Paris et Rome s'accordent sur la reprise de STX


Après des semaines de crispation, Paris et Rome ont trouvé un terrain d'entente sur le dossier de la reprise des chantiers navals STX France par l'italien Fincantieri, un accord présenté comme "gagnant-gagnant" pour les deux pays par Emmanuel Macron.


Le site STX de Saint-Nazaire emploie 2.600 salariés et fait travailler environ 5.000 personnes © Éric Houri
Le site STX de Saint-Nazaire emploie 2.600 salariés et fait travailler environ 5.000 personnes © Éric Houri
Au-delà de cette alliance entre chantiers navals, les deux pays ont lancé un projet plus ambitieux, celui de "créer un champion mondial dans le naval", selon Emmanuel Macron, en rapprochant Fincantieri et Naval Group (ex-DCNS). Pour cela, le président français et le chef du gouvernement italien, Paolo Gentiloni, réunis à Lyon, ont décidé de mettre en place un groupe de travail qui va se pencher d'ici l'été 2018 sur la faisabilité d'un tel projet présenté comme "très complexe" par l'Élysée. Naval Group et Fincantieri se sont réjouis de l’annonce du lancement de ce processus, ajoutant qu'ils joueront "un rôle-clé au sein du comité de pilotage qui sera mis en place dans les prochains jours".
À Lyon, Emmanuel Macron et Paolo Gentiloni ont mis fin à une mini-crise bilatérale initiée par la remise en cause par Paris de l'accord de vente de STX-France à Fincantieri conclu sous la présidence de François Hollande. Selon le nouvel accord, Fincantieri obtient 50 % des chantiers navals de Saint-Nazaire auxquels il faut ajouter 1 % "prêté" par l'État français, qui se réserve le droit de le reprendre si l'italien ne respecte pas ses engagements pendant une période maximale de douze ans. Ces engagements portent notamment sur le maintien des emplois, de la charge de travail, des sous-traitants, des activités de recherche de STX.
"Nous pouvons dire aujourd'hui que c'est un accord gagnant-gagnant. Nous sommes à 50-50, avec de vraies garanties. Ce n'est pas l'accord du printemps mais nous avons construit les termes d'un accord qui permet à Fincantieri de diriger les destinées de cette entreprise", a déclaré Emmanuel Macron. "Après quelques malentendus, nous avons bien travaillé ensemble" et "abouti à une solution", a-t-il ajouté.

"Saint-Nazaire peut profiter de la tendance d'augmentation de la taille des navires"


"Il s'agit d'un très bon accord", s'est félicité Paolo Gentiloni, tandis que des sources proches des ministères de l'Économie et du Développement économique faisaient remarquer que "Fincantieri aura la disponibilité directe de 51 % du capital et donc le plein contrôle de la gouvernance, ce qui n'était pas le cas dans la configuration précédente".
Cet accord est "une éclaircie", a déclaré François Janvier, délégué CFE-CGC de STX France, en insistant sur la nécessité de "la transparence d'accès au pacte d'actionnaires". Le site de Saint-Nazaire, qui construit des paquebots de croisière, mais aussi des navires militaires, emploie 2.600 salariés et fait travailler environ 5.000 personnes, via des sous-traitants.

Un "champion naval européen"

Paris est confiant sur l'avenir de ce "champion européen" car "industriellement, les deux groupes sont complémentaires. Ils ne fabriquent pas le même genre de navires. Et Saint-Nazaire peut profiter de la tendance d'augmentation de la taille des navires".
Le feuilleton STX avait commencé en 2016 lorsque STX France, alors seule unité rentable du groupe sud-coréen en difficulté STX Shipbuilding avaient été mis en vente à l'occasion d'un redressement judiciaire. Fincantieri, contrôlé par l'État italien et seul candidat à la reprise, obtient le feu vert du gouvernement de François Hollande. Mais fin mai, Emmanuel Macron, fraîchement élu à l'Élysée, demande de revoir la participation française à la hausse, visant une répartition à 50/50 %. Une proposition rejetée par Rome, les Italiens insistant pour détenir 51 % du capital et le contrôle du conseil d'administration. La crise éclate réellement avec la nationalisation "temporaire" fin juillet de STX France par Paris, une décision rarissime destinée à "négocier dans les meilleures conditions", après l'échec des discussions. Les deux pays s'étaient alors fixé l'échéance du 27 septembre pour sortir de la crise.


"Un pseudo-Airbus de la navale"

La vision optimiste des chefs d'État français et italien est cependant contestée par certains. L'accord conclu entre Paris et Rome est "un contrat de confiance assez limité", une "sorte de mariage où on prépare déjà les clauses de sortie", a estimé jeudi 28 septembre le maire de Saint-Nazaire, David Samzun. "Qu'est-ce qui se passe au-delà de douze ans ? L’État a une responsabilité particulière pour vérifier que ce mariage se déroule parfaitement bien", a ajouté le maire de la cité portuaire de 70.000 habitants, qui s'était opposé à ce que Fincantieri soit majoritaire. De son côté, la CGT estimait jeudi que l'État "bradait" le savoir-faire et le statut des salariés, "sans aucune préoccupation pour le développement d'une filière navale française, civile et militaire, pourtant possible". Pour le syndicat, qui invite le gouvernement à investir dans l'outil industriel, le pays n'a pas besoin d'un "pseudo-Airbus de la navale", mais d'une "véritable stratégie industrielle". Quant aux salariés de STX, ils se montraient assez sceptiques sur ce nouveau rachat, bien que "plutôt rassurés" par les clauses de l'accord conclu la veille avec l'Italie.

Jérôme Rivet

Jeudi 28 Septembre 2017



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