Stéphane Raison : "Nous sommes dans un écosystème industriel"


À la tête du tout nouvel établissement public Haropa Port, né le 1er juin de la fusion des ports de la Seine, Stéphane Raison, directeur général, veut le faire entrer dans l'ère post-carbone.


Stéphane Raison, directeur général du nouvel établissement portuaire © Haropa Port
Stéphane Raison, directeur général du nouvel établissement portuaire © Haropa Port
Cette nouvelle structure peut-elle être considérée comme un "OPNI", un objet portuaire non identifié ?

La fusion du port belge de Gand et des ports néerlandais de Flessingue et Terneuzen a précédé la nôtre et permis, avant la crise sanitaire, des développements importants. Elle a été suivie de l’annonce du rapprochement des ports d’Anvers et de Zeebrugge, de même que la France projette l’intégration des ports de l’axe Méditerranée-Rhône-Saône. Le rapprochement et la concentration entre les outils portuaires sont tout à fait logiques sur ces territoires dotés de multiples infrastructures.

Pour Haropa Port, l’installation le 12 octobre, pour la première fois, des deux conseils de développement territoriaux du Havre et de Rouen qui ont élu les présidents des instances locales illustre la construction réussie d’une culture commune.

Depuis votre arrivée, quels atouts et quels handicaps avez-vous diagnostiqués ?

En dehors de l’atout majeur qu’est le positionnement géographique de premier port import depuis l’Asie et l’Amérique et dernier port à l’export, Haropa Port bénéficie d’un investissement de 1,45 milliard d’euros d’ici 2027 annoncé en janvier, lors du Comité interministériel de la mer. Or, il faut remonter aux années 60, aux années de Gaulle avec la création des ports autonomes, pour trouver des programmes d’une telle importance. Les grands travaux sont lancés.

Sont aussi programmées diverses opérations comme l’amélioration des terminaux à l’intérieur du port du Havre et l’aménagement de terre-pleins, ainsi que le développement du report multimodal : sur le fluvial, un partenariat avec VNF est en cours de finalisation, et nous avons lancé début 2021, à l’attention des opérateurs de transport combiné, un appel à manifestation d’intérêt pour de nouveaux services ferroviaires et fluviaux.

Reste maintenant à résoudre des difficultés opérationnelles pour s'adapter à de nouvelles logiques industrielles. Ainsi, il faut à Port 2000, conçu avec des postes à quai de 350 mètres, redistribuer les futurs postes 11 et 12, un remembrement capital pour trouver des surfaces complémentaires et accueillir des navires de 400 mètres.

"Le monde change, nous sommes entrés dans une ère post-carbone"


Gérer Haropa Port, est-ce gérer trois ports, ou bien le scénario où 1+1+1 fait que l’ensemble est supérieur à la somme des trois éléments ?

Nous sommes dans un écosystème avec une somme d’éléments simples qui, combinés ensemble, constituent une recette de cuisine extrêmement complexe. Durant des années, ce système s’est appuyé, dans la vallée de la Seine, sur des mastodontes industriels tel que l’automobile, avec autrefois 25.000 salariés à Sandouville, autant à Flins, ou encore à Cléon. L’alimentation énergétique française passait aussi par cet axe, qui comptait en France vingt-six raffineries, avant les chocs pétroliers, contre six aujourd’hui.

Mais le monde change, nous sommes notamment entrés dans une ère post-carbone. Aujourd’hui, il s’agit donc de reconstruire, ou en tout cas de faire évoluer dans le temps, à l’échelle de l’axe, cet écosystème industriel. Il s’agit aussi de renforcer la chaîne logistique multimodale pour faire revenir les conteneurs sur la vallée de la Seine, quand on sait que 1,5 million d’EVP nous échappe en passant par Anvers et Rotterdam.

Comment pensez-vous alors repositionner l’axe Seine, avec notamment l’abandon progressif du pétrole lié à la décarbonation ?

Une partie de la réponse se trouve dans l’attribution, en septembre, du label "site industriel clé en mains" sur deux sites : les quelque 30 hectares du Grand Canal du Havre, ainsi que les 22 hectares du parc d’activités Éco-Normandie de Saint-Romain-de-Colbosc, prêts à accueillir de nouvelles activités industrielles ou logistiques dans des délais raccourcis.

Nous sommes sollicités par de nombreux prospects pour des filières telles que l’hydrogène, la décarbonation et l’automobile électrique. Or, les projets industriels dépendent de notre capacité à être prêts sur de grandes surfaces pour toutes les typologies d’investissements. Nous allons ainsi constituer chaque année 25 hectares équipés de toutes les utilités.

Vous dites que le barycentre logistique est loin du Havre, car situé à l'Est et au Sud-Est de Paris. Quelle est votre stratégie pour y remédier ?

Nous travaillons avec les agences de développement de la Normandie et de l’Île-de-France pour développer le foncier et une logistique la plus décarbonée possible. Les premiers programmes de rééquilibrage ont été lancés cette année : après Ikea sur le port de Limay, pour un entrepôt de 72.000 m2 à partir de 2026, c’est le développeur immobilier Goodman qui a annoncé Green Dock pour 2027 sur le port de Gennevilliers. Cet entrepôt de 90.000 m² permettra le développement du transport par voie d'eau jusqu'au cœur de Paris.

Ce projet a été choisi à l’issue d’un appel d’offres lancé par Haropa Port sur un terrain de 6,5 hectares, actuellement occupé par un bâtiment industriel, qui sera entièrement réhabilité. Nous sommes en accord avec le projet de loi climat-résilience qui rend obligatoire, dans les agglomérations de plus de 150.000 habitants, la création de zones à faible émission (ZFE) d’ici au 31 décembre 2024.

Natalie Castetz

Mardi 23 Novembre 2021



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