La bataille des aéroports berlinois se poursuit pour Merkel


L'imbroglio continue : une majorité de Berlinois ont voté pour le maintien dans leur ville de l'aéroport de Tegel, un résultat à l'allure de casse-tête pour la chancelière, Angela Merkel, qui n'y est a priori pas favorable.


La fin de service de Tegel (TXL) devait coïncider avec l'ouverture de son successeur, l'aéroport dit BER © Berlin Airport
La fin de service de Tegel (TXL) devait coïncider avec l'ouverture de son successeur, l'aéroport dit BER © Berlin Airport
Les Berlinois ont voté dimanche 24 septembre à une large majorité pour le maintien de leur aéroport de Tegel. Quelque 56,1 % des habitants de la capitale se sont prononcés en ce sens lors d'un référendum d'initiative populaire, concomitant avec les élections législatives, mais dont la portée réelle reste incertaine. Légalement, la fin de service de Tegel (TXL), situé dans le Nord de la ville, devait coïncider avec l'ouverture de son successeur, l'aéroport dit BER, situé au sud. Problème : du fait de négligences voire de corruption, l'inauguration du nouvel aéroport prévue en juin 2012 n'a jamais eu lieu et aucune nouvelle date n'est fixée à ce jour, prolongeant de facto la vie du premier site.
Profitant de ces problèmes, les partisans de l'infrastructure intramuros de Tegel, en mauvais état car vétuste, ont arraché la tenue du référendum pour réclamer le maintien de l'aéroport. Leur argument principal : le BER, même s'il ouvrait demain, serait sous-dimensionné. Rien qu'en 2017, 35 millions de passagers aériens sont attendus alors que le BER n'est prévu que pour... 22 millions de voyageurs.
Si les conséquences du référendum de dimanche sont peu claires, car il faudrait désormais un vote à la chambre fédérale des députés pour revenir sur la fermeture de Tegel, le sujet pourrait bien s'inviter dans les négociations de formation de la prochaine majorité d'Angela Merkel. La chancelière, victorieuse des législatives de dimanche mais affaiblie, n'a qu'une solution pour gouverner : trouver un accord avec les libéraux du FDP d'une part et les Verts d'autre part. Or, le FDP est à l'origine de ce référendum et a fait du "Oui" un de ses grands thèmes de campagne. À l'inverse, les écologistes sont farouchement opposés à Tegel.
"Berlin a besoin de Tegel pour également devenir une métropole avec un poids économique", a encore expliqué jeudi 21 septembre le leader du FDP, Christian Lindner. Angela Merkel, de son côté, était restée vague sur le sujet mais a insisté sur le respect du "cadre légal" existant, et donc une fermeture. Difficulté supplémentaire pour la chancelière : les tergiversations dans son propre camp. Initialement opposés au TXL, les démocrates-chrétiens de la CDU de Berlin ont finalement, au gré des sondages, basculé vers le "Oui". Et le ministre allemand des Transports, Alexander Dobrindt, membre de la famille politique d'Angela Merkel, a aussi récemment changé son fusil d'épaule, estimant que "les capitales avec deux aéroports n'étaient pas rares".

Recours juridiques ?

Le résultat constitue dans l'immédiat une humiliation pour la municipalité de gauche à Berlin, qui militait pour une fermeture malgré les déboires du BER. Déjà en 2014, la ville avait déjà dû renoncer à un vaste projet immobilier sur le site d'un autre aérodrome, celui de Tempelhof. Par référendum, ce haut lieu du ravitaillement de Berlin durant le blocus de 1948-1949 est devenu un parc.
Toutefois, les recours juridiques pourraient permettre aux opposants à Tegel d'avoir gain de cause au final. Car qu'adviendra-t-il des quelque 300.000 habitants subissant quotidiennement les survols de leur habitation et qui, avec la fin programmée de Tegel, espéraient la disparition des nuisances sonores ? Ils pourraient se porter devant la justice pour exiger des compensations et l'installation de portiques anti-bruit, extrêmement coûteux.
Quant aux juristes, eux-mêmes doutent de la possibilité de prolonger la durée de vie de Tegel qui impliquerait la modification des législations régionales et nationales. Enfin, sa rénovation coûterait au minimum un milliard d'euros que la ville de Berlin n'a pas, d'autant que le BER s'est avéré être un gouffre financier de 6 milliards d'euros, bien loin du 1,7 milliard initialement calculé. En attendant, les partisans de Tegel peuvent se satisfaire que ce morceau d'histoire reste encore un peu. Principale porte de sortie de l'île qu'était Berlin-Ouest dans l'espace soviétique, les Berlinois y sont encore attachés.

David Courbet

Lundi 25 Septembre 2017



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