Les aides d'État sèment la zizanie en Europe


La question des aides publiques est devenu un sujet de tension, alors que les États ouvrent les vannes pour sauver leurs entreprises de la crise du coronavirus, à l'image du dépôt de plainte de Ryanair.


Les prêts garantis par les États, comme celui accordé à Scandinavian Airlines, sont visés par Ryanair © Star Alliance
Les prêts garantis par les États, comme celui accordé à Scandinavian Airlines, sont visés par Ryanair © Star Alliance
Ryanair a saisi la justice européenne concernant les aides accordées à la compagnie scandinave SAS et aux compagnies françaises sous forme de report de taxes, considérant qu'il s'agit d'une "distorsion" de concurrence. "Jusqu'ici, nous avons formellement fait appel" devant la Cour de justice européenne de "deux décisions", a indiqué son directeur commercial David O'Brien.
L'une concerne "la Suède qui garantit (des) prêts à SAS et cette garantie signifie que SAS n'aura jamais à rembourser ce(s) prêt(s)", a-t-il indiqué. "L'autre concerne la France où les compagnies françaises n'auront pas à payer de taxes contrairement aux compagnies étrangères. Il s'agit d'une distorsion de concurrence". La compagnie scandinave a obtenu une ligne de crédit renouvelable de 3,3 milliards de couronnes (308 millions d'euros) garantie par la Suède et le Danemark afin de lui permettre de traverser la crise.

Bénédiction de la Commission

Interrogé sur le sujet sur BFMTV, Jean-Baptiste Djebbari a répondu : "Je connais très bien le modèle Ryanair. Il a consisté très souvent à négocier beaucoup de subventions publiques, à avoir des stratégies commerciales très performantes mais parfois aux frontières du droit européen".
Le secrétaire d'État français aux Transports a promis de "regarder tout ça de façon très attentive, vigilante. A mon sens, nous avons besoin de beaucoup plus de régulation sociale dans l'aérien. Nous serons attentifs à poser un terrain de jeu qui soit beaucoup plus équitable sur le plan social et qui soit toujours générateur d'opportunités pour les compagnies qui, dans la très grande majorité, respectent toutes les règles", a-t-il ajouté.

"Berlin fournit 52 % des aides approuvées par Bruxelles"


La plainte visant la France porte sur le report de taxes accordé aux compagnies françaises par l'État pour les aider à traverser la crise du Covid-19 qui cloue les avions au sol. La Commission européenne a confirmé le 31 mars la compatibilité avec les règles sur les aides d'État, au titre de la compensation des répercussions économiques de la pandémie, du report du paiement par le pavillon français de plusieurs taxes et redevances aéronautiques.
"Nous ferons appel de toute décision de la Commission européenne sur des aides gouvernementales qui crée une discrimination illégale entre compagnies aériennes", a précisé Ryanair.

Aide aux "autres" compagnies françaises

Le gouvernement, qui a accordé un soutien de 7 milliards d'euros à Air France pour faire face à la crise du coronavirus, a annoncé qu'il accompagnerait les autres compagnies aériennes, par la voix de la ministre des Outre-mer Annick Girardin.
"La faillite de ces compagnies constituerait un désastre économique et social", a expliqué le député, soulignant qu'elles assuraient "quasiment seules la desserte et le désenclavement" de ces territoires. "Au-delà d’Air France, nous accompagnerons les autres compagnies aériennes", a répondu la ministre, rappelant toutefois qu'Aircalin et Air Tahiti Nui bénéficiaient du Prêt garanti par l’État. Fin avril, les huit compagnies françaises membres du Syndicat des compagnies aériennes autonomes (Scara), la plupart desservant les territoires ultra-marins, ont réclamé d'être aidées par l'État dans les mêmes proportions qu'Air France, soit à hauteur d'un milliard d'euros.

