Les accidents de navires américains réveillent le spectre d'une cyberattaque



Collision entre l'"USS John S. McCain" et le pétrolier "Alnic MC" ce lundi 21 août © US Navy
Collision entre l'"USS John S. McCain" et le pétrolier "Alnic MC" ce lundi 21 août © US Navy
Des navires de guerre américain ont été victimes d'une série d'incidents ces derniers temps en Asie, dont une collision meurtrière cette semaine au large de Singapour, ce qui oblige l'US Navy à se demander si elle pourrait être victime de cyberattaques. Certains spécialistes jugent improbable que des personnes ou entités mal intentionnées puissent orchestrer un tel accident, compte tenu des systèmes de sécurité américains et de la logistique qu'il faudrait déployer pour faire converger deux navires. Mais pour d'autres, il n'est pas satisfaisant d'imputer la série noire à l'erreur humaine ou à la coïncidence.
Le destroyeur "USS John S. McCain" est entré en collision avec le pétrolier libérien "Alnic MC" lundi 21 août alors qu'il faisait route vers Singapour pour une halte de routine. Le chef des opérations de la marine américaine, l'amiral John Ridcharson, n'a pas exclu lundi qu'un facteur extérieur ou une cyberattaque puissent expliquer l'accident, tout en soulignant qu'il ne voulait pas préjuger des résultats de l'enquête. "Nous envisageons toutes les possibilités", a-t-il déclaré. "Comme nous l'avons fait avec le "Fitzgerald"". Deux mois auparavant, le 17 juin, sept marins avaient péri dans un accident entre le destroyer "USS Fitzgerald" et un porte-conteneurs au large du Japon. Deux autres incidents sont survenus cette année dans le Pacifique. En janvier, l'"USS Antietam" s'est échoué près de sa base japonaise et en mai l'"USS Lake Champlain" est entré en collision avec un navire de pêche sud-coréen.
L'amiral Scott Swift, commandant de la flotte Pacifique, s'est refusé à exclure un acte de sabotage, soulignant que toutes les hypothèses étaient à l'étude. "Nous n'écartons aucune piste", a-t-il dit, interrogé sur la possibilité d'une cyberattaque. Les analystes sont partagés à ce sujet. Certains estiment que les équipages pourraient tout simplement être surmenés à cause de la myriade de tâches qu'ils mènent dans la région. D'autres jugent que quelque chose de plus sinistre pourrait être à l'œuvre.

"La collision ne peut survenir qu'en cas d'échec de plusieurs autres mécanismes"

Itar Glick, chef de l'entreprise de cybersécurité Votiro, établie en Israël, estime possible que les systèmes GPS des bâtiments américains aient été sabotés en vue de provoquer des erreurs de calcul dans les positions. "Je crois que des pirates pourraient tenter de le faire. Et s'ils sont soutenus par un État, ils pourraient disposer des ressources nécessaires pour organiser ce type d'attaque", dit-il. Itar Glick, qui dit avoir travaillé pour les renseignements israéliens, juge que la Chine et la Corée du Nord seraient alors les coupables les plus vraisemblables.
Itar Glick évoque un incident apparent de brouillage GPS à grande échelle survenu en juin en mer Noire qui a perturbé les systèmes d'une vingtaine de navires. Jeffery Stutzman, directeur de renseignement de la société américaine de cybersécurité Wapack Labs, explique qu'il pense "entièrement possible" qu'une cyberattaque ait provoqué la dernière collision. "Je serais très étonné s'il s'agissait d'un cas d'erreur humaine, pour la quatrième fois consécutive".
Toutefois, d'autres doutent d'un tel scenario. D'après Zachary Fryer-Biggs, du consultant Jane's by IHS Markit, même en cas d'anomalie sur le système GPS d'un navire, d'autres mécanismes de sécurité sont là pour prendre le relais. "La collision ne peut survenir qu'en cas d'échec de plusieurs autres mécanismes". Daniel Paul Goetz, de la société américaine Lantium, estime lui qu'il serait compliqué de provoquer un accident car cela supposerait de connaître la localisation et la vitesse exactes des deux navires en cause. Daniel Paul Goetz met aussi en exergue la sophistication des équipements américains et juge que "les risques de voir quelqu'un s'emparer du contrôle d'un bâtiment de guerre sont proches de zéro".

Sam Reeves

Mercredi 23 Août 2017



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