Piraterie : «la solution reste à terre»


Les marines étrangères déployées dans l'océan Indien et les escortes privées engagées par la marine marchande ont porté un coup à la piraterie somalienne, mais le phénomène ne pourra être éradiqué sans solution au chaos somalien à terre, estiment des analystes.


© Eunavfor
© Eunavfor
De plus en plus, "les pirates ont du mal à capturer des navires", note Stig Jarle Hansen, chercheur norvégien spécialiste de la Somalie, soulignant la hausse des assauts des marines étrangères contre des "vaisseaux mère" pirates, ces navires d'où partent de plus petites embarcations pour les prises d'otages. Pour J. Peter Pham, du centre de réflexion Atlantic Council, la baisse d'activité des pirates est aussi due à la présence, croissante, de gardes armés à bord des navires marchands. "Le mérite revient surtout à l'industrie maritime marchande qui, en adoptant des lignes directrices en matière de défense et en augmentant les escortes privées armées, a réellement rendu plus difficile la prise de navires", estime-t-il.

«Chercher une solution complète au problème»


Mais, si de plus en plus de navires pirates sont interceptés, ils continuent de faire de nombreuses captures, de plus en plus loin dans l'océan Indien, et demandant des rançons de plus en plus élevées. En moyenne, le montant payé pour une rançon est passé de 4 à 5 millions de dollars entre 2010 et 2011, selon le groupe de surveillance Oceans Beyond Piracy. La piraterie somalienne a coûté environ 7 milliards de dollars en 2011, dont plus de 2 milliards en opérations militaires, escortes et équipements de protections des navires. Aujourd'hui encore, les pirates détiennent au moins 34 bateaux et plus de 400 otages, selon l'ONG Ecoterra.
Pour Rashid Abdi, expert de la Somalie, "les patrouilles navales contre la piraterie ne sont peut-être qu'une façon de simplement déplacer le problème". Les analystes mettent l'accent sur une solution à long terme, qui, en offrant des perspectives aux populations somaliennes locales, leur permettrait de se détourner des ressources de la piraterie. "La solution reste à terre, en particulier pour développer le Puntland," glisse M. Hansen. Cette région du nord de la Somalie, qui a proclamé son autonomie du reste de la Somalie, sert de base à de nombreux pirates. Des efforts devraient être entrepris pour offrir aux communautés locales "une alternative qui leur rapporterait plus que d'héberger des pirates", renchérit Anja Shortland, dans un rapport du groupe de réflexion Chatham House.

Conférence internationale à Londres

La recherche de solutions à long terme devrait être au cœur de la conférence internationale organisée jeudi 23 février à Londres sur la Somalie, pays privé de gouvernement effectif depuis la chute de Siad Barre en 1991.
Pendant vingt ans, le monde a ignoré la Somalie ravagée "par des guerres civiles", "mais la saisie de plus de 200 navires par des gamins armés dans de petites embarcations a changé tout cela", a récemment écrit Richard Dowden, directeur de la Royal African Society britannique. Pour les chercheurs, il est d'autant plus important de ne pas concentrer tous les efforts en mer que les attaques y étant de plus en plus risquées pour les pirates, ceux-ci viennent désormais chercher des cibles sur la terre ferme. Plusieurs Occidentaux ont été kidnappés ces derniers mois en Somalie et au Kenya voisin, directement par des pirates ou des groupes armés qui les ont ensuite vendus aux pirates."Nous devons chercher une solution complète" au problème, résume M. Abdi.

Peter Martell

Mercredi 22 Février 2012





     

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