coréenne. Mais, avec des milliards de dollars de dette dans son sillage, l'entreprise n'est plus que l'ombre d'elle-même. Giflée par la crise du commerce mondial ces trois dernières années, asphyxiée par la baisse de la demande chinoise, Hanjin a été contrainte de déposer son bilan en août quand ses créanciers ont refusé de la renflouer. Hanjin Shipping, qui naviguait à vue dans sa pire crise depuis soixante ans, accusait alors une dette de 5,37 milliards de dollars.

"Du jour au lendemain, les 141 navires de la flotte ont été immobilisés"


Le début de la fin pour la compagnie remonte peut-être à 2007 quand la veuve de son propriétaire, qui avoue elle-même être une femme au foyer sans expérience des affaires, prend les commandes du navire. Une illustration des dangers inhérents à la nature des "chaebols". Choi Eun-Young est propulsée directrice exécutive à la mort de son mari, Cho Sun-Ho, qui était le fils du fondateur, Cho Choong-Hoo. La nouvelle capitaine du navire se lance dans une politique d'expansion, en augmentant les tarifs en raison de l'essor du secteur. La compagnie est cependant très vite prise à la gorge par la crise financière mondiale, et Choi Eun-Young cède la barre à son beau-frère Cho Yang-Ho en 2014. "Je n'avais aucune expérience, j'avais passé ma vie à la maison", a reconnu en septembre Choi Eun-Young devant une commission d'enquête parlementaire.

Le ver était dans le fruit

En dépit des injections successives de fonds, le ver était dans le fruit. Le dépôt de bilan a fait l'effet d'une bombe dans le monde du transport maritime. Du jour au lendemain, l'essentiel de la flotte de Hanjin - 141 navires - s'est retrouvée immobilisée dans les ports du globe du fait de craintes d'impayés.
Chung Sun-Sup, directeur général du site spécialisé www.chaebul.com, estime que cette faillite illustre les limites de la gouvernance des conglomérats. Ils sont crédités d'avoir été les fers de lance de l'expansion économique sud-coréenne. Mais en même temps, leur mode de succession familiale est une faiblesse dans un environnement mondial extrêmement compétitif. "Les successions se fondent sur les liens familiaux et pas sur les compétences", explique-t-il. "Choi Eun-Young n'a pas pris les décisions nécessaires alors que les signaux d'alarmes retentissaient il y a plusieurs années déjà". "D'autres cadres dirigeants n'ont pas osé le lui dire", poursuit-il en référence à une culture d'obéissance et de respect de la hiérarchie très forte dans les chaebols.
Les choses se corsent, selon l'économiste Song Deok-Jin, quand arrive à la tête des conglomérats la troisième génération. Les fondateurs gardaient généralement près d'eux leur fils afin de leur apprendre sur le terrain le métier, les rouages de la gouvernance et les vertus de la communication avec les employés. La troisième génération passe, elle, généralement pour une génération dorée élevée à l'écart du monde réel, observe Song Deok-Jin. "À la fin de leurs études, ils sont rapidement propulsés au sommet à des postes directionnels qu'ils soient ou non prêts et compétents", dit-il. "Pour Hanjin Shipping, avoir à sa tête une veuve dénuée de capacités managériales n'a pas aidé".

MSC et HMM rachètent les terminaux de Seattle et Long Beach

Engagé dans une démarche de cessions d’actifs, le groupe Hanjin vient de procéder à la vente de sa filiale Total Terminal International à une joint-venture composée à 80 % par Terminal Investment Ltd, filiale de Mediterranean Shipping Company (MSC), et à 20 % par Hyundai Merchant Marine (HMM). Total Terminal International est gestionnaire de terminaux à conteneurs situés à Long Beach et à Seattle sur la côte Ouest des États-Unis, et détient une société de location de matériels de manutention.

Park Chan-Kyong

Jeudi 16 Février 2017



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