L'UE pourrait s'opposer au rachat des Chantiers de l'Atlantique par Fincantieri


La Commission européenne a ouvert une enquête approfondie sur le rachat des Chantiers de l'Atlantique par Fincantieri, qui pourrait nuire à la concurrence dans la construction navale, au risque d'irriter Rome et Paris.


Les Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire, dernier grand constructeur de navires en France © Chantiers de l'Atlantique
Les Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire, dernier grand constructeur de navires en France © Chantiers de l'Atlantique
La Commission européenne a annoncé mercredi 30 octobre l'ouverture d'une enquête approfondie sur le projet d'acquisition des Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France) par l'italien Fincantieri, jugeant l'opération susceptible de réduire "la concurrence sur le marché de la construction navale de croisière". "L'opération envisagée est susceptible d'avoir une incidence négative sur la concurrence dans le domaine de la construction de navires de croisière, au détriment des millions d'Européens qui partent en vacances de croisière chaque année", a déclaré la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager.
La Commission explique que cette opération, annoncée en septembre 2017, réduira le nombre d'acteurs sur un marché déjà très concentré. Or, elle juge "peu vraisemblable" qu'un nouvel acteur apparaisse "en temps utile et de manière crédible pour compenser les éventuels effets négatifs de l'opération". Ce rachat risque, par conséquent, d'entraîner "une réduction du choix", "une moindre incitation à l'innovation" et surtout "une hausse des prix" à laquelle même "les gros clients" ne pourront pas faire face.

"90 jours, soit jusqu'au 17 mars 2020, pour prendre une décision"


L'exécutif européen dispose désormais de 90 jours ouvrables, soit jusqu'au 17 mars 2020, pour prendre une décision.
À l'annonce de cette enquête, la France a rappelé qu'elle était "très attachée au projet de rapprochement" entre les deux groupes. "La consolidation du secteur de la construction navale européenne est indispensable pour renforcer sa compétitivité et pour dégager les ressources nécessaires qui financeront l'innovation face aux concurrents, notamment chinois", a expliqué le ministère de l'Économie.
Fincantieri avait exprimé dès mardi soir, après des informations de presse évoquant cette enquête, son désaccord avec la décision de l'UE, si celle-ci venait à être confirmée. La Commission se penche depuis le mois de janvier sur l'opération, à la demande des autorités de la concurrence française et allemande. Cette annonce avait alors fait grincer des dents en Italie. "Cela me semblerait étrange qu'il y ait des obstacles et des contraintes à cette excellence italienne", avait déclaré à l'époque le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, se disant "surpris" par cette instruction.

Champions européens

Un éventuel rejet de la fusion entre les Chantiers de l'Atlantique et Fincantieri pourrait placer une nouvelle fois sous le feu des critiques la commissaire Vestager, déjà mise en cause en février par Paris et Berlin pour avoir opposé son veto au projet de fusion des activités ferroviaires du français Alstom et de l'allemand Siemens. La France et d'autres partenaires européens réclament depuis que la prochaine Commission, qui doit prendre ses fonctions le 1er décembre, révise les règles de la concurrence, afin de favoriser l'apparition de champions européens. Margrethe Vestager sera vice-présidente exécutive au sein de la nouvelle équipe, avec toujours la Concurrence dans son escarcelle.
La reprise des Chantiers de l'Atlantique - établis à Saint-Nazaire - par Fincantieri prévoit que le groupe italien détienne 50 % du capital, plus 1 % supplémentaire prêté par l'État français. Ce feuilleton avait commencé en 2016 lorsque STX France, alors seule unité rentable de STX Offshore & Shipbuilding, avait été mis en vente pour cause de redressement judiciaire.
Fincantieri, contrôlé par l'État italien et seul candidat à la reprise, avait alors obtenu le feu vert du gouvernement français sous François Hollande. Mais Emmanuel Macron, fraîchement élu président de la République, avait demandé en mai 2017 à revoir la participation française à la hausse, visant une répartition à parts égales. Cette proposition avait été rejetée par Rome - les Italiens insistant pour détenir 51 % du capital et le contrôle du conseil d'administration -, avant que les deux pays ne trouvent un compromis en septembre 2017.

Clément Zampa

Dimanche 3 Novembre 2019



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