Rouen : le breakbulk dans le sang


Dans le sillage d’Anvers, son principal concurrent dans le secteur en Europe de l’Ouest, le Grand Port maritime de Rouen (GPMR) tient à conserver, consolider voire développer son rang de dauphin. Et pas seulement sur les trafics Nord-Sud, vers l’Afrique en particulier, qui demeure sa spécialité historique.


© Éric Houri
© Éric Houri
"Le Breakbulk reste un élément important de notre stratégie. Nous sommes un port de taille moyenne, idéal pour des échanges Nord-Sud pourvoyeurs traditionnels de fret conventionnel", souligne Patrick Bret, responsable commercial de l’axe Nord-Sud au sein de Haropa-Ports de Paris Seine Normandie. "Nous sommes très bien placés à l’intérieur des terres pour recevoir de la marchandise par voie maritime et la réexpédier par barges fluviales vers l’Île-de-France", complète Franck Rose, directeur de La Normande de manutention (groupe Bolloré Ports, 80 salariés dont 60 dockers) et président du SMEMOPR (Syndicat des manutentionnaires et employeurs de main-d’œuvre du port de Rouen) depuis l’été dernier à la suite de Gérard Langlois (Sea-Invest), en proie à des problèmes de santé désormais résolus.
Sur les six entreprises que regroupe le SMEMOPR, Sea-Invest et Surveyfert sont plutôt spécialistes des vracs et Somap (Marfret) est plutôt tourné vers le conteneur. Seuls DockSeine (groupe Sofrino-Sogena), Katoen Natie au terminal de Radicatel et La Normande sur son terminal de Moulineaux (TCMD, 20 hectares) disposent des espaces, du matériel (des grues de 100 tonnes) et du savoir-faire pour traiter tous types de trafics conventionnels.

"Des compagnies fidélisées grâce aux efforts tarifaires consentis par le port l’an dernier"


Dans un contexte de restructurations diverses (Bolloré France est en cours d’acquisition par le groupe brestois Kuhn Maritime) et après quelques défaillances marquantes (Euroports, Geodis), la manutention rouennaise souffre et fait le dos rond. Mais l’année 2018 aurait plutôt été encourageante. Elle peut d’abord compter sur trois armements fidèles.
En premier lieu, les allemands de BOCS, spécialistes de l’Afrique, dont les multi-purposes escalent toutes les trois semaines. "Il y en avait deux hier sur TCMD (NDLR : le 18 avril). Ils sont capables de charger des céréales, du malt, du sucre en cale et en pontée des conteneurs et des produits métallurgiques ou autres", témoigne Franck Rose.
Autres habitués des quais rouennais : les allemands de UAL qui escalent tous les mois et demi et les néerlandais de Nile Dutch MPV, présents surtout au tramping ou via des slots en partenariat avec BOCS. Enfin, représentés par PROMaritime, BBC Chartering, l’un des plus gros faiseurs dans le secteur du breakbulk, est également très présent sur les terminaux normands, au tramping encore.

Missions au Sénégal et en Guinée

"Ces compagnies ont été fidélisées grâce aux efforts tarifaires consentis par le port l’an dernier, par la montée en puissance des équipements sur certains ports africains mais aussi par le rebond, certes relatif, des secteurs oil & gas et miniers en Afrique, générateurs de trafics breakbulk, même si nous restons dans une posture d’attente parce que la prospection n’a pas encore vraiment repris. Mais certains projets sont porteurs d’espoirs comme en Guinée Conakry. C’est pourquoi nous multiplions les missions commerciales, comme début avril au Sénégal ou en Guinée", analyse Patrick Bret.
Autre bonne nouvelle de l’année écoulée : la montée en puissance des entrées de matériels liés à l’éolien terrestre. À Radicatel, Katoen Natie est passé de 14.000 à 31.000 tonnes de pièces manipulées et, sur TCMD, La Normande a assuré 55 escales de navires pour grimper de 24.000 à 42.000 tonnes. Bémol, la construction de nouvelles lignes de transport en commun dans l’agglomération a limité l’accès des convois exceptionnels sur le port, des trafics récupérés par Dieppe depuis quelques mois. Mais la messe n’est peut-être pas encore dite.
Enfin des espoirs de nouveaux trafics existent, comme ceux opérés par DockSeine sur le quai Ouest en lien avec l’usine Vallourec de Déville-lès-Rouen. Si la production de tubes pour l’oil & gas semble révolue, leur traitement devrait générer de nouveaux flux, import comme export, avec le Brésil notamment. Et pour La Normande, les importations de pâtes à papier (Espagne, Scandinavie), qui avaient chuté, devraient reprendre cette année voire doubler pour retrouver un niveau de l’ordre de 240.000 tonnes. De même, pour l’export de grumes vers la Turquie.

Vincent Rogé

Mardi 4 Juin 2019



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