L'heure de la reconquête pour le port de Toulon


L’optimisme est de nouveau de mise sur la rade de Toulon, après une année de bouleversements majeurs. L'ensemble portuaire varois mise sur un nouveau trafic de véhicules neufs pour relancer l'activité à Brégaillon. Il prépare aussi sa transition écologique.


Le port de Toulon compte sur un nouveau trafic de véhicules neufs pour relancer l'activité sur le terminal de Brégaillon © CCI du Var
Le port de Toulon compte sur un nouveau trafic de véhicules neufs pour relancer l'activité sur le terminal de Brégaillon © CCI du Var
L’histoire récente du port de Toulon a été mouvementée. En recherche de relance depuis fin 2019, le port géré par la chambre de commerce a démarré une nouvelle activité fret qui lui fait espérer un trafic pérenne pour le terminal roulier de Brégaillon, marqué par la perte de la liaison ro-ro avec la Turquie il y a deux ans.

Cette opportunité de conversion a été saisie pendant le confinement du printemps 2020. "Les concessions automobiles étaient fermées et les véhicules continuaient de sortir des usines, raconte Jérôme Giraud, directeur des ports de la rade de Toulon.
Il y avait un besoin de surfaces de stockage alors que d’autres ports étaient saturés".

"Nous existons désormais en tant que port roulier pour la logistique automobile"


Les escales de car-carriers (Neptune Line, MCCL…) opérés en provenance d’Italie et d’Espagne, pour le compte de constructeurs où de grossistes multimarques, se sont enchaînées pour atteindre la trentaine en 2020. Quelques navires ont pris la direction de l’Algérie.

Des voitures pour remplacer les camions

Le trafic s'est prolongé et s'est même développé au cours des mois suivants. Après les 10.000 unités de 2020, quelque 30.000 voitures été chargées et déchargées cette année au cours de 70 à 75 escales (42 à fin août).

Jérôme Giraud souhaiterait à présent substituer à ce trafic spot une activité de plus long terme, estimant avoir fait ses preuves. "Nous existons désormais en tant que port roulier pour la logistique automobile", justifie-t-il. Le port de Toulon a été inclus depuis dans les réponses à plusieurs appels d’offres par les spécialistes du secteur (TEA, Gefco, Autotrans), affirme le responsable, qui espère pouvoir bientôt annoncer une bonne nouvelle.

Celui-ci ne prétend pas concurrencer son grand voisin mais envisage le port varois comme "un complément dans l'offre française, avec Sète, Fos-sur-Mer et Marseille", estimant la capacité annuelle de Brégaillon à environ 50.000 véhicules. "Chaque année, il y a une période de saturation. Il vaut mieux que les trafics supplémentaires viennent chez nous plutôt qu’à Vigo ou en Italie", avance-t-il.

Le passage maintient son niveau

Cette nécessité de reconstruire fait suite à la chute vertigineuse initiée il y vingt-quatre mois. Toulon est passé d’une année record en 2019 à une période sans activité. La perte du trafic de remorques turques de DFDS, au dernier trimestre 2019, a précédé la fin du chantier d’extension de Monaco qui avait généré 780.000 tonnes de granulats et surtout l’arrêt des liaisons passagers, sa principale activité, du fait de la crise sanitaire, après un exercice à près de 2 millions de voyageurs (environ 1,9 million sur le ferry et le reste sur la croisière).

Jérôme Giraud évoque "une perte d’activité globale de 95 % entre mars et juin 2020", pour une année achevée à - 35 %, grâce à la reprise des rotations de ferries : "L’activité passagers a montré sa résilience. Dès la fin des restrictions le trafic a repris à un niveau normal".

Le directeur loue la capacité d’adaptation de son client Corsica Ferries et le travail coordonné avec l’armateur et le personnel portuaire pour concilier l’ensemble des contraintes sanitaires avec une pleine activité (respect des couvre-feux, contrôles des pass, tests Covid sur place…). Le nombre d’escales à fin août (Corse, Sardaigne et Baléares) a même augmenté, passé de 153 en 2019 à 168 cette année à fin août. À 1,14 million, le nombre de passagers est proche de celui d’il y a deux ans à la même époque (1,3 million).

Et la direction portuaire s'attend une fin d’année chargée, surtout si les Français continuent de privilégier les destinations nationales.
De son côté, la croisière vient tout juste de redémarrer (16 septembre) après une année totalement blanche. Le port attend 90 escales en 2022, soit 50 % de plus qu’en 2019, "Essentiellement premium et luxe".

