La grève des routiers au Brésil en perte de vitesse


Le Brésil commençait à donner des signes de retour à la normale mardi 29 mai, au neuvième jour d'une grève des transporteurs routiers qui a ébranlé le gouvernement et causé des pertes colossales pour la première économie d'Amérique latine.


© Abcam
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Le dernier bilan de la Police routière fédérale (PRF) faisait état de concentrations de routiers au bord de 616 voies dans tout le pays, mais seulement trois correspondaient à de véritables barrages qui bloquent totalement la circulation. Depuis samedi, des camions-citerne escortés par la police ou l'armée permettent d'effectuer le ravitaillement en carburant depuis les raffineries. "Nous sommes en voie de normalisation. Cela ne va pas aussi vite que nous le souhaitions, mais nous constatons un regain d'intensité (du réapprovisionnement). Bien plus qu'hier, et demain cela ira certainement bien mieux qu'aujourd'hui", a déclaré mardi le chef du gouvernement, Eliseu Padilha.

"60 % du transport de marchandises s'effectue par la route"


Mais de nombreux participants à cette grève, qui a ébranlé le gouvernement et causé d'énormes pertes, restent toutefois déterminés à continuer, même s'ils ont déjà obtenu une baisse significative du prix du gasoil, leur principale revendication. "Aujourd'hui, les manifestations dépassent les revendications des camionneurs et ont une tonalité de plus en plus politique", a dénoncé Eliseu Padilha, qui a pointé du doigt la présence sur les barrages d'"infiltrés", extérieurs au mouvement des transporteurs routiers.
Le cours de l'action du groupe pétrolier d'État Petrobras a bondi de 12 % lors la séance de mardi à la bourse de Sao Paulo, après avoir chuté de plus de 14 % la veille, en raison de cette réduction des tarifs annoncée dimanche par le président, Michel Temer. L'indice Ibovespa, qui avait cédé 4,49 % lundi, a clôturé sur une progression de 0,95 %.

Produits frais de retour

Mardi matin, certaines stations-service qui étaient à sec depuis plusieurs jours ont pu être approvisionnées, mais elles étaient aussitôt prises d'assaut par des automobilistes prêts à affronter plusieurs heures de queue pour faire le plein. À Rio de Janeiro, un convoi d'environ 150 camions remplis de nourriture a été escorté par l'armée dans la nuit de lundi à mardi pour parvenir au marché de gros situé au nord de la ville, même si les prix restaient très élevés. Cela devrait permettre de faire revenir progressivement les produits frais sur les étals, les fruits et légumes étant pratiquement introuvables dans les supermarchés ces derniers jours. "La situation reste critique. Il n'y a pas beaucoup de marchandises et tout est très cher. Ça va prendre du temps pour que tout redevienne comme avant", a affirmé Betinho Rodrigues, vendeur de fruits et légumes venu acheter des tomates au marché de gros.
Malgré ces signes d'amélioration, les transports étaient encore fortement perturbés dans tout le Brésil, affectant de plein fouet tous les secteurs de l'économie de cet immense pays où 60 % du transport de marchandises s'effectue par la route. Sept aéroports étaient toujours à court de kérosène mardi, selon la société Infraero, qui gère la plupart des terminaux du pays.
Puissance agroalimentaire de premier plan, le Brésil a vu sa capacité d'exportations compromise. Selon l'Association brésilienne des industries exportatrices de viande (Abiec), 107 des 109 usines de transformation de viande bovine sont à l'arrêt, pour un manque à gagner de 170 millions de dollars, 40.000 tonnes de produits n'ayant pas pu être exportés. Les experts considèrent que le pays pourrait mettre plusieurs semaines à revenir totalement à la normale, un rude coup pour une économie encore convalescente après avoir subi une récession historique en 2015 et 2016.

Appel à une mobilisation de 72 heures du secteur pétrolier

Le principal syndicat de travailleurs du secteur pétrolier au Brésil a fait un appel à une grève de 72 heures à partir de mercredi, dans un pays déjà paralysé depuis neuf jours par un grève des transporteurs routiers. La Fédération unique des pétroliers (FUP) réclame une réduction des prix des carburants et du gaz de cuisine, la fin de la politique de vente d'actifs de Petrobras et la démission du président de cette compagnie publique, Pedro Parente. Les transporteurs routiers, qui revendiquaient également une baisse du prix des carburants, ont obtenu dimanche une forte réduction des tarifs du gasoil. Leur mouvement donnait des signes d'essoufflement mardi, mais de nombreux grévistes restaient mobilisés. En ce qui concerne le secteur pétrolier, la FUP a également exprimé son opposition à toute éventuelle privatisation de Petrobras, tout en critiquant la nouvelle politique tarifaire de la compagnie, qui s'est alignée sur les cours internationaux depuis fin 2016. "Cette politique tarifaire qui a causé la hausse vertigineuse des prix des carburants est la conséquence directe du plus grand démantèlement de l'histoire de Petrobras. Les coupables de ce chaos sont Pedro Parente et le président Michel Temer", affirme la FUP. Mardi, Eliseu Padilha a écarté tout départ de Pedro Parente, qu'il a qualifié de "gestionnaire efficace". Pedro Parente est arrivé à la présidence de Petrobras en 2016, avec pour mission de relancer un groupe qui accusait de fortes pertes et se trouvait au cœur d'un vaste scandale de corruption. Il a lancé un vaste plan de vente d'actifs pour renflouer les caisses a mené une politique de "transparence" en réajustant les prix des carburants de façon quotidienne, s'alignant sur les cours internationaux. C'est cette politique tarifaire qui a provoqué la grève des transporteurs routiers, exaspérés par la hausse récente du prix du gasoil.

Sebastian Smith

Mercredi 30 Mai 2018



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