Nouveau capitaine pour la SNCM


Le principal actionnaire de la SNCM, Transdev, a définitivement repris en main mercredi 28 mai la compagnie maritime en obtenant la nomination à sa tête de son candidat, Olivier Diehl, au grand dam des syndicats, qui y voient les prémices d'un démantèlement.


© Franck André
© Franck André
Lors d'un conseil de surveillance houleux à l'intérieur et tendu à l'extérieur - le PDG de Transdev, Jean-Marc Janaillac, est sorti protégé par les CRS, sous les huées et insultes de salariés de la SNCM -, Transdev a pu compter sur les voix des trois administrateurs de l'État en plus des siennes pour imposer son candidat contre l'avis des quatre représentants de salariés. Transdev a de nouveau fixé à Olivier Diehl, chef d'entreprise de 58 ans, décrit comme "expérimenté et reconnu" dans le monde du transport, la mission de "dresser un état des lieux lucide de la situation de la compagnie et, en lien avec les actionnaires, d'identifier les solutions permettant de résoudre les difficultés nées d'une exploitation chroniquement déficitaire et des demandes de remboursement de l'Union européenne (440 millions d'euros de subventions jugées illégales par Bruxelles)". Ce travail "devra être conduit avec le souci de préserver le maximum d'activités et d'emplois", précise Transdev.

"Le plan de l'ancienne direction, une fuite en avant irréaliste"


L'État, qui faisait figure d'arbitre, a lui justifié son soutien au nouveau dirigeant par la nécessité pour l'équipe dirigeante de "travailler et d'agir en confiance avec son principal actionnaire" et de "restaurer une gouvernance pleinement opérationnelle". Plus curieusement, il demande à la nouvelle direction d'étudier "la faisabilité financière de l'acquisition de nouveaux navires". L'un des principaux dirigeants de Transdev a pourtant rejeté en bloc cette hypothèse mardi : "Ce ne sont pas de nouveaux bateaux qui sauveront la SNCM", avait tranché Jérôme Nanty, secrétaire général de Transdev et futur président du conseil de surveillance de la compagnie. Il avait également qualifié le plan de l'ancienne direction, dont le renouvellement des navires constituait l'armature, de "fuite en avant irréaliste".

Tempête sociale en vue

Les syndicats de salariés lisent pour leur part dans cette élection un nouveau reniement de la part du gouvernement, après l'éviction de la précédente direction lors du dernier conseil de surveillance le 12 mai, avec en filigrane la crainte d'un démantèlement. Transdev n'a en effet jamais caché son souhait de se retirer de la SNCM, elle aurait déjà entamé des négociations avec l'armateur Daniel Berrebi, dirigeant de la société américaine Baja Ferries, selon les dires de ce dernier. Pour le représentant CFE-CGC des salariés au conseil de surveillance, Pierre Maupoint de Vandeul, l'État "donne totalement la main à Transdev". "De manière très officielle dans l'ensemble des longs débats du jour, l'État confirme l'abandon du plan industriel", a-t-il analysé. Il accuse de plus Transdev et l'État d'avoir organisé "une campagne de diabolisation de la SNCM" et de ses 2600 salariés, afin de "ne pas porter la responsabilité du démantèlement" de la compagnie. Même tonalité chez la CGT : "Soit on a un gouvernement de transition énergétique et de relance industrielle, soit on a un gouvernement ultralibéral qui pratique la casse industrielle sur le port. Il est clair pour nous qu'il y a une fuite en avant de l'État avec Transdev", a jugé son délégué, Frédéric Alpozzo, stigmatisant une "schizophrénie de l'État".
Le comité d'accueil préparé par les quelque 200 salariés et sous-traitants, qui ont bruyamment manifesté leur rancœur à l'entrée du conseil à coups d'insultes, invectives et fumigènes, visant les représentants de l'État et de Transdev, laisse présager de la tempête social qui s'annonce sur le port de Marseille. Tout comme la menace de grève à peine voilée brandie par la CGT (majoritaire), elle ne rend que plus difficile à mettre en œuvre l'autre mission assignée à Olivier Diehl par Transdev : "Assurer le succès de la saison d'été, indispensable pour ne pas compromettre l'avenir à court terme de l'entreprise". "À mon sens, il n'y a que le rapport de force et la grève qu'est capable d'entendre ce gouvernement, comme d'ailleurs les précédents", selon Frédéric Alpozzo, qui a promis, à la sortie du conseil, "des actions et des mobilisations dans les prochains jours". "Je consacrerai toute mon énergie à apaiser les tensions des derniers mois, assurer l'avenir de ses activités et remettre l'entreprise au service de ses clients", a promis pour sa part l'intéressé lors de l'annonce de son élection.

Thibault Le Grand et Renaud Lavergne

Vendredi 30 Mai 2014



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