La ligne ro-ro Marseille-Tanger devient réalité


CMA CGM a ouvert le 21 octobre le Morocco Express reliant Marseille à Tanger. Un service ro-ro sur lequel les portuaires marseillais misaient depuis longtemps pour accroître les échanges avec le Maroc.


© CMA CGM
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Le service Morocco Express, la nouvelle ligne lancée par CMA CGM le samedi 21 octobre, est composé de trois lignes. La première relie sur un rythme hebdomadaire à jour fixe Casablanca, Tanger et Marseille. Il exploite un navire roulier d'une capacité de 180 remorques qui assurera trois départs par semaine en sortie du Maroc. Le transit-time prévu entre Tanger et Marseille s'élève à trente-six heures.
La deuxième, également hebdomadaire à jour fixe, relie Tanger à Marseille et Gênes avec deux départs par semaine en sortie du Sud de l'Europe.
La troisième ligne ne sera que saisonnière. Reliant Tanger à Port-Vendres, elle ne sera opérationnelle que de novembre à avril, au rythme d'un départ par semaine. Elle est destinée à alimenter la plateforme de Saint-Charles international à Perpignan.
C'est le "Ark Forwarder", un navire affrété par CMA CGM à Stena Line, qui aurait dû inaugurer la ligne 1 le samedi 21 octobre sur le Terminal roulier Sud (TRS) de Marseille. Or, le roulier ayant rencontré un problème d'hélice, il a été remplacé par le "Cap Camarat". Ce dernier a pris la mer à destination de Tanger où il est arrivé le 23 octobre. Il a desservi Casablanca le lendemain et est revenu au terminal roulier de Tanger le 25 octobre avant de prendre à nouveau la direction de Marseille où il a fait escale trois jours après. La ligne 2 a été inaugurée par le "Stena Carrier" qui est parti de Tanger le samedi 21 octobre. Il est entré dans les bassins Est du Grand Port maritime de Marseille le lundi 23 octobre puis a appareillé à destination de Gênes où il a fait escale le mercredi 25.
Quant à la ligne 3, elle devrait être opérée dès le mois de novembre par l'"Aknoul", un ro-ro que certains ont connu à l'époque où la Comanav n'était pas encore passée sous la coupe du groupe CMA CGM.

Une véritable alternative au transport routier

La direction du Grand Port maritime de Marseille (GPMM) s'est félicitée de la création du Morocco Express. L'établissement portuaire a rappelé avoir engagé "depuis plusieurs mois des réflexions et des échanges avec les parties prenantes visant à la mise en place d’un service qui proposerait une véritable autoroute maritime entre Tanger, porte de l’Afrique, et le grand port français de la Méditerranée (offrant) ainsi une véritable alternative au transport routier".

"Escales à Casablanca mais aussi à Gênes"


Pour le port phocéen, "avec la mise en place de ce service qui relie Tanger (mais aussi Casablanca) à Marseille à raison de trois rotations par semaine, CMA CGM permet à près de 180 remorques par sens de rotation de pouvoir prendre place sur un navire".
Le débat sur la création d'une ligne ro-ro reliant Marseille à Tanger remonte à de nombreuses années. Nombre d'acteurs s'accordaient à dire que la route espagnole captait l'essentiel du trafic maritime roulier marocain en direction de la France en raison des souplesses réglementaires dont bénéficient les routiers sur la péninsule Ibérique. Mais les armateurs sollicités ne souhaitaient pas prendre le risque d'ouvrir une ligne entre Marseille et Tanger sans obtenir d'engagements de la part des routiers en matière de volume. Et les routiers se montraient réticents, estimant que la mer venait concurrencer leur métier.
On aurait pu s'attendre à ce que CMA CGM ouvre les deux nouvelles lignes de son service Morocco Express en fanfare. Or, le groupe l'a lancé dans la discrétion.
On peut dire d'autre part que l'armateur a pris des risques mesurés en ouvrant ce service puisque la première ligne dessert Tanger et Casablanca et que la ligne n° 2 touche à la fois Marseille puis Gênes. Pour ce type de service short sea, des ports supplémentaires rallongent une rotation mais permettent d'obtenir des compléments de fret au cas où un armateur se lance dans l'aventure sans l'assurance d'un fond de cale…

