Le golfe de Guinée fait redécoller la piraterie maritime mondiale


Le nombre d'attaques de pirates est reparti à la hausse en 2020. Plus que jamais, c'est l'Afrique de l'Ouest qui inquiète le plus. Ses eaux concentrent 45 % des attaques mondiales et restent la zone où la vie humaine est la plus menacée.


© EU Navfor
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La piraterie maritime est repartie à la hausse en 2020. Le Piracy Reporting Centre (PRC) du Bureau maritime international (BMI) s'est vu rapporter 195 actes entre le 1er janvier et le 31 décembre, soit une progression de 20,5 % sur un an. Ce bilan inclut trois détournements de navires, onze attaques comprenant des coups de feu, vingt tentatives avortées et 161 abordages. Les navires les plus attaqués sont toujours les tankers (70), les vraquiers (51), les porte-conteneurs (27) et les conventionnels (13).

Montée de la violence en Afrique

Au cours des cinq dernières années, seule 2018 a vu davantage d'attaques se produire (201). Pour autant, les chances de croiser la route de pirates sur les mers du globe sont moins élevées depuis cinq ans. Le nombre d'actes annuels s'est stabilisé à 200 ou moins depuis 2016. Au cours de la décennie précédente, il avait toujours été compris entre 250 et 450. Ce qui inquiète en premier lieu aujourd'hui, c'est la concentration géographique et la montée de la violence. D'après les déclarations d'incidents remontées jusqu'au PRC, le golfe de Guinée, nouvel épicentre de la piraterie mondiale, a enregistré l'an dernier son record d'enlèvements de marins.

"95 % des enlèvements ont eu lieu en Afrique de l'Ouest"


En 2020, 130 membres d'équipages ont ainsi été kidnappés dans cette zone de l'Ouest de l'Afrique au cours de 22 attaques distinctes, soit 95 % des 135 enlèvements survenus l'an dernier au niveau mondial (134 en 2019). Ces actes sont en principe suivis de mises en captivité à terre, puis de demandes de rançons et de négociations sur les termes d'une libération.

Le Piracy Reporting Center a constaté une hausse du nombre d'enlèvements multiples. Au dernier trimestre, 39 marins ont ainsi été kidnappés à l'occasion de deux incidents. Le service spécialisé de la Chambre de commerce internationale (ICC) déplore également le durcissement des attaques, dont près de 80 % ont impliqué l'utilisation d'armes à feu. D'autre part, les trois détournements de navires survenus dans le monde se sont produits dans le golfe de Guinée, de même que neuf des onze incidents ayant donné lieu à des coups de feu. La violence des actes dans cette zone se vérifie encore par le fait qu'un quart des attaques de pirates se termine par l'enlèvement de marins, ce qui est un record mondial.

Quant au rayon d'action des assaillants, il est aussi en progression. Le centre de piraterie rapporte qu'en 2020, l'enlèvement le plus lointain s'est produit à presque 200 milles nautiques des côtes et la distance moyenne a été de 60 milles. Devant cette évolution, le BMI conseille aux navires de se tenir dans cette région à au moins 250 milles des côtes le plus longtemps possible avant de gagner un port ou une zone de mouillage sûre.

"C'est une tendance inquiétante qui ne peut être inversée que par une amélioration des échanges d'information et de la coordination entre les navires et les agences chargées du reporting et de la réponse anti-piraterie", a commenté Michael Howlett, directeur du BMI. Il insiste sur l'urgence de régler une situation qui compromet "la sûreté et la sécurité de marins innocents".

Recrudescence à Singapour

Les eaux bordant le continent africain ont concentré 88 attaques de pirates en 2020, dont 84 se sont produites dans un golfe de Guinée élargi de la Guinée Bissau à l'Angola. Le Nigeria a été le pays le plus touché (35) de la zone, devant le Bénin (11) et le Ghana (9). 

Mais l'Afrique de l'Ouest n'est pas le seul point chaud mondial. À son échelle, le détroit de Singapour a connu une explosion du nombre d'actes, passant de trois en 2018 à 12 en 2019 puis à 23 en 2020. Dans 22 cas, le navire visé a été abordé. Le scénario le plus commun est celui de vols à main armée commis la nuit, le plus souvent sans violence. Un marin a tout de même été blessé et un autre pris en otage alors que deux ont été menacés.

Calme plat en Somalie

Toujours en Asie du Sud-Est, l'Indonésie a cumulé 26 incidents de "bas niveau", contre 25 en 2019. "Les navires continuent d'être abordés au mouillage ou à quai dans les ports indonésiens", rapporte le PRC. Le bilan fait état de personnes prises en otage et de deux autres menacées en 2020. La Malaisie (quatre actes), les Philippines (huit) et la Thaïlande (un) ont aussi été touchées par le phénomène dans cette région du monde.

Ailleurs, le Vietnam a vu se perpétrer quatre attaques et le sous-continent indien dix (six en Inde et quatre au Bangladesh). L'Amérique du Sud reste un lieu de piraterie, avec 30 actes commis l'an dernier, dont sept au Brésil et huit au Pérou. Haïti, l'Équateur, le Mexique et la Colombie sont les autres pays concernés.

Enfin, pour la deuxième année consécutive, aucun acte n'a été répertorié qui soit imputable à des pirates somaliens. Mais comme d'habitude, le BMI appelle au maintien de la vigilance face à des pirates qui "ont toujours la capacité de porter des attaques dans les eaux somaliennes et dans l'océan Indien".

Franck André

Mardi 16 Février 2021



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