L'Allemagne décriée par ses partenaires

Parmi les États membres de l'UE, les voix sont aussi discordantes, la grogne montant chez les partenaires moins solides financièrement devant les aides accordées par l'Allemagne à ses fleurons. "À l'heure actuelle, la moitié des aides d'État accordées aux entreprises européennes l'ont été par l'Allemagne", constate le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.
"Les aides sont données par ceux qui peuvent le faire. Si l'un peut en donner plus qu'un autre, nous sommes en train de fausser les conditions de concurrence. Le marché unique sera fortement affecté par la manière dont les aides d'État seront accordées", mettait en garde l'ex-ministre espagnol des Affaires étrangères. Une situation paradoxale, car en temps normal, l'Allemagne est beaucoup moins encline à subventionner ses entreprises que ne l'est la France de tradition colbertiste.
Sur un total d'environ 1.900 milliards d'euros d'aides approuvées par Bruxelles, Berlin se taille la part du lion avec 52 %, suivie de la France avec 17 %, puis de l'Italie avec 16 %. Si l'Allemagne injecte 100 milliards d'euros d'aides dans ses entreprises et la France seulement 20 milliards, alors "il y a un risque de divergences sur le marché intérieur", prévenait récemment le Commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton, ancien ministre français de l'Économie, dans les colonnes du "Handelsblatt", quotidien allemand des affaires.
Dans le secteur du transport, les poids lourds Lufthansa et Deutsche Bahn sont concernés au premier chef par ces coups de pouce étatiques.

AFP

Mercredi 13 Mai 2020



Lu 753 fois



Dans la même rubrique :
< >

     

Entreprises | Infrastructures | Institutions | Transport multimodal | Transport maritime | Transport aérien | Transport routier | Transport fluvial | Transport ferroviaire | Transport express - Messagerie | Logistique - Supply Chain | Énergie | Matières premières - Négoce | Industrie | Services | International | Développement durable | Faits divers





Accès rapide

























 

Qu'est-ce que L'Antenne ?

Le site internet de L'Antenne est la première plateforme B2B française de services et d’actualité consacrée au secteur du transport et de la logistique. Quotidiennement nous traitons de l’actualité du fret maritime, aérien, routier, fluvial, ferroviaire et multimodal ainsi que de la logistique, de l'industrie, de l'énergie et des matières premières. Nous apportons aux professionnels des outils et services qui facilitent leur travail et aident à la prise de décisions. Chaque année, nous éditons des guides de référence dans le secteur : "Le Fret aérien pratique" et "Le Fret maritime pratique" en plus de notre guide pratique des Incoterms©. L'Antenne est aussi organisateur de salons sur les thématiques du transport multimodal de fret, de l’export et de la logistique.

Mentions ours

Design réalisé par Caroline BALDINI.

Plan du site

Syndication

L'Antenne est édité par SPI (SARL au capital de 1.000 euros)
R.C.S. 823 175 435. ISSN : 0395-8582
CPPAP : 0319T79480
Dépôt légal à parution
Associés : Info6tm (99 %) et Raisin blanc (1 %)
Siège social : SPI - Immeuble Valmy B - 137, quai de Valmy - 75010 Paris
Tél.  : 04.91.33.25.81 - Fax : 04.91.55.58.97
Site internet : www.lantenne.com   
Directeur de la publication : François Grandidier
Directrice générale : Raphaëlle Franklin
Publicité : Frank Revenaz (directeur commercial) 04.91.13.71.60
Philippe Scremin (commercial Paris/Normandie) 06.21.88.97.42
Abonnements : 01.40.05.23.15 – abonnements@info6tm.com    
Annonces maritimes : 04.91.33.83.02
Petites annonces : 04.91.13.71.60
Rédaction (redaction@lantenne.com) :
Vincent Calabrèse (rédacteur en chef) v.calabrese@lantenne.com,
Franck André f.andre@lantenne.com 
Graphisme : Pixel Images jm.tappert@groupe-atc.com
Imprimerie : Socosprint - 36, route des Archettes, 88000 Épinal