CMA CGM : le Morocco Express, "une alternative innovante à la route"

Avec le service Morocco Express, Arnaud Thibault, directeur central adjoint des lignes courtes Méditerranée du groupe CMA CGM, estime que l’armateur a mis sur le marché de la remorque une "alternative innovante" à la route.
CMA CGM a pris l’initiative d’ouvrir un service ro-ro que nombre de portuaires méditerranéens attendaient depuis longtemps. Ce mythe est devenu réalité. Arnaud Thibault, directeur central adjoint des lignes Méditerranée short sea du groupe, estime : "Nos ambitions de développement pour la Méditerranée devaient répondre au développement du ro-ro au Maroc".
Concernant la ligne 1 du nouveau service, il indique que l'"Ark Forwarder", actuellement en réparations à Gênes, sera de retour le 18 novembre. La vitesse commerciale de ce navire, qui s'élève à 22 nœuds, devrait lui permettre d'assurer une rotation plus rapide que le "Cap Camarat", même si cette vitesse ne sera pas tenue pendant toute la durée du voyage.

"Gênes apporte un complément de fret"

Quant à la ligne 2, il confirme que l'escale de Gênes permet d'apporter "un complément de fret" au service. Faisant allusion au marché italien, il a indiqué : "Nous allons bénéficier d'un bon soutien local".
À propos de la ligne 3, qui relie Tanger à Port-Vendres, il se dit convaincu qu’elle constitue une "véritable alternative à la route". Il indique que l’objectif principal du groupe est de capter les volumes de fruits et primeurs marocains à destination du marché international Saint-Charles de Perpignan. L’armateur ne perd pas de vue également les parts de marché destinées au Nord de la France (Rungis). Concernant l'"Aknoul", le ro-ro de la flotte du groupe affecté à ce loop, il estime qu’il est adapté à la taille du port de Port-Vendres et précise que le navire a fait l’objet d’un programme de "trois jours de révision technique pour optimiser son efficacité opérationnelle".
Interrogé sur les risques pris par l’armateur en se lançant dans la création de ce nouveau service short sea sans disposer d'un trafic de fond de cale, il affirme que le groupe s’est montré "courageux". Il a toutefois rappelé : "On assurait déjà la desserte du Maroc. Nous avons une expérience sur ce marché".
Selon Arnaud Thibault, "il faut convaincre tous les acteurs de la chaîne de la nécessité du report modal".

Aftri : "le navire roulier doit arriver à Marseille le lundi en début d'après-midi"

Pour le président de l'Association française du transport routier international (Aftri), Marc Grolleau, le service Morocco Express ne répond pas pour l'heure aux souhaits des transporteurs routiers.
Il estime à propos de la ligne n° 2, qui est opérée par le roulier "Stena Carrier", reliant Tanger à Marseille et Gênes : "Nous avions demandé un départ tardif à Tanger vers minuit le samedi pour une arrivée le lundi à 14 heures. L'heure de départ est respectée mais l'heure d'arrivée est catastrophique. On avait parlé d'un transit-time de trente-six heures. Attendons de voir…"
Le président de l'Aftri indique avoir prévu de déclencher une réunion fin novembre et rencontrer début décembre Olivier Alès, de CMA CGM, à l'initiative de l'Aftri mais aussi de TLF Méditerranée.
Marc Grolleau fait partie des ardents défenseurs d'une ligne Marseille-Tanger depuis de longues années. Selon lui, pour convaincre les transporteurs routiers d'opter pour une solution qui concurrence le mode tout route, "il est nécessaire que le navire arrive le lundi en début d'après-midi à Marseille".
Évoquant le remplacement de l'"Ark Forwarder" sur la ligne 2, par le "Cap Camarat", le président de l'Aftri juge que ce dernier n'est pas adapté à ce type de service en termes de vitesse.
Pour convaincre les transporteurs routiers d'opter pour le report modal, il faut, selon lui, "un projet fiable et durable".

Vincent Calabrèse

Mardi 7 Novembre 2017



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