La Méridionale présente sa solution de raccordement électrique à quai pour la Corse


En Corse, La Méridionale a organisé une démonstration de branchement électrique à quai d'un de ses navires grâce à une solution mobile au GNL qui contourne les obstacles liés au réseau insulaire. La compagnie attend désormais des réponses concrètes de la part des décideurs publics.


Le "Girolata" a pu couper ses moteurs diesel durant son escale ajaccienne © Franck André
Le "Girolata" a pu couper ses moteurs diesel durant son escale ajaccienne © Franck André
C'est à un test grandeur nature que s'est livrée La Méridionale jeudi 20 septembre sur le port d'Ajaccio. Durant quelques heures, la compagnie a branché son navire "Girolata" à un dispositif de fourniture d'électricité à base de gaz naturel liquéfié (GNL) disposé sur le quai. Une première en France qui permet de réduire significativement l'empreinte environnementale des ferries lors des escales : réduction de 100 % des émissions d'oxydes de soufre, de 90 % des particules fines, de 70 % des oxydes d'azote et de 20 % du dioxyde de carbone.
La compagnie codélégataire (avec Corsica Linea) du service public de continuité territoriale entre Marseille et la Corse est déjà l'unique armement en France à raccorder tous ses navires au réseau électrique terrestre, depuis début 2017 sur le port marseillais. "Mais cela ne résout que la moitié du problème", fait remarquer Benoît Dehaye, directeur général délégué de La Méridionale.

Mini-centrale électrique

Le réseau électrique de la Corse ne pouvant délivrer la puissance nécessaire à l'alimentation de navires à quai (1,5 MW), le "cold ironing" est impossible dans les ports de l'île. L'idée est donc de subvenir aux besoins en électricité en brûlant du gaz naturel plutôt que du gasoil grâce à une solution "légère" mise en œuvre par le logisticien du gaz Air Flow, une société créée en 2004 et basée à Rousset, près de Marseille.

Le dispositif d'Air Flow se compose de quelques conteneurs de vingt pieds © Franck André
Le dispositif d'Air Flow se compose de quelques conteneurs de vingt pieds © Franck André
Un conteneur citerne de 20 pieds contenant du gaz naturel à - 161 °C pour le stocker sous forme liquide alimente un réchauffeur atmosphérique qui regazéifie le GNL avant de le transmettre au générateur qui le brûle pour produire de l'électricité. Puis la tension de 400 V est augmentée à 11.000 V par un transformateur en amont du raccordement avec le navire (à bord duquel elle est réduite de nouveau à 400 V).
Au total, l'installation occupe cinq conteneurs et les 20.000 litres de GNL (environ 8 tonnes) contenus dans un 20 pieds peuvent fournir de l'électricité pour trois escales de cargo mixtes et ferries, dont la consommation de gasoil varie de 2 à 4 tonnes par escale. Cette solution présente l'avantage de limiter très fortement les émissions de polluants dans l'atmosphère au cours des 11 à 12 heures que dure une escale – mais aussi les nuisances sonores et les vibrations à bord.

Obstacle réglementaire

Ce dispositif éphémère est destiné à interpeller les décideurs publics alors que la pollution de l'air est une préoccupation croissante pour les riverains des ports et bien au-delà. "Le but est de montrer que la solution existe et qu'elle fonctionne dès aujourd'hui", explique Christophe Séguinot, directeur technique de La Méridionale, qui compare cette opération à un "coup de pied dans la fourmilière".
La compagnie attend désormais que les pouvoirs publics et les autorités portuaires prennent le dossier en main et réalisent les investissements inhérents. Notamment, le port ajaccien a fait savoir que des travaux de génie civil seraient nécessaires s'il devait accueillir ce système de manière continue. Pour Émilien Doye, responsable du projet chez Air Flow "en montrant la viabilité technique de cette solution, nous appelons à créer une logistique dédiée à ce nouveau combustible capable d'allier les impératifs environnementaux et économiques".
Car un autre obstacle se dresse devant cette proposition. La réglementation nationale distingue le GNL combustible du GNL marchandise, et les citernes d'Air Flow entrent dans la première catégorie, ce qui rend quasiment impossible leur transport par des navires embarquant des passagers.

