La grève paralyse le fret ferroviaire, secteur déjà "très fragilisé"


Si elle perturbe fortement les transports de voyageurs, la grève des cheminots en France paralyse également les trains de fret, au risque de mettre en péril un secteur d'activité déjà "très fragilisé" et d'exacerber la pression sur Fret SNCF avant sa filialisation au 1er janvier.


Le fret ferroviaire représente 9 % du transport intérieur de marchandises en France © Fret SNCF
Le fret ferroviaire représente 9 % du transport intérieur de marchandises en France © Fret SNCF
"On n'a aucune visibilité, et si ça se prolonge encore, on est certain que certains (groupes de fret ferroviaire) ne s'en remettront pas. C'est un secteur très fragilisé", a indiqué Franck Tuffereau, délégué général de l'Association française du rail (Afra), qui rassemble les rivaux de la SNCF. Selon l'Afra, seuls 7 % des trains de fret circulaient en fin de semaine dernière. "Le 5 décembre (premier jour de la grève), aucun train de fret n'a circulé sur le réseau. Depuis, ça ne s'améliore qu'au compte-gouttes (...) pour monter à environ 15 %" mercredi, confirme Philippe Moritz, porte-parole de Fret SNCF, l'opérateur historique.
De fait, la mobilisation contre la réforme des retraites touche à la SNCF les conducteurs des trains de marchandises de l'opérateur public mais aussi les aiguilleurs : 57 % étaient grévistes le 5 décembre et 17,3 % toujours ce jeudi. Avec des répercussions en cascade : SNCF Réseau n'accordant son feu vert à la circulation des trains de fret que s'il y a l'assurance que l'ensemble de l'itinéraire sera assuré, l'absence d'un seul aiguilleur peut compromettre tout le voyage.

"Des moyens de transports alternatifs"

Ouvert à la concurrence en 2006, le fret ferroviaire représente 9 % du transport intérieur de marchandises en France, loin derrière les camions, mais il est très utilisé pour acheminer automobiles, bois, céréales, granulats, produits chimiques, métaux... Autant de secteurs affectés : "Tous ont mis en place des moyens de transports alternatifs", majoritairement par camion, mais "le débit ne peut pas être aussi rapide qu'avec le train, surtout quand on transporte du vrac" et en grandes quantités, observe Fabrice Accary, directeur général de l'Association des utilisateurs de transports de fret (AUTF).
Au point de s'alarmer : "des volumes restent à quai, des usines sont en sous-production" faute d'être approvisionnées et "certains groupes m'ont indiqué qu'ils seraient obligés de mettre leur personnel en chômage technique d'ici la fin de l'année si la situation perdurait", indique Fabrice Accary. De quoi, aussi, détériorer durablement l'image du fret ferroviaire français, déjà paralysé au printemps 2018 par une grève de trois mois à la SNCF. "Entre les grèves et intempéries, les transporteurs peuvent finir par se dire que le ferroviaire n'est pas fiable" et ceux qui se sont reportés momentanément sur des camions risquent de "ne plus revenir vers le rail", se désole Franck Tuffereau.

"Des volumes restent à quai, des usines sont en sous-production"


Au total, "cette grève aura des incidences très fortes sur le long terme pour nos entreprises (de fret). Ce sont des milliers d'emplois qui vont disparaître au profit de nos pays voisins lorsque les grands clients décideront d'établir leur organisation logistique hors de France", s'alarme également Éric Hémar, président de l'Union TLF (entreprises transport et logistique). Surtout, la grève fragilise encore la situation financière extrêmement précaire des opérateurs de fret ferroviaire. "Très très peu en France ont des résultats positifs (...) la grève ajoute de la difficulté", indique Philippe Moritz.
Le mouvement social tombe particulièrement mal pour Fret SNCF, structurellement déficitaire et dont la filialisation doit intervenir au 1er janvier 2020 avec des fonds propres. Certes, "jusqu'au 31 décembre, les pertes de Fret SNCF resteront au niveau de la société mère SNCF", mais ensuite, "on aura très peu de temps pour faire nos preuves et trouver un équilibre et un modèle économique durables", reconnaît Philippe Moritz. Si la société n'était pas immédiatement menacée, les objectifs fixés à deux ou trois ans "seraient peut-être plus difficiles à atteindre", indique-t-il.
Du côté syndical, on s'offusque : "Ce n'est pas la grève mais la politique des transports en France qui 'impactera' l'avenir du fret ferroviaire", réagit Alexandre Fourès (CGT), secrétaire du CE de Fret SNCF. Alors que le rail devrait être dopé par les préoccupations environnementales et la loi d'orientation des mobilités de 2019, cet "alignement des planètes" s'est évanoui, regrette Fabrice Accary. "La grève risque de casser cette dynamique".

Julien Girault

Vendredi 20 Décembre 2019



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