Le coronavirus remet-il en cause la mondialisation ?


L'épidémie liée au nouveau coronavirus, qui perturbe l’approvisionnement des entreprises à travers le monde, a relancé le débat sur la mondialisation des chaînes de production et le besoin de relocaliser les usines. Mais est-ce bien réaliste ?


© Port of Rotterdam
© Port of Rotterdam
Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a été l'un des premiers hommes politiques à lancer, mardi 25 février, un appel aux multinationales pour qu'elles "tirent les conséquences" de l'épidémie, qui a mis plusieurs usines à l'arrêt en Chine et compliqué l'approvisionnement dans d'autres pays.
"L'épidémie du coronavirus est un "game changer" dans la mondialisation", un événement qui change la donne, a-t-il assuré à la presse au cours d'une visite en Grèce, soulignant "la nécessité impérative de relocaliser un certain nombre d'activités et d'être plus indépendant sur un certain nombre de chaînes de production".
La cheffe économiste de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), Laurence Boone, a pour sa part rappelé le "rôle très important" de la Chine dans l'économie mondiale. "Le fait que les personnes ne puissent pas aller travailler ou qu'elles travaillent moins, que l'on ferme certaines usines ou certains services, on réduit mécaniquement la production", a-t-elle expliqué sur BFM Business.

"Mise à l'épreuve"

Le coronavirus est-il en train de changer la donne dans les échanges internationaux, qui se sont accélérés depuis plus d'une trentaine d'années, faisant de la Chine la plus grande usine du monde ? Les opinions des économistes divergent.
"Ce n'est pas la première fois que cette question se pose", relève Julien Marcilly, chef économiste de l'assureur-crédit Coface, rappelant que l'arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump il y a trois ans avait déjà suscité un débat sur la mondialisation.
Le président américain a mené une guerre commerciale contre la Chine jusqu'à la signature d'un accord à la fin de l'année dernière, renégocié de nombreux accords commerciaux avec ses alliés, et imposé différentes taxes sur les exportations d'acier, d'aluminium ou même de vins européens vers les États-Unis.
Ces mesures prises par la principale économie mondiale n'ont pas remis en cause pour autant les fondements de la mondialisation, estime Julien Marcilly, qui doute que l'épidémie partie de Chine fin janvier ait plus de répercussions.
"Malgré le coronavirus, toutes les raisons de fond qui justifient la mondialisation perdurent", affirme l'économiste. "Il y aura toujours d'énormes écarts de coût du travail entre les pays et il y aura toujours des besoins d'approvisionnement en matières premières".
À l'inverse, l'économiste Sébastien Jean, directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII), est convaincu que "le choc (du coronavirus) est une mise à l'épreuve très importante, car il arrive avec une violence, une soudaineté et une ampleur que l'on n'avait pas connues auparavant".

Cette évolution prendrait des années

Pour Sébastien Jean, le virus "vient renforcer des questions qui se posaient déjà en lien avec l'incertitude géopolitique créée par les tensions de politique commerciale, en particulier depuis l'élection de Donald Trump". "L'épidémie, dans le contexte d'incertitudes géopolitiques de plus en plus fortes, ne peut que renforcer les incitations des entreprises à en tenir compte et adapter leur stratégie pour limiter leur exposition à ces tensions", estime-t-il.
Selon lui, la réaction ne se produira toutefois pas dans l'immédiat. "On parle d'une modification des stratégies qui s'étalerait sur les années qui viennent. Il y aura une influence sur les décisions d'investissements à l'avenir", prédit-il.
Face aux difficultés d'approvisionnement, les multinationales ont parfois eu recours au système D pour fournir leurs usines. Le constructeur automobile britannique Jaguar Land Rover a, par exemple, été contraint d'importer dans des valises des pièces détachées de Chine.
Le groupe français Sanofi vient pour sa part d'annoncer son intention de regrouper en une nouvelle entreprise autonome certaines de ses activités européennes dans les principes actifs pharmaceutiques, dans le contexte de dépendance croissante des laboratoires mondiaux vis-à-vis de la production asiatique.

Antonio Rodriguez

Mercredi 26 Février 2020



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