"En montrant la viabilité technique de cette solution, nous appelons à créer une logistique dédiée"


"La logique voudrait que les huit citernes hebdomadaires nécessaires à l'alimentation de tous les navires de la continuité territoriale soient transportées par ces derniers", affirme Philippe François, directeur de la flotte de La Méridionale. "Aujourd'hui, tout le GNL corse est importé via le port d'Île-Rousse par le "Monte d'Oro" de Corsica Linea. En l'état actuel de la législation, on devrait acheminer nos citernes par la route vers les autres ports, ce qui serait incohérent d'un point de vue environnemental", estime le commandant, qui réclame un changement de législation au nom du développement durable.
Le procédé "devra aussi trouver son modèle économique", selon les dirigeants de La Méridionale, mais ces derniers assurent qu'un compromis à un tarif proche de la solution actuelle est possible et ils se montrent confiants.
Pour autant, du point de vue de ses promoteurs, cette technique n'a pas vocation à se pérenniser mais vient répondre à une urgence. "C'est une solution de transition disponible immédiatement en attendant la mise en place dans les ports concernés de dispositifs permanents", explique Kelly Marull, responsable des ventes chez Air Flow.
Une solution apparemment taillée sur mesure pour les ports insulaires mais La Méridionale évoque déjà un intérêt de la part de ports continentaux comme Toulon, Nice et Monaco.


Franck André

Vendredi 21 Septembre 2018



Lu 721 fois



Dans la même rubrique :
< >

Mercredi 17 Octobre 2018 - 13:06 Marseille-Fos veut faire sa révolution numérique


     

Entreprises | Infrastructures | Institutions | Transport maritime | Transport aérien | Transport routier | Transport fluvial | Transport ferroviaire | Transport multimodal | Transport express - Messagerie | Logistique - Supply Chain | Énergie | Matières premières - Négoce | Industrie | Services | International | Développement durable | Faits divers





Accès rapide





















 

Qu'est-ce que L'Antenne ?

Le site internet de L'Antenne est la première plateforme B2B française de services et d’actualité consacrée au secteur du transport et de la logistique. Quotidiennement nous traitons de l’actualité du fret maritime, aérien, routier, fluvial, ferroviaire et multimodal ainsi que de la logistique, de l'industrie, de l'énergie et des matières premières. Nous apportons aux professionnels des outils et services qui facilitent leur travail et aident à la prise de décisions. Chaque année, nous éditons des guides de référence dans le secteur : "Le Fret aérien pratique" et "Le Fret maritime pratique" en plus de notre guide pratique des Incoterms©. L'Antenne est aussi organisateur de salons sur les thématiques du transport multimodal de fret, de l’export et de la logistique.

Mentions ours

Design réalisé par Caroline BALDINI.

Plan du site

Syndication

L'Antenne est édité par SPI (sarl au capital de 1.000 euros)
R.C.S. 823 175 435. ISSN : 0395-8582
CPPAP : 0319T79480
Dépôt Légal à parution
Associés : Info6tm (99 %) et Raisin blanc (1 %)
Siège social : SPI - Immeuble Valmy B - 137, quai de Valmy - 75010 Paris
Tél.  : 04.91.33.25.81 - Fax : 04.91.55.58.97
Site internet : www.lantenne.com   
Directeur général : Jean-Christophe Klein
Directeur de la publication : François Grandidier
Publicité : Frank Revenaz (directeur commercial) 04.91.13.71.60
Philippe Scremin (commercial Paris/Normandie) 06.21.88.97.42
Abonnement : Françoise Uhlmann (assistante commerciale) 04.91.13.71.62    
Annonces maritimes : 04.91.33.83.02 
Rédaction : Vincent Calabrèse (rédacteur en chef) v.calabrese@lantenne.com 
Franck André (rédacteur) f.andre@lantenne.com 
Virginie Grunchec (secrétaire de rédaction) redaction@lantenne.com 
Graphistes : Michel Durand et Adelina Miganne - pao@lantenne.com 
Imprimerie : Riccobono - 115 chemin des Valettes - 83490 Le Muy