S'attaquer aux nuisances portuaires

Tandis qu'il cherche sa reconversion opérationnelle, le port poursuit sa mue environnementale. Jérôme Giraud a recours à un néologisme, se donnant pour mission de "dénuisancer" l'activité maritime. "Nous avons le devoir de concilier le développement économique et notre responsabilité environnementale. Il faut s’intégrer et être accepté au sein du territoire, cela suppose d’identifier les nuisances et de les atténuer", insiste-t-il.

La connexion électrique à quai dans laquelle s’est engagé l'établissement avec l'aide des pouvoirs publics "supprimera 80 % des problèmes – émissions polluantes, bruit et vibrations – mais n’est pas suffisante". Le dirigeant évoque la question des phases d'approche des navires et la nécessité de carburants alternatifs pour moteurs thermiques, le troisième volet étant pour lui "l’interface entre le quai et l’hinterland".

Les travaux qui viennent de démarrer visent l’électrification de l'ensemble des quais ferry pour 2023. Le premier des trois postes à quai doit être livré à la fin de l’année prochaine. Auparavant, le port de Brégaillon devrait avoir reçu son générateur électrique à hydrogène mobile, capable d’alimenter les navires nécessitant une puissance de 0,5 MW, dont les car-carriers et les ferries en hivernage, ceux-ci réclamant plus du triple en opération. "Un système adapté à un terminal polyvalent avec escales irrégulières", juge Jérôme Giraud. Le "Mega Regina", premier navire de Corsica Ferries équipé de prise électrique, vient d'entrer en flotte. L’armateur devra faire modifier l’ensemble de ses quatorze unités d’ici l’an prochain.

En attendant, le port varois devrait limiter la casse pour l'exercice en cours. "Il manquera 10 % en activité et le chiffre d’affaires par rapport à l’année record qui a précédé la crise", estime son directeur. Parallèlement au volet roulier porteur d'espoir, l’association Rebond Brégaillon créée pour gérer l’après DFDS travaille notamment sur un projet de trafic conventionnel. De quoi donner confiance à Jérôme Giraud pour que 2022 soit "l’année de la confirmation du rebond initié en 2021".

Franck André

Lundi 18 Octobre 2021



Lu 1814 fois



     

Entreprises | Infrastructures | Institutions | Transport multimodal | Transport maritime | Transport aérien | Transport routier | Transport fluvial | Transport ferroviaire | Transport express - Messagerie | Logistique - Supply Chain | Énergie | Matières premières - Négoce | Industrie | Services | International | Développement durable | Faits divers





Accès rapide




































 

Qu'est-ce que L'Antenne ?

Le site internet de L'Antenne est la première plateforme B2B française de services et d’actualité consacrée au secteur du transport et de la logistique. Quotidiennement nous traitons de l’actualité du fret maritime, aérien, routier, fluvial, ferroviaire et multimodal ainsi que de la logistique, de l'industrie, de l'énergie et des matières premières. Nous apportons aux professionnels des outils et services qui facilitent leur travail et aident à la prise de décisions. Chaque année, nous éditons des guides de référence dans le secteur : "Le Fret aérien pratique" et "Le Fret maritime pratique" en plus de notre guide pratique des Incoterms©. L'Antenne est aussi organisateur de salons sur les thématiques du transport multimodal de fret, de l’export et de la logistique.

Mentions ours

Design réalisé par Caroline BALDINI.

Plan du site

Syndication

L'Antenne est édité par SPI (SARL au capital de 1.000 euros)
R.C.S. 823 175 435. ISSN : 0395-8582
CPPAP : 0319T79480
Dépôt légal à parution
Associés : Info6tm (99 %) et Raisin blanc (1 %)
Siège social : SPI - Immeuble Valmy B - 137, quai de Valmy - 75010 Paris
Tél.  : 04.91.33.25.81 - Fax : 04.91.55.58.97
Site internet : www.lantenne.com   
Directeur de la publication : François Grandidier
Directrice générale : Raphaëlle Franklin
Publicité : Frank Revenaz (directeur commercial) 04.91.13.71.60
Philippe Scremin (commercial Paris/Normandie) 06.21.88.97.42
Abonnements : 01.40.05.23.15 – abonnements@info6tm.com    
Annonces maritimes : 04.91.33.83.02
Petites annonces : 04.91.13.71.60
Rédaction (redaction@lantenne.com) :
Vincent Calabrèse (rédacteur en chef) v.calabrese@lantenne.com,
Franck André f.andre@lantenne.com 
Graphisme : Pixel Images jm.tappert@groupe-atc.com
Imprimerie : Socosprint - 36, route des Archettes, 88000 Épinal